LAVARICE DE SON PERE
dire à ses compagnons courans la mesme fortune et qui estoient en mesme cause : « Pleust à Dieu que ton père se fust rompu le col à porter le mien en paradis ! » et autres imprécations et maudissons de semblable volume. Le père, à qui il coustoit plus de je ne say combien pour espionner les actions de son fils, entendoit assez telles nouvelles, où il faisoit la sourde aureille, prenant plaisir, qu'il estimoit profit, tenir ainsi ce jeune homme en telles altères et calamitez, le menaçant par fois se remarier, au cas qu'il feroit du compagnon, ou donner et mettre son bien en telles mains qu'il ne l'oseroit regarder; au surplus; qu'il trouvast sa bonne 'aventure comme il pourroit, et qu'autrefois il avoit esté sans denier ne sans maille jusques là que pour le présent il ne daignoit dire.
Ce fils volant tant d'honnestes volages se passer sans estre emploie aux belles charges et entreprises de guerre, non pour la religion (que la fièvre quartaine puisse serrer les veines à ceux qui en soufflent les consultations pour leur profit particulier aux conseils des jeunes princes!), ains contre ceux qui nous tiennent à fausses enseignes les provinces, royaumes et estats tous entiers, il s'advise donc, en ceste extrême nécessité, jouer un
bon tour à la chicheté de son père, et remettre