‹ Contes et figures de mon paysChapitre 20 sur 45 · LES CAPUCINS DE LA CO.MTESSE · texte numérisé non relu

LES CAPUCINS DE LA CO.MTESSE

Je J.-J. Weiss, et je m'en léchais les babines d'avance. Malheureusement J.-J. voyage et ses collaborateurs ont donné leur langue aux chiens, on sorte que c'est moi qui retiens la cause de vos pigeons-capucins, moi qui n'ai pas pour un sou d'autorité en matière juridique.

Soyez-moi donc indulgente, Madame, et ne m'en voulez pas si je m'échappe de la chambre des avocats par la porte fleurie d'un conte :

Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre.

Oh ! que n'ai-je la plume du bonhomme La Fontaine et la voix d'or de Sarah Bernhardt pour vous dire ce petit conte du xvi" siècle !

Un jeune page de vingt ans, blanc de peau et de tournure gentille, faisait les yeux doux à la fille de son maître — une jolie brune de dix-huit ans, aux lèvres gourmandes, à la taille bien prise, qui lui rendait tout bas, non sans en laisser paraître quel- ([ue chose, amour pour amour.

Gomme il n'osait s'élever jusqu'à elle, elle daigna descendre jusqu'à lui. Amour a de ces prévenances. Un jour que le page dormait au pied d'un chêne, elle s'en vint à pas de chatte, doucement, rasant la terre de son pied mignon, lui déposer sur le front un baiser, un tout petit baiser, qui le réveilla et lui fit entrevoir dans le moment un coin du paradis. Puis le page se mit à genoux, prit la main de la jeune fille, la porta fiévreusement à sa bouche et, comme il hésitait à prononcer la phrase sacramentelle, elle lui dit :

— Je VOUS aime, et ne veux appartenir qu'à vous, dans le temps et dans l'éternité!

— Vous me remplissez l'âme, Gilberte, mais comment ferez-vous? dit Joachim.

— Soyez sans crainte, j'ai mon idée. Je demanderai votre main à mon père, et, s'il me la refuse...

— S'il vous la refuse ?

— Eh bien ! je l'aurai tout de même, nous nous sauverons tous deux au couvent de Saint-Amour.,., n'est-ce pas ?

— Oui, mon amie, où vous irez, je vous suivrai, trop heureux votre petit page, d'éclairer sa vie à la flamme de vos yeux.

Le papa était un homme pas commode, un de ces barons de l'ancien régime que vous connaissez : dur aux siens, cruel aux autres, et qui aurait préféré sauter dans son donjon, plutôt que de mésallier sa race. Gilberte était sa seule joie, son seul souci, sa fille unique ; elle avait coûté la vie à sa mère, et depuis qu'elle était en âge de prendre un mari, il passait le meilleur de son temps à lui chercher un vieux blason, un gentilhomme de bonne souche, une loyale et courageuse épée. C'est dire qu'il ne pensait point à son page.

Quand la jeune fille aborda la question devant son père, elle lui passa les deux bras autour du cou, s'assit sur ses genoux familièrement, le regarda dans les yeux pour le fasciner, et, comme elle amenait de loin sa petite histoire...

— Oh ! je te vois venir, Gilberte, avec tes gros

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