LE SONGÉ CREUX
Et qui semblait me fermer le passage.
Que me veux-tu, dis-je à ce personnage?
Kien, me dit- il, car je suis le néant ; #
Tout ce pays est de mon apanage.
De ce discours je fus un peu troublé :
Toi , le néant jamais il n’a parlé. . . .
Si fait, je parle ; on m’invoque, et j’inspire Tous les savants qui sur mon vaste empire Ont publié tant d’énormes fatras....
Eh bien ! mon roi , je me jette en tes bras ; Puisqu’en ton sein tout l’univers se plonge, Tiens, prends mes vers, ma personne, et monsonge; Je porte envie au mortel fortuné Qui t’appartient aussitôt qu’il est né.
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LA CREPINADE. ;
Le diable un jour se trouvant de loisir,
Dit : Je voudrais former à mon plaisir , , Quelque animal dont l’ame et la figure Fût à tel point au rebours de nature ,
Qu’en le voyant l’esprit le plus bouche Y reconnût mou portrait tout craché.
Il dit : il prend une argille ensoufrée, . .
Des eaux du Styx imbue et pénétrée ;
Il en modèle un chef-d’œuvre naissant.
Pétrit sou homme , et nt en pétrissant.
D’abord il met sur une tête immonde Certain poil roux que l’on sent à la ronde ;
Ce crin de Juif orne un cuir bourgeonné.
Un front d’airain , vrai casque de damné :
Un sourcil blanc câche un œil sombre et louche ; Sous un Ue* large il tord sa laide bouche:
Satau lui donne un ris sardonien
Qui fait frémir les pauvres gens de bien ,
Cou de travers , omoplate en arcaue ,
Un dos cintré propre à la bastonnade ;
Puis il lui souffle un esprit imposteur, ^
Traître et rampant, satirique et flatteur:
Rien n’épargnait. 11 vous remplit la bete De fiel au cœur, et de veut dans la teté.
Quand tout fut fait, Satan considéra Ce beau garçon , le baisa , l’admira ;
Endoctrina , gouverna son ouaille \
Puis dit à tous : Il est temps qu’il rimaille.
LA CREPINàDE. . -
Aussitôt fait , l’animal rimailla ,
Monta sa vielle , et Rabelais pilla :
IJ griffonna des Ceintures magiques ,
Des Adonis , des Aïeux chimériques ;
Dans les cafés il fit le bel esprit;
Il nous chanta Sodôme et Jésus-Christ :
Il fut sifflé , battu pour son mérite.
Puis fut errant, puis se fit hypocrite :
Et, pour finir, à son pere il alla ;
Qu’il y demeure. Or je veux sur cela . Donner au diable un conseil salutaire :
Monsieur Satan , lorsque vous voudrez faire Quelque bon tour au chétif genre humain , Prenez-vons-y par un autre chemin :
Ce n’est le tout d’envoyer son semblable Pour nous tenter: Crépin votre féal.
Vous servant trop, vous a servi fort mal.
Pour nous damner rendez le vice aimable.
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