‹ Contes et figures de mon paysChapitre 17 sur 45 · LE TOMBEAU DHEUHI'LE. HT · texte numérisé non relu

LE TOMBEAU DHEUHI'LE. HT

— Canailles! répliqua le Tombeau d'Hercule, en levant vers le bateau une main chargée de menaces et d'anatlièmes, pendant qu'il réparait de l'autre le désordre de sa toilette. Canailles! s'il pouvait vous en arriver autant !

Il avait à peine fini qu'un bruit sourd, pareil à un coup de tampon sous l'eau, se fit entendre. Le Tombeau d'Hercule était exaucé : Y Union était ensablé, vingt mètres plus haut que nous, et se débattait dans un cul de grève, comme un possédé du diable dans un bénitier.

A notre tour de rire. Nous sautons dans les barques, nous envahissons le pont du Courrier et de là nous envoyons à bout portant aux passagers de V Union les feux croisés de nos moqueries. Et en route! — a Bonsoir, les amis, amusez-vous bien, vous avez le temps, nous garderons vos places! » Quelle soirée ! que d'émotions et quelle comédie ! L'accident de V Union nous avait fait oublier nos peines et retrouver notre gaîté.

— Si nous chantions quelque chose, dit un groupe de petits négociants d'Angers, ça tuerait le temps, qu'en dites-vous ?

— Entendu !

Et les voilà qui entonnent le grand air de la Reine Hortense. C'était de circonstance ou jamais.

— Quelle.Jolie romance! dit le Tombeau cV Hercule, mon air favori, la seule chanson que j'aime ! Chaque fois que je l'entends, les larmes me viennent auxyeux.

— C'est pourtant diablement dânodé 1

— Oh, monsieur! ne dites pas cela, vous feriez rire les vrais connaisseurs !

— Que voulez-vous I chacun son goût... moi. je trouve ça rococo.

— Rococo, la Reine Hoiiense ?... Rococo, le chaut national?... Vous ne l'avez donc jamais entendu jouer par une musique militaire?... Mais c'est magnifique!... Moi qui, pendant dix ans, ai défilé devant l'empereur, aux Tuileries, sous l'uniforme de la garde, aux accents de cet hymne glorieux, il me transporte, il m'enthousiasme comme au premier jour. Ne dites donc pas que c'est démodé et rococo... Et des vers I... Ecoutez-moi cela :

Honneur ù la pins liello Et gloire an plus vaillanl I

— Des vers de mirliton ! . . .

— Allons, mon ami, je vois bien que vous n'êtes pas ouvert à la belle musique ; autrement, vous diriez comme moi. Quelle poésie! quel sentiment!... Quel chevalier, ce beau Dunois !... Il y a là-dedans un souffle!... C'est grand comme le monde...

« Bis ! bis! » criait-il aux chanteurs.

— Alors, cela va mieux, monsieur? lui dit un voisin.

— Oh! beaucoup mieux... il n'y a rien comme la belle musique pour vous remettre sur les jambes... C'est égal, j'ai eu joliment peur... songez donc : tout le bateau sur moi!... un peu plus, j'étouffais.

Cependant la nuit était venue, nuit délicieuse et sereine, traversé de folles brises qui jouaient autour

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