‹ Contes et figures de mon paysChapitre 26 sur 45 · LES BONS S'EN VONT · texte numérisé non relu

LES BONS S'EN VONT

dans la venelle (ruelle), se trouvait une sorte de petit placard, creusé dans la muraille. C'était la garde-robe et le garde-manger de la bonne femme.

Elle mettait tout là-dedans : ses savates et ses confitures.

Le matin, en se réveillant, un des grenadiers risqua un coup d'œil dans le placard qui n'était fermé que par un mince rideau de percale de couleur, et dénicha d'une main fort légère une bonne paire de souliers tout neufs qui s'étaient égarés là, je ne sais comment, et qui probablement avaient chaussé autrefois le mari de la bourgeoise.

Les essayer et les prendre fut pour le grenadier l'affaire d'un tour de main. Après quoi, étant embarrassé de ses godillots (jui jouaient depuis quelques jours l'ouverture du Trouvère, il les glissa dans la cachette à la place de ceux du défunt bonhomme à la vieille.

— Les miens, pênsait-il, pourront toujours lui servir de pantoufles.

Le tambour battait déjà le rappel et l'on entendait sur tous les seuils des portes résonner lourdement les crosses des fusils.

— Vous n'oubliez rien, les enfants? dit la bonne femme aux deux liguards, pendant qu'ils bouclaient leurs sacs.

— Soyez tranquille, la mère, nous avons regardé partout; les bons s'en vont et les mauvais restent.

Quelques jours après, la bonne femme comprit.

— Pauvre garçon, dit-elle à sa voisine, il avait probablement mangé sa masse.

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