‹ Contes et discours d'Eutrapel, de Noël du Fail (volume 2)Chapitre 38 sur 51 · D UN FILS Q.U I TROMPA · texte numérisé non relu

D UN FILS Q.U I TROMPA

SUS l'honneur de ses ancestres et de sa maison, se faisant fort que les braves et galans hommes tiendroient son party; print à cest effect chez le marchant force draps noirs à crédit. Vous qui ne payez content, jugerez de la loiauté du vendeur, et des acclamations et battement de poitrine qu'il faict au pris et aunage. Il faict faire ses accoustremens de dueil, les pacquette en sa maie, et fouet vers le Poictou, où son père avoit une belle et riche terre et de grand' valeur, le fermier de laquelle, un opulent vilain, avoit entre ses mains le revenu d'une année tout conté, prest de porter à son maistre. Mais il fut gardé de ceste peine : car ce jeune gentil-homme, aiant prins ses accoustremens de dueil, et valet, et laquais aussi renfrongné et triste, va descendre en la maison de son père, conta à peu de paroles au fermier la mort d'iceluy survenue, lequel, en ses derniers propos, se recommandoit à luy, aiant enjoint sous peine de désobéissance qu'il ne le changeast aucunement, et qu'il l'avoit trouvé tousjours homme rond et bon serviteur de la maison. « Il estoit un peu dur et rigoureux; mais, fermier mon bon amy, vous entendez bien que tel mesnage ainsi racourci au petit pied ne revenoit que sur mon agrandissement et avantage.

— Ho ! monsieur, disoit le fermier poitevinant.

l'avarice de son PERE. 203

et faisant bien la chatemite pour estre entretenu en la ferme, il n'y a remède, il faut tous passer par là ou par la fenestre : encore m'est-ce grand contentement qu'il a laissé un héritier qui m'aime, ou je suis bien trompé, duquel je m'asseure tenir encore à l'advenir et continuer les fermes que le riche homme m'avoit fait de ceste terre; vous suppliant m'excuser f courbant, en ce disant, puis ungenoil,puis l'autre) si quelque fois vous ay refusé bailler argent, car, sur ma conscience, j'avois deffenses du deffunt (et croy en avoir encore en ma pochette : non, c'est ailleurs, où je mets mes lettres;, comme s'il vous eust tenu pour bien suspect; et entendez trop mieux (en chemichant et riant en faux bourdon) que, depuis que les bottes de nous autres pères peuvent servir à nos enfans, nous, comme les chats, ne les voudrions voir qu'une fois l'an, pour chercher leurs advantures, puis que nous leur avons mis les ferremens et moiens en main pour gaigner leur vie.

— Il y a autre chose, dit le porteur de dueil, et vous remercie. Dea, vous entendez les guerres où le roy est empesché, et combien me seroit reprochable et viendroit à des-honneur de faillir en tels affaires et endroits, où, quelque pauvreté qui m'ait commandé, si me suis-je ordinairement trouvé en tels bons lieux pour le service de Sa

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