IÔ2 DU GENTIL-HOMME QUI FIT
sous. le fief et juridiction de ce gentil-homme; où, faisant du compagnon, et abusant de familiarité, fut trouvé fort négligent tant à l'exhibition de son contract, entrer en foy et hommage, que payer les ventes et lots, bailler son adveu et tenue, et faire autres redevances féodales : qui engendra en ce seigneur la revanche dont vous orrez parler. C'est ; qu'ayant fait fueilleter et remuer son papier terrier, et tant exploité, que,paradjournemens, coutumaces et adjugemens, le sire, nonobstant ses exceptions et subterfuges, est condamné : despens taxez, arrérages, fruits et interests liquidez, et acte exécutoire délivré. Ce marchant, avec ses finesses de la Guibray (qui est le rendez-vous des meschans complots et monopoles de toute la France), se voyant prins et glué, se présente au gentil-homme, luy remonstre, d'un plat de langue bourgeoise et affinée, une longue enfileure de bourdes : qu'un pauvre marchant comme luy, ne sachant la pratique, et moins ayant hanté le barreau, a laissé couler quelques années pour faire son devoir, le tout sous titre de bonne foy, et sans y adviser il a esté, imprudemment nonchalant, recognoistre ce qu'il doit à son seigneur; que, si on prend les rigueurs, il void assez sa ruine, qui estoit prochaine; mais ce qui le recon- .forte est qu'il a affaire à un brave gentil-homme,
UN BON tOUR AU MARCHAND. l63
duquel il espère, mais plustost s'asseure, qu'il luy fera un bon tour. Le seigneur, se sentant piper vainement d'une harangue marchande et empoisonnée, ayant en sa mémoire l'outrageuse et longue usure de laquelle son amy voisin, feint et beau parleur, l'avoit ainsi empiété, luy promit que par sa foy, et en parole de gentil-homme (de Iserma disoit estre le plus estroit seau de toutes les promesses), il luy feroit un bon tour; mais que premièrement il vouloit estre juge de ses liberalitez, et, à ceste fin, qu'il eust à mettre tout ce qu'il luy devoit, en bloc et en masse, sur le bout de la table, et après qu'il luy feroit un bon tour, et s'en asseurast.
Le marchant, cuidant avoir tant babillé et fait de révérences équivoques de l'un costé sur l'autre, recommença à niaiser de plus belle,, disant que véritablement, luy faisant un bon tour, il feroit un grand service au sire, et seroit la boutique à son commandement : promesses et adjurations plus fortes que produise la rue S. Denis de Paris. Le gentil-homme, ayant conté et veu tout son argent en osts et regimens bien calculez, brouille et pelle-mesle le tout, qu'il met dans un sac, sous son coude; puis, se tournant de l'un pied sur l'autre, refit encore le mesme tour fort pompeusement, et à toutes mains, disant que tels exploits