LE PETIT LYRE DE JOÂCHLM DU BELLAY. H
Quand revoiray-je, hélas ! de mon petit village Fumer la cheminée, et en quelle saison Revoiray-je le clos de ma pauvre maison, Qui m'est une province, et heaucoup d'avantage?
Plus me plaisl ii" séjour (pToiil hasty mes aycux Que des palais Romains le front audacieux, Plus que le marbre dur me plaist l'ardoise Une;
Plus mon petit Loyre Gaulois, ([ue le Tibre Latin.
Plus mon petit Lyre, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doidceur angeviiii! '.
Ne dirait-on pas un sonnet d'outrc-tombe? Qu'il y a de mélancolie et d'émotion douce dans cette stance :
Quand revoiray-je. hélas! de mou polit village Fumer la clicminée !
On croirait entendre le soupir d'imo de ces om- ])res qui, faute d'avoir pu payer le farouche passeur du Styx, erraient pendant cent ans sur la rive désolée du fleuve des enfers.
Qu'on s'assure donc au plus vite du lieu de sépulture de Joachim du Bellay, et, s'il est vrai qu'il ait été enterré dans une chapelle de Notre-Dame^, qu'on brise le « marbre dur » qui l'étouffé pour le rendre « au sein de sa terre nourrice » d'où voilà trois cents ans qu'il est exilé.
' Soimot XXXI'' des Reyrels.
- On me communique un très bienveillant article du Journal (les Snvrmfs (n" d'avril ISSl), où M. de Gaulle, s'occupant di' la brochure (|iio j'ai consacrée l'année dernière à .Toachiui
du Bellay, et d'où j'ai tiré ce chapitre, nous donne des renseignements très précis sur la sépultui'e du poète.
M. de Gaulle « est l'une des deux personnes qui avaient été chargées, en 1867, de préparer la publication de VEpitaphier de Paris. D'après le plan primitivement adopté, cet ouvrage devait comprendre, outre les inscriptions funéraires parvenues jusqu'à nous, des recherches sur les personnages notables inhumés dans les églises de Paris, sans épitaphes, et sur ceux dont les épitaphes n'avaient pas été consei'vées. C'est à cette occasion que M. de Gaulle recueillit, en ce qui concerne Joachim du Bellay, les indications suivantes extraites des registres capitulaires de Notre-Dame, indications qu'il a cru devoir publier dans le Journal des Sava?its, parce qu'elles. mettent fin à toute incertitude sur le lieu de sépulture du célèbre poète ', et aussi, parce que ces documents ne peuvent plus trouver place dans la pijblication projetée de VEpitapliier de Paris, ce recueil, passé aujourd'hui sous une autre direction, devant contenir seulement, d'après le plan nouveau, les épitaphes qui ont échappé à la destruction, et celles dont le texte a été con-servé dans les manuscrits. ]1 n'y sera donc pas fait mention de du Bellay, puisque aucune inscription n'avait été placée sur sa tombe.
Ou verra par les extraits ci-après, que Joachim du Bellay, désigné dans les registres capitulaires sous le nom de M. de Gonnor, est mort au cloître Notre-Dame, dans la maison du Chantre, le l^'' janvier 1560, et qu'il a été inhumé dans l'église cathédrale, non comme chanoine (il ne l'était plus depuis 1IJ56), mais par considération pour son illustre famille, et en vertu d'une délibération spéciale du chapitre :
t. Slartis secuniia mensis januarii. Eodem anno M. A'«. LIX (1560, n. s.) ait son\im campane cxtraordinarii; capitulantibus dominis.
<( Hodie post ves])eras coiigrcgentur domini ad tractandum de inhumatione corporis defuiicti domini de Gonnor. in domo claiislrali domini (^anloris, tiac noctc, prout liic relatnm, decessi.
« Dicta die, post vespcras, convenieiitibus in vcstiario dictis dominis in copioso numéro, illis domino Dccano préside, remissnm est crastina die tractari super inliumatione corporis defuncti domini de Gonnor; et intérim dominus Combraille, sciet a parentibus et amicis dicli defuncti si et qualitcr debcat in ecclesia Parisiensi inliumari.
• Jlercurii tertia januarii codem anno. con\enientil)US in vcstiario,
' Goujet, ^lénagp et te P. Niccron avaient tiicn dit que Joailiini du Bellay avait été enterré à Notre-Dame, dans la chapelle de saint Crépiii et saint Crépinien : mais depuis. M. .MartyLaveaux. dans sa notice biographique sur du Bellav, avait élevé des doutes sérieux sur cette sépulture,