‹ Contes et Apologues Indiens. Tome SecondChapitre 43 sur 47 · LK VILLAGE. DE K.UNG · texte numérisé non relu

LK VILLAGE. DE K.UNG

de la cour, ils se réfugient sur les arbres,

I et de loin on entend frapper à la porte de bois. , • .

Arrivent quatre vieillards dont Tàge à blanchi les cheveux'. | Ils m’interrogent sur môn long voyage. | Chacun apporte sa modeste offrande j | l’un me verse du vin trouble, l’autre du vin limpide.

D’une voix émue, ils excusent la fair blesse de leur vin.. «Ces champs si fertiles en grains * n’ont plus de bras pour les cul-

tiveri I Hélas ! le feu de nos discordes n’est pas encore éteint ; | nos fils sont tous partis pour la guerre d’orient !

1. Voyez la atrophe VI. Le vin des Chinois est une eau-de-vie de grains distillée.

i 92 . -POisiES CHIUOISKS. LK VILLAGE DE EIANG.

— ^"Touché de ce tendre- intérêt, qui àdoücit mes souffrances, | je " veux, bons vieillards vous dire une chanson. » | Mes

chants ont cessé ils m’écoutent encore, le

cœur gros de soupirs. | Puis immobiles, les yeux au ciel, ils essuient les larmes qui roulent le long de leurs joues.

LA VISITE DU DIEU DU POYER ‘

A lU-KONG, lA>ENDE DE LA SECTE DES TAO-SSÉ.

Sous la dynastie des Ming, dans les années appelées Kia-tsing (de 1522 à 1567),

il avait, dans la province de Kiang-si, un homme nommé lu-kong. Son nom posthume était Tou, et son titre honorifique Liang-tchin. Il était doué d’une rare capacité, et avait acquis une érudition aussi solide que variée; il obtint, à l’âge d«-huit n 13

Lÿx;ENP7. TAO-SSi.'

ans, le grade de bachelier. A chaque examen, il ne manquait jamais d’être le premier de tous les concurrents. Mais quand il eut atteint l’âge de trente ans, la détresse dans laquelle il se trouvait l’obligea de donner des leçons pour vivre, et s’étant lié avec une dizaine de bacheliers qui avaient étudié dans lé même collège, il entra avec eux dans l’Association du dieu Wen-tchangti-kiun * . Il gardait avec soin le papier écrit ;

il donnait la liberté aux êtres vivants; il «

s’abstenait des plaisirs des sens, du meurtre des animaux et des péchés de la langue.

Après avoir suivi fidèlement cette règle de conduite pendant de longues années, il se '

' t. Ç’etait une espèce âe confrérie, dont les membres cultivaicat la littérature, sous l’invocation du dieu Wen-tcliang-ti-fciun.

LA VISITE |»IJ DIEU DU FOYEB. '195

présenta sept fois de suite au concours pour la licence, et ne put obtenir le grade auquel . il aspirait.

Il se maria et eut cinq fils; le quatrième *

tomba malade et fut emporté par une mort

prématurée. Son troisième fils, qui était

doué d’une jolie figure et d’une rare ihtel-

ligence, avait deux taches noires sous la plante du pied gauche. Son'père et sa mère avaient pour lui une tendresse toute particulière. A l’âge de huit an^, il alla jouer un jour dans la rue, et se perdit, sans qu’on pût savoir ce qu’il était devenu.

Il eut quatre filles, et ne put eu conserver qu’une. Sa femme perdit la vue à force de pleurer ses enfants. Quoique lu-kong travaillât péniblement tout le long de l’année, sa détresse ne faisait que s’accroître dejour en

légende TÀO-SSÉ. l

jour. Il rentra en lui-même, et voyant qu’il li’avait pas commis de grandes fautes, il se résigna, non sans murmure, aux châtiment^ que lui envoyait le ciel.

Quand il eut passé l’âge de quarante ans, chaque année, à la fin de la douzième lune, il écrivait une prière sur du papier jaune, qu’il brûlait devant l’Esprit du foyer, en le priant de porter ses vœux jusqu’au ciel.

Il continua cette pratique pendant plusieurs années, sans, en recevoir la plus légère récompense.

A l’âge de quarante-^^ept ans, il resta assis, le dernier soir de l’année, auprès de sa femme aveugle et de sa fille unique. Réunis tous trois dans une chambre, qui offrait le plus triste dénûment,’ ils tâchaient d’adoucir leurs peines en se consolant l’un l’autre.

LA VISITB DU DIEU DÛ EOTTER. 197

lorsque, tout à coup, on entend frapper à la porte.

lu-kon'g prend sa lampe, et va voir d’où vient ce bruit. Il aperçoit un homme portant un vêtement noir et un bonnet carré', et dont la barbe et les cheveux étaient a moitié blanchis par l’âge. Ce personnage lui fit un profond salut, et alla ensuite s’asseoir. « Mon nom de famille estTchàng, dit-il à lu-

kong, j’arrive d’un long voyâge. J’ai entendu vos soupirs et vos plaintes, et je viens exprès pour vous consbler dans votre détresse.’» lu-kong fut rempli d’étonnement, et lui donna toute sorte de marques de déférence et de respect. « Pendant ma vie entière, dit-il à Tchang, je me suis livré aux lettres et à la pratique de la vertu, et cependant je n’ai pu ‘ obtenir jusqu’ici aucun avance-

tÉCENDR TAO'SSK.

ment. La mort m’a enlevé presque tous mes enfants; ma femme a perdu la vue, et à peine pouvons-nous gagner de quoi nous garantir de la faim et du froid. » Il ajouta qu’il n’avait cessé d’implorer l’Esprit' du foyer, et de brûler devant lui des prières écrites.

« Il y a bien longtemps, reprit Tchang, que je connais toutes les affaires de votre maison. Vous avez'comblé la mesure de vos mauvaises pensées. Uniquement occupé du

soin d’acquérir une vaine renommée, vous adressez au ciel des suppliques offensantes, qui ne sont remplies que de plaintes et de récriminations. Je crains bien qué votre châtiment ne s’arrête pas là. >* •

lu^kong fut frappé d’effroi. « J’avais ap^ pris, dit-il avec émotion, que, dans l’autre monde, les plus petites vertus étaient in-'

LA VISITE Dü DIEU DU FOYEE.

scrïtes sur un livre. J’^ai juré de faire le bien,, et pendant longtemps j’ai suivi avec respect les règles qui m'étaient tracées. Peuton dire que je n’ai travaillé qu’à acquérir une vaine réputation?

— Mon ami, lui répondit Tchang, parmi ces préceptes, il en. est un qui recomn^ande de respecter les caractères écrits. Et cepen-

dant, vos élèves et vos condisciples se servent souvent de livres anciens pour revêtir les murs de leur chambre et faire des enveloppes ; il y en a même qui les emploient à essuyer leur table. Puis ils s’excusent en disant que, s’ils salissent oe papier,, ils le brûlent immédiatement. Gela se passe tous les jours sous vos yeux, et cependant vous ne leur adiessez jamais une parole, pour les en empêcher. Vous-même, si vous trouvez.

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