‹ Contes et discours d'Eutrapel, de Noël du Fail (volume 2)Chapitre 39 sur 51 · DUN FILS Q^UI TROMPA · texte numérisé non relu

DUN FILS Q^UI TROMPA

Majesté. Or, maintenant que la guerre est, et que j'ay fait tout bon office d'enfant au bon-homme, que Dieu absolve, il me faut en toute diligence aller trouver les compagnies qui marchent, où je suis appelle, et ja partie de mon train a prins les devans. Pendant ce, me sera un fort grand plaisir, et à vous profit, que demeuriez en ma terre à pareilles conditions et charges que vous la teniez de feu monseigneur et père, combien que j'en auroy bien d'avantage si voulois y entendre et prester l'aureille. Hau! Pierre (c'estoit le valet), combien est-ce que ce gros homme m'en a offert à la disnée? — Hé! monsieur, disoit ce jaquet, il n'est que lier son doit à l'herbe qu'on congnoist; ne changez jamais les anciens serviteurs. Le bon-homme (Dieu ait son ame) avoit souvent ce dicton en la bouche; mais, comme il estoit ménager, il luy falloit à chasque renouvellement de ferme ses cent escus pour le pot de vin, et une année d'avance. Je ne say comme vous en ferez. » Le fermier, qui petilloit de peur que tel marché luy eschappast, eut bien tost conclu sa ferme. Lors notaires en besoigne, cent escus baillez au maistre, et dix à sire Pierre, qui avoit, disoit-il, bien soufflé aux estoupes; l'avance d'une année receuë, outre celle de l'an passé preste à eschoir : chacun en cecy pensant avoir trompé son compa-

l'avarice de son PERE. 20D

gnon. Le fermier syllogisoit sur ses doits : « Il y a pour gaigner tant pour cent. » L'autre : « Il perdra quelque attente seulement; mais, par provision, j'empocheray ceste dragée perlée, laquelle se fait tant chercher. »

Ne tarda pas demi jour après le delogement de l'héritier (voicy la diablerie à quatre personnages, voicy la bataille, voicy le conflit de prouves) que l'un des gens du père (c'estoit un vieux notaire), monté sur la mule de la maison et botté de foing, n'arrivast garny de quittances pour recevoir les deniers escheus, avec ample procuration de faire nouveau bail pour l'avenir. Il exhiba au fermier ses facultez, son pouvoir gênerai et spécial, bien passé, bien instrumenté. Le fermier, au contraire, luy monstre ses pièces, objecte le vray seigneur qui luy a fait bail nouveau, informe sommairement que le fils a porté le dueil tant et si longuement que tout va b|en ; que le notaire est un manifeste prévaricateur, et qui voudroit bien avec sa mule jouer à quite ou à double. Le notaire, au contraire, maintient son maistre estre vivant mourant, et, se mestier est,confîscant : ainsi le prouvera; conclut toucher l'argent à ses périls et fortunes. Le juge, sur la contrariété des faits, car ils en estoient bien avant, appointa les parties à informer. Et fut bruit commun que ce

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pauvre misérable avaricieux de père, usurier tout le saoul et tant qu'il pouvoit (à Rennes on l'eust appelle Fesse-Matthieu, comme qui diroit bateur de saint Mathieu, qu'on croit avoir esté changeur), en mourut de despit, de rage, et tout forcené d'avoir perdu ce monceau d'argent, et trompé par ses propres entrailles.

— Ainsi en puisse il prendre à ceux qui bruslent la chandelle par les deux bouts, dit Polygame. Et mal-aisement, comme dit Aristote aux Polices, sera bon capitaine qui n'aura esté soldat et obéi , esté bon père à ses enfans, s'il ne leur a donné quelque honneste liberté et moiens de laquelle il leur puisse souvenir et exécuter quand il en sera temps : ce qu'il fera, au contraire, par un argument de nécessité, s'il a esté en sa jeunesse casanier, un anicheur de poules, et à gogo en sa maison, l'escarcele pleine, un bon ivrongne et faiseur d'accords en sa paroisse aux despens du païsant.

— Un gentil-homme normand fît tout au rebours, dit Lupolde, mais pour venir à mesme effect et conclusion, comme il y a divers chemins pour aller à la ville. Sa femme morte, il s'habille tout en verd, et de ce pas va tresbien et tresbeau bailler à nouvelle ferme à grand marché, et prendre une bonne avance de deniers, une terre appar-

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