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LE PREMIER AMOUR

Ils étaient tous deux du même âge. Leurs parents demeuraient porte à porte et les avaient bercés plus d'une fois dans la même barcelonnette — un grand panier à vendange qu'ils se passaient au bras, les jours où ils allaient travailler aux champs et dans lequel les deux bambins se tenaient embrassés comme deux petits amours.

On mettait le panier sous un arbre, dans la vigne ou dans la prairie, et les chérubins roses jasaient toute la journée avec les oiseaux qui nichaient dans les branches, et souriaient dans l'ombre au grand soleil.

Jusqu'à sept ans, leur enfance avait été la même. Sitôt qu'ils avaient été solides sur leurs petites jambes, on les avait envoyés à la salle d'asile pour

débarrasser la maison et apprendre le B. A. — BA de toutes les malices de leur âge.

Habillés tous les deux avec de jolies petites robes courtes, coilTés de travers, les cheveux ébourifTés, la plupart du temps les pieds nus, c'était à qui aurait fait dans la rue le plus de tapag:e avec les tambours de treize sous qu'on renouvelait tous les mois et les musiques en fer-blanc pomponnées de laine rouge.

— Je veux être militaire, disait Philippe.

— Et moi cantinière, s'empressait d'ajouter Ninette.

On apprenait ainsi que Philippe était un petit garçon et Ninette une petite fille — ce qui n'était pas facile à deviner, car ils avaient tous deux les mêmes allures et la môme coupe de visage.

Mais, à l'approche de leur première communion, leurs goûts avaient déjà changé et avec leurs goûts leurs petites personnes.

Philippe était devenu presque tranquille et Ninette presque sage. On les surprenait de temps en temps dans l'église, en train de faire les yeux doux à la sainte Vierge. Leurs jeux firent place peu à pou à la lecture et à la contemplation des jolies images. Ils avaient entendu souvent le vicaire qui faisait le catéchisme poser cette question à leurs camarades : — Si vous rencontriez sur votre chcmiu un ange et un prêtre, lequel des deux salueriez-vous le premier ?

— L'ange ! répondaient les enfants.

— Eh bien ! non, mes petits amis, disait le

vicaire, c'est le prêtre qu'il faudrait saluer le premier, car lui seul a le pouvoir de faire descendre le bon Dieu sur l'autel.

Gela les avait beaucoup frappés.

— Je veux être prêtre, dit un jour Philippe.

— Et moi religieuse, ajouta Ninette.

A partir de leur première communion, ils se comportèrent tous deux comme des aspirants au sacerdoce. Ils faussèrent compagnie aux gamins de leur âge. On ne les voyait plus courir dans l'ile après la vinette (oseille sauvage) et les limaçons. Au lieu de faire l'école buissonnière, de dénicher les nids et de couper des pipeaux dans les frênes, ils se ramassaient dans un coin de la maison, après l'école, et lisaient les paraboles évangéliques dans leur livre de messe. Quand venait le mois de mai, ils s'en allaient cueillir des pâquerettes et des pentecùtes dans les prés d'alentour et dressaient sur une table, parmi la mousse et la verdure, un joli Mois de Marie qui faisait concurrence dans le quartier à ceux de la paroisse et des chapelles de l'hospice et du château.

— « Sont-ils gentils ! mon Dieu, sont-ils gentils, ces deux enfants-là! disaient les bonnes femmes. »

Et les parents se rengorgeaient, fallait voir !

Jamais le plus petit désaccord entre eux, jamais le plus petit mot ; ce que Ninette voulait Philippe le voulait tout de suite et vice versa.

Quinze ans sonnèrent. Il se passa en eux un

travail étrange, indéfinissable et que j'essaierai de nommer la première efflorescence de la vie.

Priinavcra giore7)tu (tel' anno

Ninette était devenue une jeune fille mignonne à ravir. Tête blonde, des yeux bleus comme des myosotis, une petite boucbe rose moitié riante, moitié boudeuse , des pieds de Cendrillon — un amour de jeune fille, enfin ! La taille commençait à s'arrondir, la démarche était plus nonchalante et dans le regard — oh ! dans ses grands yeux bleus ! — il y avait une langueur douce, faite do la mélancolie du premier songe, qui donnait à Philippe des battements de cœur.

Tout innocent qu'il était, il éprouvait je ne sais quel plaisir à regarder Ninette des heures entières, à lui prendre les mains, à les caresser, silencieusement, les yeux dans les yeux.

Philippe poussait pour être prêtre et Ninette était couturière ; mais l'atelier fermait plus tard que le collège : il était souvent dix heures et quelquefois minuit quand Ninette avait fini sa journée. Le moyen de se voir, de se parler, de s'embrasser avec un pareil régime ? Ils ne le pouvaient guère ({ue les dimanches. Des fois Philippe passait devant l'atelier de Ninette en allant eu classe, mais il osait à peine regarder de peur de rencontrer d'autres yeux que les siens, et puis il rougissait et Ninette aussi.

Le dimanche ils allaient aux offices ensemble, mais avec les parents; et quand, après vêpres, ils

faisaient un petit tour de campagne, ils marchaient en avant, pour être plus lijjrcs, cueillaient des marguerites et les effeuillaient. Si la fleur répondait « beaucoup )> à l'unisson de leurs âmes, Philippe prenait vite un liaiser et Ninette, avec sa petite moue, disait : « Allons, monsieur, quand on pousse pour être prêtre, on n'embrasse plus les jeunes filles. »

Cependant le temps marchait, et nos deux amoureux étaient entrés dans leur pleine adolescence. Philippe partit au séminaire de Nantes pour y achever ses études. C'était ia première fois qu'il quittait la maison paternelle, et dame ! il y eut des pleurs, vous pensez, les premiers jours. Depuis que la porte du séminaire s'était refermée sur lui, Philippe ne voyait plus, ne songeait plus qu'à Ninette. A l'étude, au dortoir, dans la cour, à la chapelle, il avait toujours son image devant les yeux. « A quoi pensez-vous donc? lui demandaient quehjuefois ses professeurs, étonnés de la fixité do son regard. » Philippe ne répondait pas et se contentait d'essuyer une larme.

Toutes les semaines il écrivait chez lui, et dans toutes ses lettres il y avait un baiser pour Ninette. Le supérieur, qui les décachetait avant de les laisser partir, flairant là-dessous un amour de jeunesse, le fit appeler un matin dans sa chambre et lui demanda à qui ces baisers s'adressaient. « A ma sœur, répondit Philippe en rougissant. » C'était peut-être son premier mensonge ; il s'en confessa comme d'un gros péché, mais il n'eut pas le courage de garder ses baisers pour lui. A'ainement il se

raisonnait ; il avait beau se dire que ces amours-là sont du fruit défendu à un séminariste, le blond minois de la jeune fille, les grands yeux de myosotis, la bouche rose de Ninette revenaient toujours se placer entre lui et sa vocation.

Un jour le portier lui remit une lettre de sa mère. « Ninette venait d'entrer chez les Ursulines de Ghavagnes : c'était un grand chagrin pour ses parents ; mais elle avait montré une si ferme résolution qu'ils n'avaient pas cru devoir l'empêcher de partir. Ainsi, disait la mère de Philippe, voih'i ton rèvc aux trois quarts accompli. Ta petite Ninette est religieuse et bientôt, je l'espère, tu seras prêtre. »

Cette nouvelle fut un coup de massue pour Philippe. Il s'alita pour une huitaine de jours et ne se remit à l'étude qu'avec la résignation qui nous vient du comuvimatum est des choses.

Mais quand arrivèrent les grandes vacances, il déclara à ses parents que, puisque Ninette s'était retirée du monde, il ferait comme elle et s'enfermerait à la Trappe.

Heureusement que l'amour n'avait pas dit son dernier mot. Ninette et Philippe avait trop jugé de leurs forces. Ils avaient cru qu'il leur suffirait d'entrer au monastère pour étouffer les battements précipités de leurs cœurs, pour éteindre les feux dévorants que l'amour y avait allumés.

Iléloïso et Abailard l'avaient cru aussi, et, depuis le Paraclet, combien de moines ont vu passer dans

leurs rêves l'image inconsolée du premier amour ! Deux ans après, Ninette quittait l'habit noir et le voile et revenait au pays.

— « Que veux-tu, écrivait-elle à sa mère, quelques jours avant son départ de Ghavagnes, je ne puis me faire à cette vie du cloître ; il me manque quelque chose pour être heureuse et ce quelque chose, tu dois le deviner. »

— Pardine, il lui manque Philippe, dit le père, et si le gars avait le bon esprit de revenir au bercail, comme je te marierais cette jeunesse-là !A-t-on jamais vu des amoureux s'encapuchonner pour se faire une niche ? « Toi, tu te fais religieuse ; moi, je me ferai trappiste ! » On ne joue pas à ce jeulà ; ça brûle, et l'amour y trouve toujours son compte.

Le bonhomme disait vrai, aussi le retour de Ninette ne causa-t-il d'étonnement à personne. Une seule chose émerveillait les gens du quartier, c'était que Philippe n'eût pas déjà rejoint Ninette.

La tourterelle fait pitié Quand elle a perdu sa moitié.

dit le proverbe breton. Ninette n'était plus reconnaissable. Elle qui était si fraîche et si rose, quand elle était partie, qui avait toujours le sourire aux lèvres et qui chantait comme un petit pinson ! — comme elle était jaune à présent et quelle tristesse s'était répandue sur tout son visage ! Tout le jour elle se tenait assise dans sa chambre, cousant, raccommodant, s'occupant des choses du ménage d'un air machinal et distrait. C'est que le corps

seul était là et que son âme était ailleurs. Elle était à l'abbaye de la Trappe ; elle frappait à la porte, mais le portier ne voulait pas lui ouvrir. Et puis Philippe l'avait probablement oubliée ou s'il pensait encore à elle, c'était peut-être pour se

reprocher de l'avoir si tendrement aimée elle

qui l'aimait par-dessus tout et qui ne s'était faite religieuse que parce qu'il avait voulu se faire prêtre ! Toutes ces peusées n'étaient pas de nature à lui rendre la santé et la joie. Elle tomba malade et le médecin l'avait déjà abandonnée quand Philippe vint s'asseoir nuitamment au chevet de son lit.

Un ami commun s'était dévoué pour elle ; il était allé à la Meilleraye, sous prétexte de faire une retraite, et avait réussi à parler à Philippe, qui n'avait pas hésité une seule minute à déposer sa robe de bure pour sauver Ninette.

L'amour qui les avait séparés venait de les réunir à tout jamais.^ Car vous devinez la fin de cette petite histoire. Ninette revint à la vie sous les caresses de Philippe, et quand elle eut retrouvé sa blonde couronne de cheveux et les roses de ses joues, il lui passa l'anneau au doigt.

Depuis, les enfants sont venus. C'est toujours la première rente du ménage, Ninette et Philippe s'égaient avec les souvenirs de la Trappe et des Ursulines et se plaisent à répéter, en faisant sauter leurs bambins :

— Quand on pense que j'ai été sœur converse !

— Et que, pendant deux ans, je n'ai prononcé que ces quatre mots : Frère, il faut mourir !

LA SAINTE VIKRGE ET LE SORCIEK

C'était en 1855.

Le pape venait «l'immaciiliser la Yierg-e — ce qui est un assez joli pléonasme — et de faire un schisme dans l'Église — ce dont n'avaient cure ni les dévotes que le nouveau dogme jetait dans d'interminables extases, ni le sacristain qui, depuis le huit décembre, ne pouvait suffire à la vente des cierges.

Jamais, en effet, il n'en avait tant vendu ; c'est au point que le cirier qui le fournissait, craignant une grève parmi les abeilles, se mit en devoir de fabriquer les cierges avec du suif. Cela sentait moins bon, assurément, mais comme ils brûlaient plus vite, c'était tout bénéfice pour le sacristain qui les vendait le même prix.

Dieu! les jolies processions de pieuses adoi-atrices, de la pointe du jour au soleil couchant ! L'autel de la Vierge, avec ses torchères aux mille feux allumés et ses corbeilles de fleurs, était un véritable paradis.

Saint Joseph voyait cela diin mauvais œil, d'autant plus qu'il perdait de jour en jour sa clientèle féminine ; mais, comme il avait été de son vivant le modèle des épou.x, il n'en continuait pas moins à sourire, du fond de sa niche dorée, à ses dévotes d'hier qui se prosternaient maintenant devant l'image de sa femme.

— « Après tout, semblait-il dire dans l'épanouissement tranquille de sa douce figure, n'est pas immaculé qui veut! Voilà di.x-lmit cents ans que Marie attendait son Immaculée-Conception; il se trouvera peut-être un pape, dans les âges futurs, qui aura le courage de proclamer la mienne ! »

Et le bon saint regardait comme un heureux présage la branche de lis qu'il tenait dans sa main.

En attendant, la A'ierge immaculée guérissait toutes les maladies. Pas une qui résistât, si méchante qu'elle fût, à la flamme des chandelles symboliques ou au charme miraculeux des ex-voto.

Etiez-vous paralysé d'une jaml)e? aviez-vous le bras cassé *u démis? vite on courait chez le sacristain acheter une petite jambe, un petit bras en cire qu'on suspendait à l'autel, et vous étiez guéri au bout d'une neuvaine. En vain le médecin hochait la tête. « C'est un âne », disaient les bonnes gens qui ne manquaient jamais de lui mettre sur le dos la mort des malades que la Vierge n'avait pas exaucés.

Or voilà qu'à la saison des cerises il tomba sur la ville une épidémie d'un genre si nouveau que, de mémoire d'homme, rien de pareil ne s'était encore

LA SAINTE VIERGE Eï LE SOUCIER. 35

VU et que le médecin y perdit son latin et la Vierge les trois quarts de son crédit.

Gela commença par la servante de M. le curé.

Une après-midi que Jeanneton était en train de plumer une belle volaille, toute fraîche sortie de la mue, voilà qu'elle se sent prise d'une démangeaison terrible aux bras et à la poitrine. ,

— Ces mâtins de poulets, dit-elle, c'a des poux comme les chiens ; me voilà encore mordue!

Et Jeanneton se grattait, se grattait à s'en écorcher la peau. Mais cette fois, contrairement à l'habitude, plus elle se grattait, plus ça la démangeait, N'y pouvant plus tenir, elle jette son poulet par terre, retrousse ses manches, se dégrafe... Horreur! ce n'étaient pas des poux de volaille, c'était une fourmilière de gros poux de mendiants, de ces poux gras et bien nourris, noirs et blancs, velus, monstrueux, comme il en sort parfois du crâne des fiévreux et des morts.

Au cri poussé par Jeanneton, le curé qui lisait son bréviaire dans sa chambre descendit l'escalier quatre à quatre, et faisant irruption dans la cuisine :

— Qu'avez-vous à crier ainsi, ma fille?

Mais Jeanneton s'était laissée tomber sur une chaise, plus morte que vive, la poitrine toute débraillée, la bouche ouverte et ne disant mot.

Le curé, croyant à une attaque d'apoplexie, court chercher son vicaire, qui court chercher le sacristain.

— Quel malheur! mon Dieu, quel malheur! une si bonne fille !

Cependant Jeanneton s'était réveillée.

— Ne me touchez pas, ne m'approchez pas, criait-elle, je vous donnerais des poux !

— Des poux ! dit le curé,

— Elle est folle, dit le vicaire.

— Elle perd la boule, dit le sacristain.

• — Oui , des poux ! J'en suis pleine , j'en suis mangée.

Et Jeanneton qui, dans ce moment, oubliait qu'elle était femme, déchira sa chemise et mit à nu sa poitrine et les milliers de bêtes qui l'habitaient.

A cette vue, le curé posa la main sur ses yeux et s'enfuit, comme saint Antoine devant la Tentation.

— Que diable! disait-il entre les dents, quand on a des poux, on change de linge.

Le vicaire, moins pudibond, risqua un long regard dans le corsage de la servante, histoire do constater le délit... animal, et se retira lentement en conseillant à Jeanneton d'aller se nettoyer.

Quant au sacristain, il était déjà dans sa boutique, en train de raconter cette mystérieuse aventure aux commères du quartier.

— Ça, voyez-vous, connaître Jeanneton comme je la connais, ça ne peut être qu'un sort.

— Un sort! dirent les connnères en faisant le signe de la croix. Dieu l'en préserve et nous aussi comme de la peste! et comment expliquez-vous ça, père Rigadoux?

— Ah! les femmes, c'est pas la première fois de ma vie que je vois de ces myslcres-là. Tenez, la

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mère Besnard qu'on a enterrée aux prunes passées, on vous a dit et vous l'avez cru qu'elle était morte d'une mauvaise fièvre; eh bien! pour moi, c'est d'un sort ; toutes les fièvres se coupent quand on sait les prendre, et la sienne, personne n'a pu en venir à bout, ni le médecin des gens, ni celui des bêtes, ni les herbes, ni monsieur le curé, ni le père Rigadoux qui vous parle ot qui a conjuré tant d'entorses et de panaris.

— Alors, c'est qu'on lui avait jeté un sort?

■ — Oui, les femmes. Tous les jours il arrive, on ne sait d'où, un tas de mendiants, sales, déguenillés, qui vous demandent la charité au nom du bon Dieu et qui ne valent pas le diable. Ils vont tous à la cure, et quelquefois la servante à M. le curé leur est dure en paroles. Jeanneton dit que c'est un tas de féniants qui pourraient bien travailler. Elle a raison, mais les mendiants ont leur amourpropre comme les autres ; ils n'aiment pas qu'on les insulte. Pas plus tard que lundi de cette semaine elle s'est fait attraper par un méchant bancal qui porte besace et qui est la terreur de toutes les métairies. Ce mendiant-là, faut lui choisir les morceaux. Il n'aime pas le pain rassis et préfère un ou deux sous à un bon morceau de pain frais. Ça pèse moins lourd dans la poche et c'est de la monnaie d'auberge. Donc, ce bancal arrive à la cure. Jeanneton veut lui donner un morceau de pain avec un restant de gigot, — il le refuse et demande de l'argent. « J'en suis bien fâchée, dit Jeanneton^ vous n'en aurez'pas. Si vous avez faim, mangez; si vous n'avez pas faim, allez-vous en. » J'étais justement

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là, dans la cuisine. Le bancal insistait pour avoir quelques sous.

— Vous devriez avoir grand'honte , lui crie la servante par la fenêtre; mendier à votre âge! C'est pourboire, vilain ivrogne; sortez de la cour, et je vous défends de revenir.

Le bancal voyant ça, leva son bras comme une menace et secouant sa main ouverte, comme s'il avait voulu lui jeter quelque chose.

— Canaille I tu te souviendras de moi.

Evidemment c'était un sort qu'il lui jetait. Comprenez-vous maintenant, les femmes, comment la servante de M. le curé est pleine de poux?

Les commères firent un geste d'acquiescement en précipitant un grand signe de croix et coururent au presbytère.

Jeanneton avait déjà changé deux fois de chemise et criait, comme une possédée, de voir que la vermine lui sortait du corps à mesure qu'elle mettait du linge blanc.

Le curé et le vicaire étaient dans tous leurs états, ne comprenant rien à cette invasion d'un nouveau genre.

Les commères se mirent alors à leur raconter l'histoire du sacristain.

— Cet imbécile de père Rigadoux qui croit aux sorciers! dit le vicaire.

— Il va compromettre la cure et faire rire toute la paroisse à nos dépens, continua le curé, qu'on aille vite chercher le docteur !

Le docteur arrive, prend le curé à part, lui dc~

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