ENVOI A FRÉDÉRIC MISTRAL
0 trouvère mon frère ! Toi, qui as consolé mes peines par un si bel amour ; toi qui as donné au trouvère errant consolation et heures sereines ; toi, qui l'accueillis avec une douce et généreuse fraternité, écoute le vœu saint qu'il fait du fond du cœur en t'envoyant sa plainte douloureuse ; que jamais le bon Dieu n'éloigne de ton foyer la joie immense qui y règne aujourd'hui, et, hélas, que jamais, jamais, tu ue te trouves exilé de ta Provence !
LE CHANT DE l'EXILÉ.
Avignon, 2 décembre 1866
Près de la rivière de Provence, les yeux en
pleurs, le cœur navré, ne sentant qu'une tristesse immense, l'exilé chantait ainsi :
Oh, Catalogne, chère pairie, oh noble terre de mes aïeux!... Quand viendra l'heure si désirée où l'exilé te reverra ! Aujourd'hui le trouvère, malade et pauvre, parcourt des pays étrangers... La douce brise de tes montagnes peut seule lui rendre la paix du cœur.
Je cherche ma patrie, comme les matelots cherchent la lumière d'une étoile pendant une nuit
noire: Je la vois en songe En pensant à elle,
j'arrache des soupirs du fond de ma poitrine. Oh ! noble terre aux hauts faits, oh, sainte terre de mon amour ! Que je me souviens de tes beautés, oh, Catalogne, patrie du cœur !
Ces douces vallées parfumées, tout entourées de
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ronces ; ces plaines si belles semées de bois d'orangers ;ces montagnes riches en glorieux souvenirs d'indépendance, de liberté ; ces villes qui, dans les histoires, ont laissé grande renommée !...
Ces jardins semblables à des salons, avec leurs tapis de couleur ; ces brises qui donnent des ailes aux barques voilées des pêcheurs ; et ces côtes que la mer baigne, et^ ces plaines du Llobregat, et cette perle de la montagne, la sainte Vierge de Montserrat!...
Là, où est la tombe de mon père, mes yeux s'ouvrirent au soleil naissant ; c'est là que ma pauvre mère pleure le long exil du fils absent ! oh, patrie bien-aimée ! . . Si Dieu voulait que je fusse rendu à tes montagnes ! Oh, Catalogne ! Quel jour sera le jour où l'exilé te reverra !
AUX BORDS DU RHONE (Poésie écrite en 'Provençal)
Avignon, septembre 1867
Fleuve qui peu à peu déroule ton ruban d'argent, tes ondes luisent un moment, belles, sous les baisers du soleil ; elles suivent vite leur chemin, disparaissent, et s'évanouissent.... o fleuve, comme tes vagues sont, hélas, mes e spérances : elles viennent resplendissant de loin, montent, brillent et passent !
Avignon, octobre 1867
Si je meurs en ce pays, écoutez, mes nobles compagnons. Si je meurs en ce pays, écoutez, comment vous devez m'enterrer.
Mon corps appartient à la terre, laissez-le donc
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à la fosse, car mon corps étant à la terre, à la terre doit revenir.
Mais mon cœur est à la patrie et c'est là qu'on doit l'enterrer, mon cœur étant à la patrie, à la patrie doit retourner.
ARTURO CAMPION