‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées, de VoltaireChapitre 45 sur 142 · X.E VIEILLARD · texte numérisé non relu

X.E VIEILLARD

Non.

Apprends que tout système offense ma raison. j

Plus de vers , et sur-tout plus de philosophie.

A rechercher le vrai j’ai consumé ma vie ; *

J’ai marché dans la nuit sans guide et sans flambeau,: Hélas ! voit-on plus clair au bord de son tombeau ?

A quoi peut nous servir ce don de la pensée ,

Cette lumière faible , incertaine , éclipsée?

J e n’ai pensé que trop. Ceux qui par charité Ont au fond dé leur puits noyé la vérité,

Font repentir sopVént l’imprudent qui l’en tire.

J e me tais : je ne veux rien savoir , ni rien dire.

Eh bien , végété, et meurs : je revoie à Paris Présenter mon service à de profonds esprits ;

Les uns dans leurs greniers fondant des républiques, Les autres ébrauchaut les verges monarchiques.

J’en connais qui pourraient, loin des profanes yeux, Sans le secours des vers , élevés dans les cieux, Emules fortunés de l’essence éternelle,

Tout faire avec des mots, et tout créer comme elle.

Ils ont besoin de moi dans leurs inventions ;

J’avais porté René parmi ses tourbillons:

DIALOGUE DE PÉGASE , etc. 1 4 9

Son disciple plus fou ( i ), mais non pas moins superbe. Etait monté sur moi quand il parlait au Verbe.

J’ai des amis en prose, et bien mieux inspirés Que tes héros du Pinde aux rimes consacrés :

Je vais porter leurs noms dans les deux hémisphères.

LE VIEILLARD

Adieu donc ; bon voyage au pays des chimères.

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