‹ Contes en vingt lignesChapitre 20 sur 25 · L'AÉROPLANE · texte numérisé non relu

L'AÉROPLANE

LE grand oiseau blanc s'envola par dessus la mer, fier de porter en son milieu, comme un cœur, l'homme vivant.

La frégate, qui fauche le vent, lui dit :

' — (( Où t'en vas-tu ainsi avec cet homme, comme avec un enfant ? ))

— • (( Je dois faire le tour du monde entre l'aurore et le couchant ». »

Ils virent, au cours du voyage, les mares bleues, les côtes grises, peut être des forêts et des capitales peut-être, si bas.

Ils les virent et ne les virent pas.

L'oiseau chanta : « Ceci n'est que poussière, allons vers plus de clarté ». Il chanta : « Donne-moi du sang ». Et l'homme lui donna du sang.

Et puis il oublia ceux qui l'aimaient et cette maison si petite où 1 on attend. La nuit venait, ils partirent pour les étoiles.

Mais, en leur chemin, rencontrèrent dame comète qui riait en courant et tenait à peine d'une main sa traîne. Elle dit :

<« Oh le bel oiseau blanc ! Depuis tant de milliards d'ans que je vole, jamais je ne vis son pareil et je le prends.

Elle tendit son doigt lumineux. L'oiseau s'y posa dans sa course folle. Et chaque soir, auprès de la maison petite où l'on attend, tous ceux qui, si longtemps, ont caressé de leur espoir les fuyantes ailes, ceux qui aimèrent l'homme volant, regardent au ciel et se disent:

(( Où sont-ils donc ? Où sont-ils donc maintenant. ».

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