‹ Contes et discours d'Eutrapel, de Noël du Fail (volume 2)Chapitre 40 sur 51 · L AVARICE DE SON PERE. 2O · texte numérisé non relu

L AVARICE DE SON PERE. 2O

tenante à la défunte, vers lequel il y avoit aussi s^ure obligation que sur le dos d'un lièvre en la lande du î^aine.

— Quand, dit Polygame, un fermier gaigne honnestement, sans gaster et défricher la terre, il fait son profit et celuy de son maistre, duquel mesme il est aimé, et se rend à son commandement et familier, comme j'ay congneu un gentilhomme grandement moienné et riche, qui en une sienne terre avoit un fermier tout raillard, et avec lequel il prenoit un singulier plaisir aux petites joyeusetez et tromperies qu'ils s'entrefaisoient, Hervé d'Olim (c'estoit le fermàer) le donnant tousjours gaigné à son maistre, avec lequel il debatoit non en compagnon, mais avec un familier respect, aiant regard sans cesse que l'œil de son maistre ne se courrouçast. Car plusieurs sont tombez beau saut pour avoir abusé de familiarité entre les grans; d'autres, de qui on ne dépend, y a bien peu de regard. « S'il est plus riche que moy, disoit Baltin, qu'il torche son cul deux fois. »

Un soir que le gentil-homme venoit à sa maison, dit à ses gens qu'ils l'attendissent assez loignet, et qu'il vouloit faire ^eur à son fermier, sous ombre qu'on disoit y avoir des brigans et voleurs aux environs; et, seulement accompagné d'un sien homme, entre furieusement en la court l'es-

Page 1