‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées, de VoltaireChapitre 40 sur 142 · ET JEANNOT · texte numérisé non relu

ET JEANNOT

J LS PERE NÏCODEME.

ex u iror, souviens -toi bien que la philosophie Est un démon d’enfer à qui l’on sacrifie.

-LE PERE NICODEME, etc.

Archimède autrefois gâta le genre humain :

Newton dans notre temps fut un franc libertin; Loche a plus corrompu de femmes et de filles - Que Lass à l’hôpital n’a conduit de familles ;

Tout chrétien qui raisonne a le cerveau blessé. Bénissons les mortels qui n’ont jamais pensé.

O bienheureux Larcher , Viret , Cogé , Nonotte ,

Que de tous vos écrits la pesanteur dévote Toujonrs pour mon esprit eut des charmes puissants. 1 Le péché n’est, dit -on, que l’abus du bon sens ;

Et de peur de l'abus vous bannissez l’usage.

Ah! fuyons saintement le danger d’ètre sage.

Pour faire ton salut ne pense point, .Teannot ; Abrutis bien ton ame , et fais voeu d’être un sot.

JEAlflfOT.

Je sens de vos discours l’influence bénigne ,

Je bâille, et de vos soins je me crois déjà digne.

J’ai toujours remarqué que l’esprit rend malin.

Vous vous ressouvenez du bon curé Fantin ,

Qui prêchant, confessant les dames de Versailles^ Caressait tonr-à-tour et,volait ses ouailles;

Ce cher monsieur Billard, et son ami Grizel ,

Grands porteurs de dlice, et chanteurs de missel, Qui prenaient notre argent pour mettre en œuvres pies :

Tous ces gens-là , mon pere , étaient de grands génies !

I> E PERE îtlCODÊME.

Mon fils , n’en doute pas , ils ont philosophé ,

Et soudain leur esprit, par le diable échauffé,

Brûla de tous les feux de la concupiscence. ,

Dans les bosquets d’Eden l’arbre de la science Portait un fruit de mort et de corruption;

Notre bon pere en eut une indigestion.

Pour lui bien conserver sa fragile innocence Il eut fallu planter l’arbre de l’ignorance.

xaS S A TJ RE S.

C’est bien dit ; mais souffrez que Jeannot l’hébété Propose avec respect une difficulté :

De tous les écrivains dont la pesante plume Barbouilla sans penser tous les mois un volume ,

Le plus-ignare en grec , en français , en latin ,

C’est notre ami Kréron de Quimper-Corentin:

Sa grosse ame pourtant dans le vice est plongée;

De cent' mortels poisons Belzébuth l’a rongée.

Je conclurais de là, si j’osais raisonner,

Que le pauvre d’esprit peut encor se damner.

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