Q^U I PARLA LATIN A LA CHASSE. I
et leurs mules accessoirement, le tout pour entendre et savoir d'eux si j'avois la vérole ou non. Le premier, sans autrement s'enquérir de la vérité du fait, et pour avoir plustost son demy escu, dit que je l'avois pour tout vray, ou bien apte nate et habile de recueillir bien tost une si riche et opulente succession, et qu'il falloit faire une diette de dix jours à beau gajac, salse pareille, et estre gressé et latine à bel emplastriim de Vigo , pour de là passer au royaume de Surie et duché de Bavière. Le second, par un certain esprit de contradiction ou autrement, mon amy spirituel et bienvueillant, m'asseura que la goutte que j'avois aux jointures, et non aux muscles et charneures des membres, ne signifîoit aucunement la vérole; bien conseilloit faire grand' chère a l'accoustumé , et aux pleines lunes recevoir quelques parfums de soufre, arsenic et vif-argent, meslez et fondus ensemble. Le tiers, renfrongné et a face ridée, s'escoutant parler comme un porc qui pisse, prononça que l'un et l'autre moien estoient manifestement impertinens; que, lors que les bien advisez médecins afferment le vif-argent estre l'alexipharmaque ou contre-poison de la vérole, ils n'ont jamais entendu parler de ce mercure et vif-argent vulgal , qui est fait de fiente et de foin, ains d'un vif-argent metallic et corporel, qui, prins en bien petite
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quantité, voise pénétrer tout le corps, jusques aux ongles et autres extremitez, et là séparer et chasser le pur d'avec l'impur, et rectifier et rendre en son entier toute la masse sanguinaire. Le quatriesme condamna à platte cousture tout ce que le dernier avoit dit, n'aprouvant pas beaucoup ce que les premiers avoient délibéré, l'appellant paraceisiste et affronteur, et que le souverain remède gisoit en un caractère fait en son ascendant, tempore et loco przUbatis. Mais, voyant les diffîcultez, répugnances et contrarietez à se résoudre aux despens du produisant, qui estoit ma propre bource, ils eurent quelque pitié de moy, et, par avis commun, ordonnèrent pour ce coup que je serois ce que j'estois.
Je prouvay a l'apoticaire qui les avoit assemblez et fait la partie que tous quatre ne savoient rien. Le premier dira que le second est un empiric; le second, que le premier sait je ne say-quoy en la théorique, mais rien du tout à la pratique. Le tiers, si les autres trois savent, asseurera que les médecins grecs et arabes, desquels ils sont imitateurs, n'ont entendu les vrais fondemens et théorèmes de la droite et vraye médecine, les maximes de laquelle consistent en trois principes, savoir : soufre, mercure et sel. Quant au quart et dernier, il en a desja dit son avis. »