‹ Contes et facétiesChapitre 10 sur 11 · LE CBATEATJ DU DIABLE · texte numérisé non relu

LE CBATEATJ DU DIABLE

Je vais parler d'un des plus anciens habitants de Paris ; on Tappelaitaulrefois le diable Vauvert,

D'où est résulté le proverbe : « C'est au diable Vauvert ! Allez au diable Vauvert ! »

C'est-à-dire : Allez vous... promener aux Champs-Elysées.

Les portiers disent généralement :

a C'est au diable aux vers ! » pour exprimer un lieu qui est fort loin.

Cela signifie qu'il faut payer très-cher la commission dont on les charge. — Mais c'est là, en outre, une locution vicieuse et cor-

rompue , comme plusieurs autres familières ad peuple parisien.

Le diable Vauvert est essentiellemeot un habitant de Paris , où il demeure depuis bien des siècles, si Ton en croit les historiens. Sau- Yal, Félibien, Sainte-Foix et Dulaure ont raconté longuement ses escapades.

Il semble d'abord avoir habité le château de Vauvert, qui était situé au lieu occupé aujourd'hui par le joyeux bal de la Chartreuse, à Fextrémité du Luxembourg et en face des allées de TObservaloire, dans la rue d'Enfer.

Ce château, d'une triste renommée, fut démoli en partie, et les ruines devinrent une dépendance d'un couvent de Chartreux, dans lequel mourut, en 1114, Jean de la Lune, neveu de Tan ti -pape Benoit XIIL Jean de la Lune avait été soupçonné d'avoir des relations avec un certain diable, qui peut-être était Tesprit familier de Tancien château de Vanvert, chacun de ces édifices féodaux ayant le sien, comme on le sait.

Les historiens ne nous ont rien laissé de précis sur cette phase intéressante.

Le diable Vauvert fit de nouveau parier de lui À i'époque de Louis XIII.

Pendant fort longtemps on avait entendu , tous les soirs, un grand bruit dans une maL^n Élite des débris de Tancien couvent^ et dont les propriétaires étaient absents depuis pinskurs années.

Ce qui effrayait beaucoup les voisins.

Ils alléreul prévenir le lieutenant de police, qui envoya quelques archers.

Quel fut rétonnement de ces militaires, en entendant un cliquetis de verres, mêlé de rires stridents !

On crut d'abord que c'étaient des faux monnayeurs qui se livraient à une orgie, et jugeant d£ leur nombre d'après l'intensité du bniit, on alla chercher du renfort.

Mais on jugea encore que l'escouade n'était pas sufQsante : aucun sergent ne se souciait de guider ses hommes dans ce repaire, où il semblait qu'on entendît le fracas de toute une armée.

Il arriva enfin, vers le matin, un corps de troupes suffisant ; on pénétra dans la maison. On n'y trouva rien.

Le soleil dissipa les ombres.

Toute la journée Ton fit des recherche», puis Ton conjectura que le bruit venait des

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catacombes, situées, comme on sait, sous ce quartier.

Oo s'apprêtait à y pénétrer ; mais pendant que la police prenait ses dispositions, le soir était venu de nouveau, et le bruit recommençait plus fort que jamais.

Cette fois personne n'osa plus redescendre, parce qu'il était évident qu'il n'y avait rien dans la cave que des bouteilles, et qu'alors il fallait bien que ce fût le diable qui les mît en danse.

On se contenta d'occuper les abords de la rue et de demander des prières au clergé.

Le clergé fit une foule d'oraisons, et l'on envoya même de l'eau bénite avec des seringues par le soupirail de la cave.

Le bruit persistait toujours.

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