‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées, de VoltaireChapitre 20 sur 142 · LES FINANCES · texte numérisé non relu

LES FINANCES

Ci 7 7 5 .)

(^)uanj> Terrai nous mangeait ,un honnête bourgeois Lassé des contre-temps d’nue vie inquiété.

Transplanta sa famille au pays champenois :

Il avait prés de Remis une obscure retraite ;

Son plus clair revenu consistait en bon vin.

Un jour qy’il arrangeait sa cave et son ménage,

Il fut dans sa maison visité d’un voisin , .

'd parut à ses yeux le seigneur du village :

LES FINANCES. «t

Cet homme était suivi de brillants estafiers.

Sergents de la iinance habillés en guerriers.

Le bourgeois fit à tous une humble révérence.

Du meilleur de son crû prodigua l’abondance ;

Puis il s’enqnit toutdias quel était le seigneur Qui faisait aux bourgeois un* tel excès d’honneur.

Je suis , dit l’inconnu , dans les fermes nouvelles, Le royal directeur des aides et gabelles . . . .

Ah ! pardon , monseigneur ! Quoi , vous aidez le roi ? .... -

Oui , l’ami Je révéré un si sublime emploi :

Le mot d 'aide s’entend : gabelles m’embarrasse. D’où vient ce mot?.... D’un Juif appelé Gabelus .... ‘ Ah, d’uuJuif je le crois. Selon les nobles us De ce peuple divin, dont je chéris la race.

Je viens prendre chez vous-les droits qui me sont dus. J’ai fait quelques progrès par mon expérience Dans l’art de travailler un royaume en finance. Je fais loyalement deux parts de votre bien :

La première est an roi , qui n’en retire rien ;

La seconde est pour moi. Voici votre mémoire.

Tant pour les brocs de vin qu’ici nous avons bus; Tant pour ceux qu’aux marchands vous n’avez point vendus ,

Et pour ceux qu’avec vonsnous comptons encor boire. Tant pour le sel marin duquel nous présumons Que vous deviez garnir vos savoureux jambons. Vous ne l’avez point pris, et vous deviez le prendre. Je ne suis point méchant , et j’ai famé assez tendre. Composons, s’il vous plaît. Payez dans ce moment Deux mille écus tournois par accommodement.

Mon ba.daud écoutait d’une mine attentive Ce discours éloquent qu’il ne comprenait pas Lorsqu’un autre seigneur en son logis arrive.

Lui fait son compliment, le serre entre ses bras: Que vous êtes heureux votre bonne fortune.

6a CONTES EN VERS.

En pénétrant mon cœur, à nous doux est commune. Du domaine royal je suis 1 e y contrôleur:

J’ai su que depuis peu vous goûtez le bonheur D’être seul héritier de votre vieille tante.

Vous pensiez n’y gagner que mille écus de rente : Sachez que la défunte en avait trois fois plus. Jouissez de vos biens, par mon savoir accrus.

Quand je vous enrichis , souffrez que je demande , Pour vous être trompé, dix mille francs d’amende.

Aussitôt ces messieurs , discrètement unis,

Eont des biens au soleil un petit inventaire ;

Saisissent tout l’argent, démeublent le logis.’

La femme du bourgeois crie et se désespere ;

Le maître est interdit ; la fille est tout en pleurs ;

Un enfant de quatre ans joue avec les voleurs , Heureux pour quelque temps d’ignorer sa disgrâce !

Son aîné , grand garçon, revenant de la chasse , Veut secourir son pere ,et défend la maison :

On les prend , cçi les lie , on les mène en prison ;

On les juge ; on en fait de nobles argonautes ,

Qui , du port de Toulon devenus nouveaux hôtes, Vont ramer pour le roi vers la mer de Cadix.

La pauvre mere expire en embrassant son fils : L’enfant abandonné gémit dans l’indigence :

La fille sans secours est servante à Paris.

C'est ainsi qu’on travaille un royaume enfmance.

SESOSTRIS.

"V ous le savez , chaque homme a son génie Pour l’éclairer et pour guider ses pas Dans les sentiers de cette courte vie.

À nos regards il ne se montre pas,

SESOSTRIS.

IVIais en secret il nons tient compagnie.

On sait aussi qn ils étaient autrefois Plus familiers que dans l’âge où nous sommes ; Ils conversaient , vivaient avec les hommes En bons amis, sur-ton t avec les rois.

Près de Memphis, sur la rive féconde Qu’cn tous les temps , sous des palmiers fleuris Le dieu du Nil embellit de son onde tin y>ir au frais le jeune Sésostris Se promenait loin de ses favoris ,

Avec son ange ; et lui disait : Mon maître Me voilà roi ; j ’ai dans le fond du cœur Un vrai désir de mériter de l’être :

Comment m’y prendre ? Alors son directeur Dit : Avançons vers ce grand labyrinthe Dont Osiris fonda la belle enceinte ;

Vous l'apprendrez. Docile à ses avis.

Le prince y vole. Il voit dans le parvis Deux déités d’espece differente ;

L’une paraît une beauté touchante.

Ad doux sourire, aux regards enchanteurs , Languissamment couchée entre des fleurs,

D amours badins, de grâces entourée,

Et de plaisir eucor tout enivrée.

Loin derrière elle étaient trois assistants,

Secs, décharnés, pâles, et chancelants.

Le roi demande à son guide iidcle Quelle est la nymphe et si tendre et si belle ,

Et que font là ces trois vilaines gens.

Son compagnon lui répondit : Mon prince Ignorez-vous quelle est cette beauté?

A votre cour , à la ville , en province ,

Chacun l’adore, et c’est la volupté.

Ces trois vilains qui vous font tant de peine Marchent souvent après leur souveraine ;

C est le dégoût, l’ennui , le repentir

Spectres hideux , vieux enfants du plaisir.

- L’Egyptien fut affligé d’enfendre De ce propos la triste vérité.

Ami , dit-il , daignez aussi m’apprendra t Quelle est plus loin cette autre déité.

Qui me paraît moins facile et moins tendre.

Mais dont l’air noble et la sérénité Me plaît assez. J e vois à son côté Un sceptre d’or, une sphere, une épée,*

Une balance. Elle tient dans sa main Des manuscrits dont elle est occupée.

Tout l’ornement qui pare Son beau sein Est unè égide. Un temple magnifique S’ouvre à sa voix , tout brillant de clarté ;

Sur le fronton de l’auguste portique Je lis ces mots , à V immortalité.

T puis-je entrer ? L’entreprise est pénible.

Repartit l’ange ; on a souvent tenté D’y parvenir , mais on s’est rebu té.

Cette beauté , qui vous semble inflexible ,

Peut quelquefois se laisser enflammer.

La volupté, plus douce et plus sensible,

A plus d'attraits; l’autre sait mieux aimer.

Il faut pour plaire à la fiere immortelle Un esprit juste , un cœur pur et fidele :

C’est la sagesse. Et ce brillant séjour Qu’on vient d’ouvrir est celui de la gloire.

Le bien qu’on fait y vit dans la mémoire;

Votre beau nom doit y paraître un jour.

Décidez-vous entre ces deux déesses ;

Vous ne pouvez les servir à la fois.

Le jeune roi lui dit : J’ai fait mon choix.

Ce que j’ai vu doit régler mes tendresses.

D’autres voudront les aimer toutes deux.

L’une un moment pourrait me rendre heureux :

L’autre par moi peut rendre heureux le monde.

A la première , avec un air galant, • lï appliqua deux bàisers en passant, j Mais il donna sou cœur, à la seconde.

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LE DIMANCHE

LES FILLES DE MIJNfEE.

X MAOiSt£ AKNiS ÇiJE v „

' xf • * • * ", : m .

V ou ,s demandez , .madame Arnanche ,

Pourquoi nos dévojts paysans , . , .

Les Cordeliers à la grapd’mpnçhe 9 f, .

Et nos curés catéchisants . .

Aiment à boire le dimanche., ,

J’ai consulté bien des, savants.

Huet , cet évêque 4’Avranche ,

Qui pour la Bible toujours penche , Prétend qu’un usage si hç?u Vient de Noéde patriarche,

Qui , j us te ment .dégo.ûté d’eau , .

S’enivrait au sortir de l’arche,.

.Huet se trompe j.ç’est Bacchus ,

C’est le législateur du, Gange , ,

Ce dieu de cent peuples vaincus , .

Cet inventeur de la; vendange.

C’estdai qui y.oulujt consacrer .

Le dernier .jour hebdomadaire.

A boire ,à rire , à ne rien f^ire :

On ne pouvait mieux honorer

CONTES F, N VEJRS., . etc. 6

La. divinité de son pere.

Il fut ordonné par les lois D’employer ce jour salutaire A ne fairé œuvre de ses doigts Qu’avec sa maîtresse et son verre*

Un jour ce digne fils de Dien<

Et de la pieuse Semele Descendit du ciel au saint lien Où sa mere très peu cruelle Dans soi!’ beau sein l’avait conçu , •

Où son pere , l’ayant reçu ,

L’avait enfermé dans sa cuisse ;

Grands mystères bien expliqués ,

Dont autrefois Se sont moqués Des gens d’esprit pleins de malice»

Bacchtts à peine se montrait '

Avec Silène et sa monture ;% '

Tout le peuplé lés adorait; " " ^

La campagne était sans culture»

Dévotement on folatTait j Et toute la eléricature

Courait eü foûie au cabaret. *

Parmi ce brillant fanatisme Il fut un pauvre citoyen ,

Nommé Minée , homme de bien j Et soupçonné de jansénisme.

Ses trois filles filaient du lin.

Aimaient Dieu . servaient le prochain j Evitaient la fainéantise ,

Fuyaient les plaisirs.* les amants,

Et , pour ne poîiït perdre de temps , Ne fréquentaient jamais l’église. • * Alcithoé dit à ses sœur*';

Travaillons , et faisons l’aumône f Monsieur le curé dans é^n prône

Donne-t-il des conseils meilleurs?

LE DIMANCHE

Etions , et laissons la canaille 0

Chanter des versets ennuyeux ;

Quiconque est honnête et travaille Ne saurait offenser les dieux.

Filons, si vous voulez m’en croire;

Et , pour égayer nos travaux ,

Que chacune conte une histoire ,

En faisant tourner ses fuseaux.

Les deux cadettes approuvèrent Ce propos tout plein de raison ,

Et leur sœur qn’elles écoutprent Commença de cette façon :

Le travail est mou dieu , lui seul régit le monde ; Il est l’ame de tout : c’est en vain qu’au noos dit Que les dieux sont à table ou dorment dans leur lit. J’interroge les deux, l'air, et la terre, et l’onde.

Le puissant Jupiter fait son tour en dix ans.

Son vieux pere Saturne avance à pas plus leuts. Mais il termine enfin son immense carrière;

Et, dès qu’elle est finie, il recommence encor.

Sur son char de rubis mêlés d’azur et d’or Apollon va lançant des torrents de lumière. ' Quand il quitta les cicux il se lit médecin, Architecte, berger, ménétrier, devin ;

Il travailla toujours. Sa sœur l’aveu turiere Est Hécate aux enfers, Diane dans les bois ,

Lune pendant les nuits, et remplit trois emplois.

Neptune chaque jour est occupé six heures A soulever des eaux les profondes demeures ,

Et les fait dans leur lit retomber par lenr poids.

Vnlcain noir et crasseux , courbé sur son enclume , Forge à coups de marteau les foudres qu’il allume.

• On in’a conté qu’un jour, croyant le bien payer, Jupiter à Vénus daigna le marier.

^Jupiter, mes sœurs, était grand adultéré ;

68 ‘ CONTES EN VERS. î

Vénus l’imita bien ; chacun tient de son pere/

Mars plut à la frlpponne; il était colonel ,

Vigoureux , impudent , s’il en fut dans leViel ,

Talons rouges , net haut , tôOé lés" talents de plaire ; Et tandis que Vulcaiu travaillait pour la cbur ,

Mars consolait sa femme en parfait petit-maître , •

Par air , par vanité", plutôt que par amour.

Le mari méprise , mais très digne de l’êfre ( .

Aux deux amants Tièureux voulut jouer d’un tour. D’un fil d’acier poli , non moins fin que solide ,

Il façonne un réseau que rien ne peut briser Il le porte la nuit au lit de la perfide. r Lasse de ses plaisirs il la voit reposer Entre les bras de Mars ; et d’une main timide Il Vous tend son lacet sur le couple amoureux ;

Puis marchant à grands pas , encor qu’il fût boiteux. Il court vite au soleil conter son aventure :

Toi qui vois tout, dit-il, viens, et vois ma parjure ; Cependant que Phosphore au bord de l’Orient Au-devant de son char ne parait point encore ,

Et qu’en Versant des pleurs la diligente Aurore Quitte son vieil époux pour son nouvel amant : Appelle tous les dieux ; qu’ils contemplent ma honte. Qu’ils viennent me venger. Apollon est malin ,

Il rend avec plaisir ce service à Vuîcain ;

En petits vers galants sa disgrâce il raconte ,

Il assemble, en chantant, tout le conseil divin.

Mars se réveàl/au bruit aussi-bien que sa belle ;

Ce Dieu très éhonté ne se dérangea pas ;

Il tint sans s’étonner Vénus entre ses bras.

Lui donnant cent baisers qui sont rendus par elle. Tous les dieux à Vulcain firent leur compliment ;

Le pere de Vénus en rit long-temps lui-mèine.

On vanta du lacet l’admirable instrument ,

Et chacun dit : Bon homme ,attrapez-nous de meme.

LE DIMANCHE

Lorsque la belle Alcithoé Eut fini son conte pour rire.

Elle dit à sa soeur Thémire ;

Tout ce peuple chante Evoé ;

Il s'enivre, il est en délire ;

Il croit que la joie est du bruit.

Mais vous, que la raison conduit , N’auriez-vous donc rien à nous dire ?

Thémire à. sa sœur répondit :

La populace est la plus forte i J.e crains ces dévots , et fais bien ;

A double tour fermons la porte %

Et poursuivons notre entretien.,

"Votre conte est de bonne sorte;

D’un vrai plaisir il me transporte ; Pourrez-vous écouter le mien l

C'est de Vénus qu’il fant parler encore; i Snr ce sujet jamais on ne tarit ;

Filles, garçons, jeunes, vieux, tout l’adore: Mille grimands font des vers sans esprit Pour la chanter.. Je m’en suis souvent plainte Je détestais tout médiocre auteur ;

Mais on les, passe, ou les souffre; et la sainte Fait qu’on pardonne au spt prédicateur.

Cette Vénus , que voua ave* dépeinte Folle d’amour pour le dieu des combats, D’un autre ampnr eut bientôt Taine atteinte ; Le changement ne lai déplaisait pas.

Elle trouva devers la Palestine

Un beau garçon dont la charmante mine ,

Les blonds cheveux , les roses et les lis ,

Les yeux brillants , la taille noble et.bue , Tout lui plaidait; car c’était Adonis.

Cet Adonjs , ainsi qu’on nous l’atteste ,,

Au rang des Dieux u’était pas tout -à-fait ;

Mais chacun- sait combien il en tenait.

Son origine était toute céleste ;

Il était né des plaisirs d’un inceste.

Son pere était son aïeul Cynira ,

Quil 'avait eu de sa fille Myrrha ;

Et Cynira , ce qu’on a peine à croire ,

Etait le fils d’un beau morceau d’ivoire.

Je voudrais bien que quelque grand docteur Pût m’expliquer sa généalogie $

J’aime â m’instruire , et c'est un gTand bonheur D’étre savante en la théologie.

Mars fut jaloux de son charmant rival ;

Il le surprit avec sa Cythérée

Le nez collé sur sa bouche sacrée ,.

Faisant des Dieux. Mars est un peu brutal ;

Il prit sa lance, et d’un coup détestable ,

Il transperça ce jeune homme adorable.

De qui le sang* produit encor des fleurs; J’admire ici toutes les profondeurs De cette histoire ; et j’ai peine à comprendre Comment un Dieu pouvait ainsi pourfendre Un autre Dieu. Ça, dites-niôi , mes sœurs , Qu’en pensez-vous ? parlez-moi sans scrupule , Tuer un Dieu n’est-il pas ridienle ?

Non, dit Ciimene , et puisqu’il était né ,

C’est à mourir qu’il était destiné :

Je le plains fort, sa mort paraît trop pi'ompte : Mais poursuivez le fil de votre conte.

Notre Théinirè aimant à raisonner* ■

Lui répondit : Je vais vous étbhiier. *

Adonis meurt ; mais Vénus la féconde.

Qui peuple tout , nui fait vivre et sentir ,

Cette Vénus qui 'créa le plaisir, ■ •• <

Cette Vénus qui réparé le monde , ’ ' ’ *

Ressuscita , ‘sept jours a près. sa mort,

Le Dieu charmant dont vous plaignez le sort.

LE DIMANCHE. 7 i

Bon ! dit Climene, en voici bien d’une autre f Ma chere sœur , quelle idée est la vôtre ?

Ressusciter-Ies gens ! je n’en crois rien.

Ni moi non plus, dit la bejle conteuse ;

Et l’on peut être nue fille de bien En soupçonnant que la fable est menteuse.

Mais tout cela se croit très fermement Chez les docteurs de ma noble patrie,

. Chez les rabbins de l’antique Syrie,

Et vers le Nil , où le peuple en dansant ,

De son Isis entonnant la louange ,

Tous les matins fait des dieux et les mange.

. Chez toùs ces gens Adonis est fêté ;

On vous l’enterre avec solemnité ;

Six jours entiers l’enfer est sa demeure Il est damné tant en corps qu’en esprit ;

Dans ces six jours chacun gémit et pleure,

Mais le septième il ressuscite ; on rit.

Telle est, dit-on , la belle allégorie ,

Le vrai portrait de l’homme et fie la vie, v - Six jours de peine, un seul jour de bonheur.

Du mal au bien toujours le destin change;

Mais il est peu*de plaisirs sans douleur ,

• Et nos chagrins sont souvent sans mélangea

De la sage. Climene enfin c’était le tour. >

Son talent n’était pas de conter des sornettes,

De faire des romans ou l’histoire du jour .

De ramasser des faits perdus dans les gazettes.

Elle était nn peu seehe, aimait 1^ vérité , '

Ea cherchait, la disait avec simplicité.

Se souciant fort peu qu’elle Tut embellie ; .

Elle eut fait un bon tome à l’encyclopédie.

Climene à ses deux sœurs adressa ce discours :

Vous m’avez de nos dieux raconté les amours.

Les aventures, les mystères ;

Si nous n’en croyons rien , que nous sert d’en parler? Un mot devrait suffire : on a trompé nos pere& ,

11 ne faut pas leur ressembler.

Les Béotiens nos confrères Chantent au cabaret l’histoire de nos dieux ;

Le vulgaire se fait un grand plaisir de croire

Tous ces contes fastidieux '

Dont on a dans l’enfance, enrichi sa mémoire.

Pour moi, dût le curé me gronder après boire ,

Je m’en tiens à vous dire, avec mon peu d’esprit. Que je n’ai jamais cru rien de ce qu’on m’a dit.

D’un bout du monde à l’autre on ment et l’on mentit; Nos neveux mentiront comme ont fait nos ancêtres.

Chroniqueurs, médecins , et prêtres Se sont moqués de nous dans leur fatras obscur: Moquons-nous d’eux, c’est le plus sûr.

Je ne crois point à ces prophètes Pourvus d’un esprit de Python ,

Qui renoncent à leur raison Pour prédire des choses faites ;

Je ne crois pas qu’au Dieu nous fasse nos enfants;

J e ne crois point la guerre des géants ;

Je ne crois point du tout à la prison profonde D’un rival de Dieu même en sou temps foudroyé ;

Je ne crois point qu’un fat ait embrasé ce monde Que son grand-pere avait noyé:

Je ne crois aucun- des miracles Dont tout le monde parle, et. qu’on n’a jamais vus 5 Je ne crois ancnn des oracles Que des charlatans ont vendus Je ne crois point. . , La belle au milieu de sa phraso S’arrêta de frayeur; un bruit affreux sentenj,

La maison tremble , un coup de vent Fait tomber le trio qui jase v Àvec tout son clergé Bacchus entre en buvant :

LE DIMANCHE

Et moi je crois , dit- il , mesdames les savantes , Qu’en faisant trop les beaux esprits "Vous êtes des impertinentes :

Je crois que de mauvais écrits Vous ont un peu tourné la tête :

Vous travaillez un jour de fête ,

Vous en aurez bientôt le prix ,

Et ma vengeance est tonte prête ;

J e vous change en chauves-souris.

Aussitôt de nos trois reclues ,

.. Chaque membre se raccourcit ;

Sous leur aisselle il s’étendit Deux petites ailes velues. ’

Leur voix pour jamais se perdit; Elles volèrent dans les rues , .

Etdevinrent oiseaux de nuit.

Ce châtiment fut tout le fruit De leurs sciences prétendues.

Ce fut uner grande leçon Poàr tout bon raisonneur qui fronde; On connut qu’il est dans ce monde .Trop dangereux d’avoir raison.

Ovide a conte cette affairé ;

La Fontaine en parle après lui ;

. Moi je la répété aujourd’hui ,

Et j’aurais mieux fait de me taire.

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