LE MEDECIN DES PAUVRES
A force de la voir passer aux mêmes heures, par les mêmes chemins, les paysans avaient pris Thabitude de se régler sur elle, — « Tiens , v'ià la jument au docteur! il est midi, disaient les uns; il est quatre heures disaient les autres. » C'était un événement, et tous les villages eu parlaient quand Pélagie était en retard ou en avance sur le cadran rouillé de l'église.
Le brave docteur ! lorsqu'il entrait pour la première fois dans une ferme, il commençait par regarder au plancher ; s'il n'y voyait rien qui put le payer, tant pis pour le malade! Il enfourchait Pélagie et passait son chemin.
Que voulez-vous? un médecin ne vit pas de l'air du temps.
Au contraire, s'il apercevait, en entrant, de la belle marchandise : des paquets de laine ou de filasse au plafond, du jambon dans les coins enfumés de l'àtre, il s'approchait doucement du lit du malade, lui tâtait le pouls, lui faisait tirer la langue, ouvrait sa trousse, sortait quelques drogues et ne partait pas sans dire : « Je reviendrai demain. »
Le lendemain il revenait à la même heure, le surlendemain aussi, tous les jours que le bon Dieu faisait du lundi au dimanche, jusqu'à ce que le malade fût guéri d'une façon ou de l'autre.
Quel brave petit médecin c'était ! Le jour où il présentait sa note, si le paysan n'avait pas d'argent, il allongeait le bras, décrochait un jambon, un chapelet de boudins ou de saucisses, des écheveaux de laine ou de fil, tout ce qui lui tombait sous la main, et il disait en fermant la
porte : « Nous sommes quittes; à une autre fois! »
Pélagie voyait toujours ce pillage avec peine et se faisait tirer l'oreille pour marcher. Elle n'aimait pas, la jument au docteur, que son maître l'attachât avec des saucisses.
Aussi, ces jours-là, quand elle rentrait en ville, à la petite brune, elle courait comme une voleuse à son écurie; mais ses grelots la trahissaient, et les bonnes gens mettaient le nez à la fenêtre et disaient tout haut : « Tiens! v'ià le docteur qui vient de faire la tournée du sacristain ! »
Vous pensez qu'à ce métier-là il avait fini par se ramasser quelques petites rentes; mais au moment d'en jouir, le gui gnon voulut que Pélagie s'en allât: la pauvre bête n'avait pu se faire aux douceurs de la retraite ; il lui semblait que l'avoine qu'on lui donnait matin et soir n'avait pas été gagnée. Elle mourut donc d'un cas de conscience; quant à son maître, la peur de manquer l'envoya, peu de temps après, retrouver dans l'autre monde les malades qu'il avait guéris.
Il était temps d'ailleurs qu'il fît le grand voyage, car il ne lui restait plus sur la planche, de ses razzias professionnelles , qu'un demi-cent de jambons et d'andouilles fumées, vingt douzaines de saucisses et à peu près autant do boudins. Et l'on entrait dans le Carême !
Le lendemain de son enterrement, ses héritiers, préoccupés du salut de son âme, donnèrent toute la charcuterie aux pauvres, ce qui fit dire du docteur: « Il ressemblait aux cochons qui ne font du bien qu'après leur mort. ^>
LE TROUVÈRE LAFLEIR
C'est un romancero du onzième siècle et qui eut pour théâtre le château d'Ancenis, manoir terrible comme tous ceux de l'époque, citadelle féodale qui, malgré ses ruines, en impose encore avec son enceinte crénelée et ses deux grosses tours massives.
Le seigneur de ce château, Geoffroy, surnommé Ghotard, le porte-bannière, en Bretagne, de la première croisade, avait un trouvère qui passait à bon droit pour le roi des maitres-rimeurs et qui faisait les délices des environs.
Pas une fête ne se serait donnée sans lui ; lui seul avait le talent merveilleux de faire sourire les grandes dames ; aussi accouraient-elles en nombre à chaque invitation du sire d'Ancenis, dans ces hautes salles armoriées où le bruit des armes réveillait plus souvent le silence que le vol harmonieux des rimes d'or.
Le trouvère avait fait, sans le savoir, de nombreux caprices, et plus d'une baronne, en Fenten-
dant jongler avec les mots d'amour, eût été bien heureuse de le posséder, ne fût-ce qu'une heure, pour vcir ce qu'il y avait dans cette boite à musique d'où s'envolaient des lais si tendres. Mais l'étiquette, ohl la raide et solennelle étiquette! refoulait bien vite au fond des cœurs ce penser compromettant. N'était-ce pas un manant, après tout?
Tout manant qu'il était, notre gentil rimeur se laissa prendre un jour au charme de deux beaux yeux, deux grands yeux noirs bien allumés et qui n'engendraient point la mélancolie.
Longtemps il ferma les siens pour échapper à l'éblouissement; longtemps il appuya la main sur son cœur, comme pour l'empêcher de battre, mais à la fin, n'y pouvant plus tenir, il avoua son amour dans un distique où l'homme avait mis toute son âme et l'artiste tout son savoir.
— Jolis vers, ma foi, dit un jour le mari jaloux qui les avait trouvés dans le livre d'Heures de la baronne, jolis vers et qui feront pendre le rossignolet qui les a pondus ! Le pauvre trouvère fut, en effet, traduit devant le sire d'Ancenis, son maître, et comme, en ce temps-là, la justice n'accordait que rarement à l'accusé le bénéfice des circonstances atténuantes, il fut condamné à la pendaison.
Déjà les verges étaient prèles pour la bastonnade et la corde se balançait à la branche de l'arbre, attendant le patient, quand survint un dos amis de Chotard, tout étonné de voir déployés dans le préau les appareils du supplice.
— Quel est donc le criminel ()uc lu cliàties ?
— Le voici !
— Comment ! ton trouvère?
— Précisément.
— Quel crime a-t-il donc commis?
— Ce vilain s'est permis de faire une déclaration d'amour à une hôtesse de ce château.
— Et après ! du moment qu'elle a hien voulu l'écouter?
— Comment? serais-tu chargé de prendre sa défense ?
— Ma foi , s'il n'est coupable que d'aimer les femmes.
— Tu veux dire que je suis ridicule en le pendant, n'est-ce pas? Or ça, mon cher, si tu viens ici pour m'insulter !...
— Pardon, mon seigneur; mais puisque tu fais œuvre de justicier, permets-moi do te rappeler à la justice. Cet homme en vaut un autre.
— C'est un vilain !
— C'est un poète, et nous savons que ces gens-là riment pour les femmes comme ils riment pour les étoiles, par toquade et sans penser à mal du tout.
— Alors, tu lui ferais grâce?
— Mon Dieu, oui !
— Tu fais bon marché de nos prérogatives !
— Quelles prérogatives! nous aimons les belles ; pourquoi faire un crime à ce malheureux de les aimer?
— Lui donnerais-tu ta fille ?
— Peut-être... si je l'en trouvais digne.
— Lui prêterais-tu ta femme ?
— Imbécile !
— Et s'il te la volait ?
— Bah ! les femmes sont moins faciles à prendre que cela! quand on les vole, c'est qu'elles ont les yeux ailleurs que dans leurs poches, n'est-il pas vrai ?
— Je ne dis pas non, mais enfin quand le mari est jaloux... et c'est le cas qui nous occupe.
— Alors, on ne se marie pas.
— Va donc dire cela au maître et seigneur de la belle offensée.
— Comment l'appelles-tu ?
— Le seigneur d'Oudon.
— Lui? Diantre I ton trouvère ne se mouche pas du pied. Pour un manant, avoue qu'il n'a pas trop mauvais goût... Et la dame a de ces caprices?
— Il paraît.
— Eh hien ! mon cher baron, crois-moi, ne tue pas cet homme. Je me charge d'arranger son affaire; il est plus malheureux que coupable, va. Punis-le, si tu veux, donne-lui une bonne leçon, mais ne le tue pas. Après tout, c'est la perle de ton château... et dame! quand tu l'auras pendu, es tu bien sur de le remplacer?
— J'ai bien pensé à tout cela, mais j'estime que le sire d'Ancenis doit veiller à ce que ses gens ne manquent pas au respect qu'un vilain doit à tout seigneur et à sa dame. Que dirait de nous le duc de Bretagne, si nous laissions tutoyer nos femmes par nos valets?
— Allons, allons, mon cher, n'cnflannnons pas la discussion ; ton trouvère a commis mie faute., je le reconnais, mais lui |)asser la corde au cou pour
deux méchants vers adressés à une belle, ce serait vraiment être bien cruel et faire peu de cas de son talent. Voyons, comment se nomme-t-il?
— Lafleur.
— Lafleur? Un nom prédestiné, mon cher sire. Comment veux-tu qu'un distique signé d'un nom si poétique n'enchante pas une femme? J'en suis moi-même amoureux. Décidément, je m'oppose à la mort de cet homme. S'appeler Lafleur et mourir pendu ! c'est une dérision ; ce serait un crime !
— Et que veux-tu que je fasse? J'ai promis au seigneur d'Oudon de le venger.
— Belle vengeance, ma foi, et dont tu tireras grand profit 1 Laisse-moi donc, te dis-je arranger les choses.
— Mais l'insulte à sa dame, comment la répareras-tu ?
— C'est bien simple. Mettons sa muse à l'épreuve; puisque c'est elle qui a fait le mal, il est juste qu'elle y remédie. Ecoute bien ce que je vais te proposer. Lafleur va nous faire un distique sur son nom, et chaque mot devra commencer par la première lettre de fleur. Nous lui donnons dix minutes pour réfléchir ; s'il nous rapporte le distique au bout des dix minutes, il a la vie sauve ; sinon, je consens qu'il soit pendu avec tous les honneurs dus à son rang. Est-ce conclu ? La gageure est originale , au moins !
Le baron d'Ancenis sourcilla avant de répondre, comme un joueur qui sent que la partie est perdue.
(58 CnNTES ET FKUHES DE MON PAYS.
et dit à son ami d'un air maussade : « Enfin . pour te faire ])laisir, j'accepte ».
Pendant ce temps-là, le pauvre Laflcur se lamentait sur sa fin cruelle. Il était là au pied du chêne qui allait tout à l'heure lui servir de gil.iet, les mains liées derrière le dos, la tête penchée vers la terre, les yeux pleins de larmes, attendant le signal de son supplice.
« Soyez donc roi dans votre métier, pensait-il ; votre couronne vous fera des jaloux et les roses ne vous laisseront au front que les stigmates de leurs épines. Malheureux poète que je suis 1 plutôt que d'avoir chanté l'amour, j'aurais hien mieux fait de rester valet. 0 ma tète et mon cœur! il était dit que j'aurais le sort des oiseaux qu'on tue au milieu de leurs chansons. »
Ainsi pensait Lafleur, quand le baron accepta la gageure de son ami. Il avait bien entendu quelques mots du dialogue, mais il ne pouvait croire qu'une âme pût s'intéresser encore à lui au point de le sauver.
— Oh! merci, monseigneur, dit-il au baron d'Ancenis, quand celui-ci lui fit connaître les conditions de sa grâce, merci ! Et son front se releva aussitôt comme la tlcur sous la rosée du ciel ; ses cheveux se soulevèrent sous le vent de l'inspiration, sa pensée se mit en voyage et rapporta au bout de quelques minutes, dans un rhythme d'ime harmonie étrange le joli distique que voici :
Flos faclus f aérant, Florcm forluna fujeAlii Florent em Florem, florida floni fleal!
Ce qui voulait dire :
J'avais été fait Fleur, la fortune a trompé la Fleur; Que la fleur fleurie pleure la Fleur fleurissant.
Les deux seigneurs se regardèrent tout interdits. Jamais le trouvère n'avait été si bien inspiré. Jamais il n'avait paru plus triomphant; c'est qu'en effet il venait de triompher de la mort.
— Je suis battu, s'écria le baron d'Ancenis, et j'avoue ma défaite ; qu'on délie cet homme... il est digne de vivre.
— Eh bien! mon ami, n'avais-je pas raison? Comprends-tu enfin le prix de ton poète et qu'il puisse mettre à l'envers les tètes des belles? Les poètes, vois-tu, sont les rois de la Création -et tu peux désormais répondre au seigneur d'Oudon, s'il te demande à quoi ils servent : « Mon seigneur, à quoi servent les roses? »
LES AMADOrX
AIWDOLIXATA
Deux mots, lecteurs, je vous les dois, Pour avoir péché cette fois
Contre la prose.
On ne fait pas ainsi des vers, Sans qu'ils riment, fût-ce à l'envers,
A quelque chose.
Ce matin, j'étais accouché D'un conte joliment touché,
.Te vous assure, Lorsque, — voyez mon embarras. — Au moment d'apposer au bas
Ma signature,
Je m'aperçois que mou héros Avait l'air d'Hassan, dans le dos.
(Quelle méprise !
LES AMADOUX.
Comment j'imiterais Musset Et ma prose irait sans corset Et sans chemise ?
Je sais bien que la Vérité S'habillait de sa nudité
Aux temps antiques, Mais aujourd'hui qu'elle ose donc, En jupon court, faire un sermon
Aux catholiques !
Vite, l'ami Le Gourièrec Si prudo et qui pète si sec,
Prendrait la verge, Et m'en cinglerait derechef Pour avoir marié Joseph
Avec la Vierge.
Car vous saurez que la Vertu A pour gardiens — turlututu ! —
Ceux qui défroquent.
Et qu'à présent les bonnes moeurs Ont pour principaux défenseurs
Ceux qui s'en moquent.
J'en étais là... me demandant Comment habiller mon Hassan...
Quand je distingue Deux voix grêles qui battaient l'air Avec le bruit mi-sourd, mi-clair
D'une seringue!
Je regarde : elles étaient deux Qui raclaient d'un air malheureux
Des mandolines, Deux vieux magots, sans yeux ni dents, Qui dérobaient leurs masques dans
Leurs capelines.
'( Ah! sapristi, les Amadoux ! »
Griai-je, en leur jetant deux sous!
C'était pas elles, Mais leur portrait si ressemblant Que je n'eus pas, en les chantant.
D'autres modèles.
Elles s'en allaient deux à deux
— Comme au labour s'en vont les bœufs
Naguère encore.
Même tète, même chapeau, Robe longue et petit manteau
Couleur d'aurore.
Elles allaient, guitare en main.
Labourant le même chemin.
Pauvres guitares !
Quelles chansons d'enterrement !
On aurait dit le ràlement
De deux catarrhes.
Jamais homme n'entendit rien, De leur duo quotidien
— TriïUe harmonie ! —
LES AMADOUX. 73
Que ce refrain bizarre — d'oii Leur joli surnom — : A ma dou...
Ma douce amie !
Elles allaient chantant ainsi, S'arrétant pour dire merci
De porte en porte.
Quand on les abreuvait de iiel, On les voyait lever au ciel
Leur face morte.
Car il leur arrivait souvent D'entendre crier, dans le vent,
A leur adresse Les sifflets des gens qui passaient, Et les gamins leurs témoignaient
Peu de tendresse.
On les voyait courir dessusi,
Se pendre en grappe à leurs fichus,
A leurs guenilles ; Et puis c'étaient de vilains mots Qui leur tombaient dru sur le dos ;
Les pauvres filles !
On les fit riches, je crois bien Qu'elles n'ont jamais eu pour bien
Que leur misère, Et l'on peut dire, en vérité, Que le pain de la charité
N'engraisse i^uère.
CO.NTKS ET FKiLlŒS DE .MON PAVt
Etait-ce donc pour se railler Que l'aillée allait s'atteler
A la charrette, Et, retroussant son cotillon, Renior(}uait, léger Papillon,
Sa sœur (Jaquette ?
Non! c'est trop triste; on ne rit pas Des choses (jue l'on plaint tout Ijas.
Folles ou feintes, C'étaient deux vieilles, après tout.
Et l'on doit respecter partout
Les choses saintes.
Quel âge avaient-elles ? — Sait-on L'âge de Dieu, de la guenon,
Des peaux tannées ?
Le hiographe curieux, Eût plutôt compté leurs cheveux,
Que leurs années !
Elles allaient vers "l'avenir.
Sans paraître se souvenir
D(^ leur jeunesse; La mantille de leurs amours, Seule y faisait rêver toujours ;
Car leur vieillesse.
En d(''i)il des rigueurs des ans, Avait gardé l'air «l'un [trinlrnips Sous les tulipes
LES AMAD(»LX.
Qui parsemaient leurs cheveux gris Et grâce aux nuances d'Iris Qu'avaient leurs nippes.
Leur robe avait un peu changé, Mais elle avait tant voyagé,
Tant fait d'étapes Que sa catholique couleur Leur eût procuré — sans laveur —
L'accès des papes.
Elle avait des... Mais à quoi bon Dire d'un merle ou d'un pinson
Qu'il sii'tle et chante ?
Nous savons tous, me direz-vous, Qu'à Rome le pauvre a des pous
Tout comme à Nante.
Quand on joue avec seniiment De n'importe quel instrument,
Guitare ou viole, Vivre et mourir dans un pays Où les arts ont si peu d'amis
C'est chose folle ;
Surtout quand on porte le nom De Coquette et de Papillon I
Ah! bonnes âmes, Vous étiez faites pour mourir Sous le ciel bleu qui voit llcurir
L'art et les femmes.
C'est égal! vous aurez charmé Bien des gens, sinon désarmé
Les plus méchantes.
Et Ton dira longtemps de vous :
« Connaissiez-vous les Amadoux?
— Ah! oui, de Nantes. »
— C'étaient deux filles qui chantaient Et qui jamais ne répondaient
Durant leur vie, Que ce refrain bizarre — d'où, Leur joli surnom — : A ma dou...
Ma douce amie !
LES CAPl'CINS DE LA COMTESSE
A Madame la Comtesse de la Ferronnays.
Madame ,
J'avais bien entendu dire que l'esprit de Voltaire hantait vos salons du Gours-la-Reine, mais je ne me serais jamais douté qu'il consentirait à vous suivre en villégiature jusqu'à Saint-Mars-la-Jaille. Je ne m'étonne plus maintenant que Paris soit si fade et si ennuyeux, ces temps-ci.
Bien mes compliments, Madame, pour la si charmante lettre que vous avez adressée, il y a quelques jours, au Gaulois. A la bonne heure, voilà des traits qui portent ! Rivarol n'eût pas mieux dit son fait au gouvernement, et vous pouvez vous flatter d'avoir donné au trop fameux article 7 le coup de. . . miséricorde. Que ne pouvez-vous communiquer votre verve satirique aux Numas poussifs de la
78 CONTES ET FKiURES DE .MON PAYS.
Chambre haute qui défendent si piteusement les Bons-Pères ! — la République n'y tiendrait pas.
Permettez-moi donc, Madame, de reproduire ici votre épître au Gaulois, afin que le petit bourg qui vous possède et qui me lit ait le plaisir de savourer votre prose et de vous en faire ses actions de grâce : .
« Monsieur le rédacteur,
«■ Je viens vous soumettre une question de droit. " Hier, j'ai fait conduire au comice d'Ancenis « plusieurs paires de ces pigeons connus sous le (c nom de Capucins ; pensez-vous que leur pré- « sence dans ma volière et la notoriété que leur a « value leur exposition au chef-lieu de mon arron- '( dissement doivent me faire redouter une descente « de la police, et que l'industrie des serruriers du « gouvernement ait lieu de s'exercer sur ma maice son?
« Je n"ai nulle envie de recourir à M. Jules « Ferry pour obtenir que mes pigeons soient auto- « risés ; mais si vous m'en donniez le conseil, j'avi- « serais.
« A'^euillcz me répondre par la voie de votre esti- <( niable journal, dont je suis une fidèle lectrice, et « me croire, Monsieur, sincèrement à vous.
« Comtesse Fkuxaxd de la Ferronnays.
« Saiiit-.Mars-la-JaiUe, :\ seplonibre isso. »
Je pensais que le Gaulois vous aurait envoyé une consultation en règle par la plume si compétente