‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées, de VoltaireChapitre 7 sur 142 · CONTES EN TERS · texte numérisé non relu

CONTES EN TERS

Un peu ridée , et même un peu puante :

Cela n’est rien pour des héros bien nés ; Fermez les yeux et bouchez-vous le riez.

Le chevalier, amoureux de la gloire, Voulut enfin tenter cette victoire:

Il obéit, et se piquant d’honneur,

S’écoutant plus que sa rare valeur.

Aidé du ciel, trouvant dans sa jeunesse Ce qui tient lieu de beauté, de tendresse, Fermant les yeux, se mit à son devoir.

C’en «st assez, lui dit sa tendre épouse, * .T’ai vu de vous ce que j’ai voulu voir:

Sur votre cœur j’ai connu mon pouvoir.

De ce pouvoir ma gloire était jalouse :

T’avais raison ; convenez-en , mon fils ,

Femme toujours est maîtresse au logis.

Ce qua jamais , Robert, je vous demande, C’est qu’à mes soins vous vous laissiez guider Obéissez ; mon amour vous commande D’ouvrir les yeux et de me regarder.

Robert regarde; il voit à la lumière De cent flambeaux, sur vingt lustres placés , Dans un palais, qui fut cette chaumière,

Sous des rideaux de perles rehaussés ,

Une beauté , *dont le pinceau d’Apelle Ou de Vanlo , ni le ciseau fidele Du bon Pigal, le Moine, ou Phidias, N’auraient jamais imité les appas :

C’était Vénus , mais Vénus amoureuse,

Telle qu’elle est, quand les cheveux épars , Les yeux noyés dans sa langueur heureuse , Entre ses bras elle attend le -dieu Mars.

Tout est à vous , ce palais et moi-même :

J ouissez-en , dit-elle à son vainquent ;

Vous n’avez point dédaigné la laideur,

Vous méritez que la beaaté vous aime.

Or , maintenant j ’entends mes anditenrs Me demander quelle était cette belle De qui Robert eut les tendres faveurs :

Mes chers amis , c’était la fée UrgelJe ,

Qui dans son temps protégea nos guerriers,

Et fit du bien aux pauvres chevaliers.

O l’heureux temps que celui de ees fables, Des bons démons, des esprits familiers,

Des farfade.V; aux mortels secourablcs!

On écoutait tous ces faits admirables Dans son château, près d’un large foyer :

Le pere et l’oncle, et la mere et la fille,

Et les voisins , et toute la famille ,

Ouvraient l’oreille à monsieur l’aumônier - Qui leur faisait des contes de sorcier.

On a banni lea démons et les fées :

Sous, la raison les grâces étouffées Livrent nos cœurs à l’insipidité ;

Le raisonner tristement s’accrédite :

• On court , hélas ! après la vérité ;

Ah! croyez-moi, l’erreur a son mérite.

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