‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées, de VoltaireChapitre 5 sur 142 · LE COCUAGE · texte numérisé non relu

LE COCUAGE

Et de son bien s’emparant à ses yeux ,

Se promener de ménage en ménage;

Tantôt porter la flamme et le ravage ,

Et des brandôns allumés dans ses mains Aux yeux de tous éclairer ses larcins.

Tantôt, rampant dans l’ombre et le silence, Le front couvert d’un voile d’innocence , Chez un époux'le matois introduit Faisait son coup sans scandale et sans bruit. La jalousie au teint pâle et livide ,

Et la malice à l’œil faux et perfide ,

Guident ses pas où l’Amour le conduit ; Nonchalamment la volupté le suit :

Ponr mettre à bout les maris et les belles De traits divers ses carquois sont remplis ; Flecbes y sont pour le cœur des cruelles ; •Cornes y sont pour le front des maris.

Or ce dieu-là , i mal-faisant pu propice , ' Mérite bien qu’on chante son office , '*

Et par besoin ou par précaution On doit avoir à lui dévotion ,

Et lui donner encens et luminaire ; " *

Soit qu’on épouscou qu’on n’épouse pas , Soit que l’on fasse ou qu’on craigne lecas , De sa faveur on a toujours affaire.

O vous , Iris , que j’aimerai toujours , Quand de vos vœux vous étiez la maîtresse , Et qu’un contrat, trafiquant la tendresse , N’avait encore asservi vos beaux j ours ,

Je n’invoquais que le dieu des Amours : • Mais à présent, perçe de la tristesse, L’hymen, hélas ! vous a mis sous sa loi ;

A cocuage il faut que je m’adresse ;

C’est le seul dieu dans qui j’ai de la foi, '

LA MtJLE DU PAPE.

Fr F. res très chers, on lit dans saint Mathieu Qu’un jour le diable emporta le bon Dien Sur la montagne , et puis lui dit : Beau sire . Vois-tu ces mers , vois-tn ce vaste empire , L’état romain de l’un à l’autre boat?

L’autre reprit , Je ne vois rien du tout ,

Votre montagne en vain serait pins hante.

Le diable dit : Mon ami , c’est ta faute j Mais avec moi veux-tu faire un marché?

Oui-dà, dit Dien , pourvu que sans péché Honnêtement nons arrangions la chose.

Or voici donc ce que je te propose , :

Reprit Satan : Tout le monde:est à moi ;

Depuis Adam j’en ai la jouissance: *• •

Je me démets, et tout sera pour toi . • „ ■ *

Si tu me veux faire la révérence.

Notre Seigneur, ayant un peu rêvé ,

Dit au démon que, quoiqu’en apparence Avantageux le marché fût trouvé,

H ne pouvait le faire en conscience;

Car il avait appris dans son enfance Qu’étant si riche on fait mal sou salut.

Un temps après notre ami Belzébnt Alla dans Rome. Or c’était l’heureux âge Où Rome avait fourmilliere d 'élus :

Le pape était un pauvre personnage.

Pasteur de gens , évêque , et rien de plus.

L’esprit malin s’en va droit au saint -pere,

Dans son taudis l’aborde, et lui dit: Frere,

„ Je te ferai , si tu veux, grand seigneur.

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