LE VISAGE PERDU
LOIN, bien loin dans le passé, au temps divin où l'art était le maître de la Chine, Yan-Li peignait.
Sur le fin papier et la soie livide, son pinceau traçait des figures précises, des hommes, des dieux, des oiseaux.
Ayant connu son talent, l'empereur la fit venir en son palais pour travailler. Elle y rencontra Men- Tchang et l'aima.
Il partit, elle ne le vit plus.
Sans doute par un sortilège, rien ne put demeurer au fond de sa mémoire, elle oublia son sourire et ses yeux. Comme dans un nuage les traits étaient fondus, le visage perdu.
Elle se mit k le chercher dans les jardins et dans les salles, ckins le temple et les pavillons.
Elle le chercha dans le miroir épais de l'eau, dans les brunies de l'horizon, mais sans espoir.
\)c guerre lasse, elle s'en fut prier les dieux de lui inspirer un moyen de le retrouver.
Les dieux lui répondirent : Il lui faut le sang de ton cœur.
L'artiste serra contre sa poitrine le rosier le plus aigu des parterres impériaux, le sang coula, elle y rougit son pinceau. Sous le trait de pourpre chaude l'absent enfin reparut, après la deuxième touche la main retomba glacée.
Yan-Li, la fidèle, était morte mais le visage aimé vivait.