DR LA MOQUERIE
rité, sans fard et sans menteric s'est exploité. » Ce qui meut Dcmorates (sur ce qu'on luy fit entendre que Brontes, Tun de ses gentils-hommes, mal parloit de luy et la teste levée) à dire que les princes dévoient estre assistez et accompagnez de sages et grands moqueurs, et non de ces flateurs qui vont genouillant, idolastrant et bonnetant alentour d'eux, insinuans seulement et faisans valoir les voluptez et plaisirs présents, pour déguiser la vérité en mensonge : ainsi que l'on dit d'une maison mal reiglée et ordonnée, où le maistre d'icelle est le dernier qui en sait des nouvelles.
En mesmes termes l'empereur Tyberius refusa à plat une ordonnance, que son conseil luy présenta, afin d'estre informé en gênerai et particulier contre ceux qui se moquoient et mesdisoient de luy, disant qu'en ces articles y auroif tant de procès que difficilement pourroit on entendre et passer outre aux affaires de conséquence. « Qu'il plaise aux dieux, disoit ce prince payen, restraindre le parler des hommes par la bonne justice et traitement que je leur dois et suis obligé faire! » Peu auparavant, Antoine, surnommé Triumvir, aiant rechargé les Grecs et Asiatiques d'un gros et nouveau tribut, le révoqua par une simple mais docte et mieux choisie
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mocquerie pour retenir les oppressions et forces d'un prince violant, a Sire, luy dit Hibreas, advocat des députez, puisqu'il vous plaist asseoir en un mesme an deux impositions et tailles, faites que nous ayons en un an deux hivers, printemps, estez et autonnes, pour recueillir double revenu, et lors sera par nous advisé à vous contenter et obéir : vous supplians de sçavoir curieusement en quels emplois ont passé tant de finances qu'à très-grands travaux nous vous avons fourni en cest an, devant qui et quels juges on vous a rendu conte. » Antoine, de vif et chatouilleux esprit, se voyant prins et enveloppé en telles et raisonnables remonstrances, fit surseoir la levée des deniers, et depuis entendit de prés au fait de ses finances, où il trouva de lourdes et extrêmes pilleries et peculats; et de là en avant, pour ne perdre rien, faire le bon ménager et ne se voir moqué, luy mesme contrerolloit Testât de sa maison et affaire, du larcin desquels ses thresauriers s'estoient enyvrez, et en derrière se moquoyent de luy. François second du nom, duc de Bretaigne, aima mieux vendre ses riches meubles, engager son domaine et emprunter aux bonnes bourses, que poursuire l'exécution d'une gabelle par luy mise sus, mesmes du consentement de ses Estats, par une rencontre qu'il estima à mo-