‹ Contes et discours d'Eutrapel, de Noël du Fail (volume 2)Chapitre 35 sur 51 · DE L AMOUR DE SOY-MESME · texte numérisé non relu

DE L AMOUR DE SOY-MESME

raison de diversité qui en approche et ne s'en esloigne beaucoup.

Par une forest de ce pays, pour vous faire le conte, passoit de cheval une belle jeune femme mariée à un boulanger, allant quérir du bled à l'autre costé de la forest, au milieu de laquelle, ne songeant en aucun inconvénient, elle rencontra un prestre, fort mauvais et dangereux garçon (chose estrange, que ceste qualité serve de fable et bouffonnerie au temps où nous sommes!), et, pour accompagner ceste belle preudhommie, faux tesmoin ordinaire, brigand et meurdrier, qui faisoit aussi peu de cas tuer un homme que boire un verre de vin sans eau. Plusieurs fois fut accusé, et plusieurs fois eschappa par la porte dorée et un beau renvoy à son evesque, qui ne s'en soucioit plus loin que la chandelle fust csteinte et que le suif fust consommé et la bourse vide ; qui le fit devenir tant licentieux et abandonné qu'il ne se cachoit que bien peu en toutes ses insolences et mal-versalions. Aucunes fois les bonnes gens des champs s'amassoient, qui vous l'estrilloient en toutes façons; mais il ne s'en soucioit pas, car il avoit sa revanche un pour un et à mesure qu'il les rencontroit, si bien qu'il estoit craint comme vingt loups gothicques au mois de janvier.

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Geste pauvre femme, le recognoissant, se cuida sauver; et Dieu sait comme elle trem'olotoit et frissonnoit. Mais le truant, qui savoit les routes et adresses, se trouva au devant, print son cheval à la bride. « Mort-Dieu, putain, dit il, me cuides tu echaper? Il y a longtemps que tu es en mon papier, Çà, allons, vie, mais qu'on se haste. » Le pendart tenoit la bride du cheval , lequel il conduisit par tant de voies obliques et circuits qu'il s'asseura d'un endroit propre pour exécuter sa volonté desordonnée ; et, luy avoir prins ce peu d'argent qu'elle avoit pour payer son bled, luy présenta la pointe d'une dague sur la gorge, avec blasphèmes et menaces horribles que, si elle faisoit, tant peu fust, contenance autre que de femme joyeuse, elle se pouvoit asseurer qu'elle mourroit ; au reste, qu'il estoit bon compagnon, n'estoit de fer ou acier non plus qu'un autre : s'il apercevoit que volontiers et agréablement elle y prinst plaisir, luy rendroit tout son argent, et hay au bout, à la charge qu'à l'avenir il auroit la jouyssance d'elle toutesfois et quantes.

La pauyrette, voyant que pour ce coup elle eschappoit la mort, se sentit incontinent rneuë et inspirée de la main de Dieu en ceste relasche, dissimulant que la peur et refus ne venoient que de l'appréhension de la dague, et que long temps estoit

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qu'elle desiroit pour son regard le voir, cognoistre, et avoir son acointance. Pendant cest entretien, elle approchoit à petit pas avec le prestre, qu'elle tenoit par la main, d'une caverne profonde là prés, où, comme en plusieurs lieux de la forest, on avoit autresfois tiré quelque mine de fer. « Et bien, ma grosse garce, disoit le bouquin enflammé et qui bruloit de mille feux, puis que je vous trouve en telle délibération et volonté qu'il me plaist, je te prie, ma douce amie, prenons tout le plaisir entier en ce temps chaud, et nous despoùillons tous nuds sous ces beaux ombrages et arbres fueillez'. » Ce que en hontoyant elle accorda, se décoiffant, détachant, et tousjours petit à petit s'avançant vers ceste fosse, où vous verrez bien tost nostre curé bien prins, tant que rien plus ne restoit qu'à se devestir et oster sa chemise ; ainsi temporisant jusques à ce que le docteur fut à trois coups aussi nud comme quand il sortit du ventre de sa mère, voulant, tout enragé, exécuter promptement. Mais, pour avoir beaucoup de plaisir ensemble, la solicitoit asprement d'oster sa chemise, viste, viste. Ce qu'elle accorda, par une requeste qu'elle luy fit se tourner un peu à quartier et de l'autre costé, « parce que nous autres femmes, disoit-elle, avons par fois je ne say quoy que les hommes ne peuvent honnestement voir».

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