LE BRAHMANE ET LE MULET RETIF
(CM obtient plue par la douceur que par la violence.)
Un Brâhmane avait de vieilles fèves, de la plus mauvaise espèce. H avait beau les
laisser dans Teau bouillante, il lui était impossible de les faire éuire. Il les porta au « ^ marché pour les vendre, mais personne ne
voulut les acheter. A la même époque, un ' homme avait un mulet rétif j il l’avait conduit du marché et ne pouvait s’en défaire.
CONTES
Le propriétaire des vieilles fèves lui en donna pour le prix de son mulet. Qtiaud celui-ci se fut servi du mulet, il prononça ces'gathas :
‘ « Le Bràhmane a des procédés habiles.
Il vous vend de vieilles fèves gelées. Quand vous les feriez bou^ir pendant seize ans, elles consumeraient tout votre bois sans cuire, et briseraient les dents petites et .
grosses de toute votre famille. »
L’ancien maître du mulet prononça aussi ces gâthas : ' '
- .« Seigneur Bràhmane, de quoi vous réjouissez-vous? Quoiqu’il ait quatre pieds et \
un vêtement de poil, et qu’il paraisse bon à porter de lourds fardeaux , sachez bien
que si vous vous mettez en route avec lui,' .
Vous aurez beau le piquer avec un aiguillon
ET APOLOGUES liVDIE?(S.
OU le brûTer avec du feu, il ne bougera pas. » ■ ■ .V
Le maître des fèves lui répliqua par ces .
gâthas : « Je prendrai un bâton durci pendant mille automnes , je l’armerai d’un
aiguillon de quatre pouces et je saurai bien
faire aller ce mulet rétif; je n’ai pas peur
qu’il ne me désobéisse. «
En entendant ces mots, le mulet entra
en colère et prononça ces gâthas : « Je po-
serai solidement mes deux jambes de devant, j’élèverai rapidement mes deux pieds de derrière, et je vous briserai la mâchoire. Vous apprendrez alors à me connaître; «
Le maître des fèves répliqua au mulet par .ces gâthas : « Vous n’avez que votre queue pour vous défendre des mouches, des cousins, des insectes venimeux et des
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scorpions. Je vous couperai la queue afin que vous séntiez l’amertume de la douleur. » ' '
Le mulet lui repartit par ces gâthas : .
« J’ai hérité de mes aucétres, ‘ comme tous ceux de ma race, de ce caractère obstiné et récalcitrant *, c’est pourquoi au- . jourd’hui, pour avoir obéi à mes habitudes , je me vois à la veille de mourir ; mais, quand je devrais perdre la vie,' je n’y renoncerais pas. ■
Lie maître des fèves , voyant que cette natuie vicieuse ne pouvait être vaincue par de rudes paroles, s’avisa de lui adresser des compliments dans les gâthas qui suivent :
« Votre voix est douce et harmonieuse,
et votre figure est blanche comme là nacre
et la neige: Je veu^ vous chercher une
BT APOLOGUES INDIENS.
compagne avec qui vous vous promènerez joyeusement au milieu des bois. »
Le mulet ayant entendu ces paroles dou 7 ces et affectueuses, lui répondit par ces
« Je puis porter lestement quatre-vingts boisseaux de grain et faire six cents li (60 lieues) par jour. Sachez, seigneur Brâh-' mane, que si j’ai eu le cœur joyeux, c’est pour vous avoir entendu vanter mes qualités et me promettre compagne. '»
(Extrait du livrre XL de l’Encyclopédie Fa~ jrouenMchou-lin.)
l'Âkb et les boeefs.
Des bœufs d’un naturel doux et pacifi»
que, choisissaient, partout où ils allaient paître, des herbes tendres pour s’en nourrir, et’ buvaient de l’eau pure et fraîche.
Un jour, un âne fit cette réflexion : « Il faut qu’aujourd’hui je les imite; je choisirai comme eux des herbes tendres, et boirai de l’eau pure et fraîche. »
Cet âne s’introduisit, en conséquence, au milieu d’un troupeau de bœufs. Avec ses pieds de devant il fit voler de la terre et incommoda ces bœufs. Il voulut ensuite imiter leur meuglement, mais il ne put changer sa voix. Les bœufs le tuèrent à coups de cornes , et le laissèrent sur la place.
■ (Extrait de l'ouvrage indtalé : Fo-chme-kiuif^ïeoupi-king.)