‹ Contes et Apologues Indiens. Tome SecondChapitre 44 sur 47 · LEGENDE TAO-SSÉ · texte numérisé non relu

LEGENDE TAO-SSÉ

dans la rue un morceau de papier écrit, vous le rapportez chez vous et vous , le jetez au feu. Dites-moi un peu, à quoi sert de le brûler? Il est vrai que, tous les mois, vous mettez en liberté des animaux destinés à périr; mais vous suivez aveuglément la foule, et vous n’agissez que d’après les conseils des autres. Il semble que vous resteriez incertain et irrésolu s’ils ne vous donnaient les premiers, l’exemple. La bonté, la compassion, n’ont jamais ému votre cœur.

Vous souffrez qu’on serve sur votre table des chevrettes et des écrevisses ; ne sontelles pas dpuées aussi du principe de la vie i*> Je passe aux péchés de la langue. Vous brillez par la' facilité de l’élocution et par la' force du raisonnement, et vous ne manquez jamais de vaincre et de réduire au

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silence tous ceux qui discutent avec vous.

Vous n’ignorez pas que, dans ces circonstances, les paroles qu? s’échapjpent de la bouche blessent le cœur et affaiblissent l’amitié des autres. Souvent même, entraîné par la chaleur du discours, vous abusez de votre supériorité, et vous déchirez vos adversaires par de mordantes railleries. Vous les percez des traits acérés de votre langue, et vous attirez sur vous la colère des dieux. Vous ignorez le nombre de vos fautes qui sont inscrites dans l’autre monde, et vous vous peignez comme le plus vertueux des hommes. Qui est-ce qui prétendrait 'me tromper.'’ Croyez- vous qu’on puisse en imposer . au ciel.^ . ’ *

Il est ’ vrai que vous ne faites aucune*^' action déshonnête; mais quand . vous aper-

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cevez une belle femme dans la maison' d^autruî, vous la dévorez des yeux, un trouble subit vous, agite, et vous ne pouvez la bannir de vos pensées. Dès ce moment, vous avez commis, un adultère au fond de votre cœur ; seulement vous ne l’avez pas consommé ! Rentrez, un instant en vousmême : auriez-vous assez d’empire sur vous pour imiter le sage Lou-nân-tse *, si vous vous trouviez dans la même position que lui? Ainsij vous dites que vous vous êtes conservé pur et chaste pendant toute votre vie, et vous croyez pouvoir vous présenter sans crainte devant le Ciel et la Terre, devant les Démons et les Esprits ! Vous meii-

1. Xiou-nàn-tse se voyant un jour obfigé de passer la nuit dans une maison où se trouvait une femme seule, il alluma une lantpe, et lut jusqu’au matin, de peur de donner lieu à d'injustes soupçons.

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tez à vous-même. Si donc vous suivez ainsi les préceptes que vous avez juré d’ob-.. server, qu’est-il besoin de parler de tous les autres ?

n J’ai présenté au ciel les suppliques que vous avez brûlées devant mon autel. Le Maître suprême a chargé un Esprit d’observer assidûment vos bonnes ou mauvaises actions ; et pendant plusieurs années, il n’a pas trouvé en vous une seule vertu

qui fût digne d’être inscrite sur son livre.

« Quand vous êtes seul et livré à vousmême, je ne vois dans votre coeur que des pensées d’avarice, des pensées d*envie, des pensées d’égoïsme, des pensées d’orçueil, des pensées de mépris, des pensées d’ambi-’ tion, des pensées de haine et d’ingratitude contre vos bienfaiteurs et vos amis. Elles

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naissent, elles pullulent en si grand nombre au fond de votre cœur, qu’il me serait itnpossible de les énumérer jusqu’au bout.

Les dieux en ont déjà inscrit une multitude, et les châtiments du ciel ne feront que s’accroître de jour en jour. Puisque vous n’avez pas même le temps d’échapper aux calamités qui vous menacent, à quoi bon prier pour obtenir le bonheur? »

A ces mots, lu-kong fut frappé de terreur; il se prosterna contre terre et versa un torrent de larmes. « Seigneur, s’écriat-il en soupirant, puisque vous savez les choses cachées, je reconnais que vous êtes un dieu. Je vous en supplie, daignez me sauver !

— Mon ami, lui dit Tchang, vous étudiez les livres des anciens, vous êtes éclairé sur

LA VISITE DU DIEU lïU FOTER.

VOS devoirs, et l’amour du bien vous a toujours causé une véritable joie. Quand vous entendez prononcer une parole vertueuse, vous êtes, dans ce moment, transporté de zèle et d’émulation; la vue d’une bonne action vous fait bondir de joie. Mais à peine l’une et l’autre ont-elles cessé de frapper vos yeux et vos oreilles, que vous les oubliez sur-le-champ. La foi n’a pas jeté dans votre cœur de profondes racines, et c’est pour cela que vos bons principes ^ n’ont pas de base solide. Aussi, les paroles et les actions vertueuses de votre vie entière, n’ont jamais eu qu’une vaine apparence et des dehors spécieux. Avez-vous jamais fait une seule action qui décelât une vertu vraie et solide? Et cependant, lorsque votre cœur est rempli de mauvaises

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