L’HYPOCRISIE
Je te connais ; l’argent et les câlins Sont à tes yeux les seuls objets divins ;
Tu n’eus jamais un autre catéchisme:
Pourquoi veux-tu , de ton plat rigorisme Nous étalant le dehors imposteur,
Tromper le monde, et mentir à ton cœur.
Et, tout pétri d’une douce luxure , ,
Parler en Paul , et vivre en EpicureP Le sycophante alors me répondit,
Qu'il faut tromper pour se mettre en crédit.
Que la franchise est toujours dangereuse ,
L’art bien reçu ,1a vertu malheureuse ,
La fourbe utile , et que la vérité Est un joyau peu connu, très vanté, . ' -
D’un fort grand prix, mais qui n’est point d’usage Je répliquai : Ton' discours paraît sage.
L’hypocrisie a du bon quelquefois ;
Pour son profit on a trompé des rois ;
On trompe aussi le stupide vulgaire
Pour le gruger, bien plus que pour lui plaire;
Lorsqu’il s’agit d’un trône épiscopal ,
Ou du chapeau qui coiffe un f ardinal ,
On, s» l’on veut., de la triple couronne Que quelquefois l’ami Belzébnth donne ;
En pareil cas peut-être il serait bon Qu’on employât quelques tours de frippon; L’objet est b£$u ,, le,prix en vaut la peine:
Mais se gêner pour nous mettre à la gène,
Mais s’imposer le fardeau détesté D’une inutile et triste fausseté.
Du monde entier méprisée et maudite ,
C’est être dupe encor plus qu’hypocrite.
Que Peretti se déguise en chrétien Pour être pape , il se conduit fort bien.
Mais toi, pauvre homme, excrément de college, Dis-moi quel bien, quel rang , quel privilège COUTES E« VERS, etc. I®
, ff?. SATIRES;
Il te revient de ton maintien cagot?
Tricher an jeu sans gagner est d’un sot.
Le monde est fin ; aisément on devine ,
On reconnaît le cafard à la mine ;
Chacun le hue : on aime à décrier Un charlatan qui fait mal son métier.
Mais convenez que du moins mes confrères M’applaudiront... Tu ne les connais gueres :
Dans leur tripot on les a vus souvent Se comporter comme on fait an courent ;
Tout penaillon y vante sa besace , ' 7
Son institut , ses miracles , sa crasse ;
Mais en secret l’un de l’autre jaloux , * Modestement ils se détestent tous.
Tes ennemis sont parmi tes semblables.
Les gens du monde au moins sont plus traitables Ils sont railleurs ; les autres sont méchants. Crains les sifflets, mais crains les mal-faisants. Crois-moi , renonce à la cagoterie ;
Mene uniment une plus noble vie ;
Rougissant moins , sois moins embarrassé ;
Que ton cou tors , désormais redressé ,
Sur son pivot garde un jnste équilibre;
Leve les yeux , paife en citoyen libre ;
Sois franc , sois simple ; et, sàns affecter rien, Essaie un peu d’être un homme de bien.
Le mécréant alors n’osa répondre.
J’étais sinçere , il se sentait confondre :
Il soupira d’un air sanctifié ; " (>
Puis détournant son œil humilié ,
Courbant en voûte une part de l’échine.
Et du menton se battant la poitrine.
D’un pied cagneux il alla chez Fanchon Pour lui parler de la religion.
LE MARSEILLOIS ET LE LION. * t k S