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LE PETIT LYRE DE JOACHLM DU BELLAY

durante magna missa Decano, archidiacono, Brye, Succentore, Fouquet, Combraille, L. Breslay, X. de Thou, Moriau, Brulart, Haton. Briault, Rouzée, de Flesselles, de Saveuses, Dumcsnil, audita supplicatione hic ei parte nobilis domicclle de ViUanova, soroiis revercndissimi Cai-dinalis a Bellavo, parentum et amicoruni defuncti doniini de Gonnor, \idelicet nobilis Joachimi du Bellay, vcrbotcnus dictorum doniiiiorum N. de Thou et Combraille l'acta, quatenus placeret domiiiis pei-mitterc dicii defuncti corpus in humari in ecclesia Parisiensi juxta sepultiiram defuncti domini Archidiaconi Parisiens is, et postquam iirumiserunt dicti domini satis facere pro luminari et luMieficiatis ac clericis chori necnon capcllanis dietae ecclesia;, placuit ipsis dominis dictum corpus in eàdcm ecclesiàet loco prcdicto inhumari, cuni scrvitio, pulsu, luminari et aliis solitis ad instar canonici defuncti, absque ullà distributione inter dominos, pro quà se remiserunt prefati domini bone voluntati ipsius revercndissimi domini r.ardinalis ac revercndi domini episcopi uterorunique dicti defuncti parentum, ac contemplationc nominis et domus dicti defuncti ; propter quod anticipabitur servitium. et obitus ad diem crastinum post \esperas fuit remissus. »

(Archives nationales. Registre capitulaire de Notre-Dame, LL, 232, f'" 817 et 818.)

ToiLS les lettrés sauiont ^fé de sa découverte à M. de Gaulle, et, pour ma part, je ne puis que le remercier profondément d'avoir pris texte de mon volume sur Joachim ilu Bellay pour fixer définitivement la tradilion touchant la sépnlture du poète.

LES oriMAIM'S Ï)E JOAtHIM 1)1 IJELLAY

Vous savez ce qu'on entendait autrefois par quintaine.

Entre tous les droits que les seigneurs du bon vieux temps percevaient sur leurs vassaux, droits qui pour la i)lupart étaient de véritables contributions de jiuerre, le droit de quintaine était certainement le plus aimable et le plus léger.

C'était un poteau orné de l'érusson seigneurial ({u'on plantait dans lui cbamp, dans un pré, sous les nnirs du château, et que devaient frapper avec nnp lance, au jour assigné, « tous les nouveaux mariés en la paroisse qui avaient couché la première nuit de leurs noces avec leurs femmes ».

Pourquoi ceux-là plutôt (jue les autres? allez- Vdus dire.

La raison est bien simple. C'est que, dans ce temps-là, tout nouveau marié ne couchait pas avec sa foinni(> la promirre nuit (1(> ses noces.

Si la r/'/ni/iP avait lo malheur d'i'tre jolie, d'aviiir

LES QUINTAIXKS DE JOAGHIM DU BELLAY. I-2.i

gentille tournure, la mine appétissante et de taper dans l'œil du seigneur, son maître, c'était lui qui en avait Fétrenne. Le soir des noces, il la prenait doucement par la taille, la jetait brutalement sur son lit... et le lendemain — naturellement — le mari trouvait la cage grande ouverte.

Que faire à cela ? quel moyen d'échapper à ce viol, à cette flétrissure? Du moment que tel était le droit du seigneur, le mari offensé n'avait qu'à s'incliner respectueusement. Quiconque regimbait était pendu. N'était-ce pas un honneur insigne pour un manant que sa femme fût déflorée par un noble et lui donnât, neuf mois après, un enfant qui, sans être bâtard, avait le nez et le menton de celui (]ui l'avait flétrie ?

Heureusement que toutes les femmes n'étaient pas jolies, et ne méritaient pas toutes l'attention du seigneur ! C'est pour celles-là que la quintaine avait été sinon inventée, du moins religieusement gardée.

Le baron obligeait ainsi le vilain dont il avait dédaigné la femme, à frapper le poteau de quintaine avec une lance, histoire de lui faire payer quelques boisseaux d'avoine. On dira peut-être que c'était vendre le droit de cuissage un prix ridicule ; mais les seigneurs faisaient de l'honneur de leurs vassales le même cas qu'Esaii de son droit d'ainesse. Avoine et lentille.

La quintaine se courait à pied, à cheval ou sur l'oau.

Dans la prévôté d'Aucenis, les boucliers et les mariniers la couraient en Loire, et, après la course,

la femme du nouveau marié était obligée de présenter un bouquet au seigneur et de l'embrasser — s'il le désirait. Moyennant quoi, les coureurs étaient affranchis du droit de quintainc, c'est-à-dire dispensés de payer douze boisseaux d'avoine — réduits à six, quand ils avaient atteint dans trois courses un poteau avec le plançon.

Vers la fin de l'ancien régime, la quintaine avait remplacé définitivement le droit do cuissage • — le plus galant des droits du seigneur et le plus monstrueux privilège de la féodalité.

Il y a dans les archives du château de la Turmelière un censif du xvi^ siècle, qui nous fait connaître exactement le cérémonial de la quintaine, telle qu'on la courait alors sur les terres de Joacliim du Bellay.

Le poète du ^< petit Lyre » faisait joliment les choses. C'est lui qui fournissait le cheval et le plançon de la course. Au jour marqué par ses officiers, les nouveaux mariés de la paroisse venaient le saluer en lui demandant la permission de « faire leur devoir » ; puis chacun d'eux montait à cheval et, le plançon à la main, parcourait trois fois au galop le champ de la (juintaine, en visant les écussons. S'il rompait le plançon contre les poteaux, il devait au seigneur un boisseau d'avoine; s'il échouait, il lui en devait sept et payait, en outre, quatre deniers à son sergent pour le service et l'éperonnemcnt du cheval et pour le prix des plançons. Toutefois, cette course n'était pas obligatoire. La faisait qui voulait.

Seulement, le marié (jui refusait de frapper la (|uiiilaiu(' payait six boisseaux d'avoine, etsa femme

LES QUINTAINES DE JOACllIM DU BELLAY. 12:.

était tenue de dire une chanson devant le poète et sa compagnie.

G'étaitlà, comme on le voit, une taxe assez légère, déguisée sous un jeu d'adresse, une occasion pour le poète de faire connaissance avec ses vassaux, une fête pour tout le village.

Or, la dernière quintaine que Joachim du Bellay fit courir dans son château fut marqué.e par un accident douloureux qui mit en évidence et la grandeur d'àme du poète et la douceur des mœurs angevines.

Le poète était encore malade des tracas que lui avait causés la mort de son père, mais, comme il y avait eu depuis quelque temps beaucoup de mariages en sa terre de Lire, et qu'il devait aller sous peu faire ses études à Poitiers, il voulut assister avant de partir aux courses de la quintaine.

Voilà donc, au jour assigné, les paysans rangés en ordre dans la cour de la Turmelière, sous les yeux du jeune seigneur qui s'égaie à les entendre se porter de mutuels défis. L'officier de service donne le signal de la course.

Un beau gars bien planté et bien pris s'avance vers Joachim du Bellay qu'il salue jusqu'à terre, saute sur le cheval, prend un plançon et court aux poteaux.

Au premier tour, il rompt une lance ; au second tour une lance ; au troisième une lance.

— Bravo ! criait le poète, bien visé, bien touché ! Je te fais grâce du boisseau d'avoine et des quatre deniers.

l-2Cy CONTES ET IT<;URES DE MON PAYS.

Un autre monte à cheval^ fait trois tours et sort (le la lice connne il y était entré.

— Maladroit ! bon pour douze Jjoisseaux 1 A qui le tour?

Un troisième s'avance et s'excuse. Il n'est jamais monté à cheval et prie son maître d'accepter six boisseaux d'avoine.

— Très bien ! mon brave, mais que ta femme nous chante au moins quelque chose !

La femme se présente — une toute petite femme rondelette, haute comme trois crêpes, mignonne et douce, qui rougit jusqu'aux oreilles et dit en baissant les yeux :

— Monseigneur, je ne sais pas chanter.

— Quel drôle de ménage vous faites 1 L'homme ne sait pas monter à cheval; la femme ne chante pas. 11 faudra pout-ètro tju'on vous apprenne à faire des entants ! . . .

— Oh! que nenni, monseigneur, ri[)0sta le paysan qui enveloppait d'une caresse heureuse les formes rondes de sa femme... que nenni I

— Tiens ! c'est vrai, je n'avais pas vu 1... Allons, je me réconcilie avec vous : croissez et multipliez 1

Rire général parmi la compagnie.

Un quatrième marié court la quininine, fait un Idur, frappe un écusson, en man(iu(^ un autre, se penche, allonge le bras, perd !'t''(|uilil)re et tombe à dix mètres de son cheval.

Un cri d'effroi part de la foule ; sa femme s'élance vers lui, se jette à genoux, lui prend les mains, les i^iu'lc à sa bmiche... 11 était mort I

LES QUINTAl.NKS DE .MACIII.M DF BEI.LAV. 1-27

C'était un tout jeune lioinme d'une métairie voisine, qui s'était marié trois mois auparavant.

(( Quel malheur, Jésus-Marie ! quel malheur! » disait la foule.

La pauvre veuve était crucifiée. Joachim se lève, ordonne qu'on suspende la course et qu'on transporte le mort dans une salle du château ; puis, s'adressant à la veuve :

— Femme, dit-il, je veux que tu te souviennes i.d moi. Va à ta ferme, prends ce qui t'appartient et apporte-le au château : ta demeure est ici désormais.

Et il fut fait ainsi. •

Le malheureux fermier fut enterré aux frais du poète et sa veuve fut attachée à son service.

Quelques mois après, lorsqu'elle mit au mondo le fils de son premier et dernier amour, il l'entoura des soins les plus tendres; c'est lui (juiaciu^tu le herceau de l'orphelin, ses langes, ses petits has, ? ' petits sahots et plus tard ses petites robes. Ce deuil lui rappelait les tristesses de son enfance, son père et sa mère au tombeau, qu'il avait à peine connus, la tutelle égoïste de son frère, les blessures qu'il avait reçues, les larmes qu'il avait versées, tous les maux enfin qu'il avait soufferts depuis son entrée dans la vie ; et cette petite figure d'enfant qui lui souriait au fond du berceau lui procurait une jouissance qu'il n'avait encore g'oùtée nulle part.

Jamais il n'avait été si heureux! Lui, si chagrin, si morose, qui faisait sa seule compagnie du doux Virgile et ne connaissait que le chemin des bois, —

li^S CONTES ET EKiLUES DE xMO.N PAYS.

011 ie voyait maintenant, soir et matin, auprès de la barcelonnette, prenant l'enfant dans ses bras, le faisant monter à l'échelle de sa poitrine à sa bouche, baisant ses petits pieds roses, sous le regard triomphant de la inèrc, et lui disant tous les jours entre un hochet et un bonbon : « Grandis bien vite, pour être mon petit page. »

Hélas ! il manquait un ange au ciel.

Le petit orphelin mourut à six mois, et sa mère en devint folle.

Joachim du Bellay quitta son village, plus triste que jamais, et chercha dans le commerce des Muses et la gloire et l'oubli — deux choses qui marchent ensemble d'ordinaire.

Paris lui donna la gloire, mais Rome lui rendit le souvenir. Plus on est loin de son pays, plus on y pense. N'est-ce pasLamennais qui a dit que « l'exilé partout est seul ? >->

Sur chaque page de ses Regi^ets, le poète angevin a laissé tomber une larme pour son « petit Lyre » ; qui sait si ces larmes ne lui venaient pas du souvenir du petit enfant mort? Les enfants absorbent tellement la pensée des femmes et des poètes que, vivants ou morts, leur douce imago y reste éternellement yravée.

LK 1»ÈIU: ARMK\01L

Un homme grave, celui-là, et qui ne prétait point à rire sous les bretelles croisées qui lui remontaient dans le dos le fond de ses culottes, car, outre qu'il avait en sa chevelure blanche un porte-respect infaillible, le bonhomme était vert encore, avait réponse à tout, et garda jusqu'à la fin l'air sévère et déluré du vieux loup de mer qu'il avait été jadis.

Après avoir navigué longtemps en Loire, il avait échoué sur un bateau à laver. « Mauvais cabotage ! » disait-il en fumant sa pipe. Le fait est qu'il doit être plus facile de gouverner un chaland qu'un lavoir. Les laveuses de mon pays ont des langues à faire pendre père et mère et ne sont pas, à proprement parler, la crème de la ville. Aussi le vieux Armenoul avait-il souvent maille à partir avec elles.

« Taisez-vous donc vilaines goules d'empeigne, » leur criait-il, quand il les surprenait en train de blanchir quelqu'un, vous avez lu noircir ! Et les

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goules (Fempeigiie se fermaient pour un mouient, carie capitaiue était juste, naimait pas les cancans et avait beaucoup d'empire sur les femmes de son bateau. Elles se racontaient tout bas ses aventures de jeunesse, et quand le vieux dur-à-cuir était de mauvais poil, elles avaient un moyen de le dérider : c'était de lui dire :

— !\"est-ce pas, père Armenoul, que vous avez, dans les temps, envoyé plus d'un Prussien chez le diable ?

— Ah 1 oui, alors, répondait-il en riant. Si tous ceux que j"ai noyé dans la m... archandise prient pour moi là-haut, je suis sur d'avoir une place en paradis.

Et il se redressait, et il se frottait les mains! La haine des Prussiens le rajeunissait de soixante ans.

C'était en 1815. Les soldats de Bliichor, après avoir restauré le trône de Louis XYIII^ s'étaient égarés dans le jardin de la Loire, comme autrefois les compagnons de Vasco de Gama dans l'Ile enchantée des Lusiades.

Un matin, sans qu'on les attendit, ils étaient arrivés deux ou trois cents à Ancenis et s'étaient installés chez les habitants comme chez eux.

N'étaient-ils pas nos amis, ceux qui nous ramenaient les Bourbons dans leurs voitures d'ambulance, après nous avoir débarrassés du faux grand bonnnc qui les avait si bien rossés à léna et à

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Austerlitz? Dès lors rien de plus juste qu'on les reçût comme des hôtes !

Ils se présentaient à cheval, la lance au poing ; frappaient aux portes, et, quand on leur ouvrait, si elles étaient assez hautes, ils entraient tout montés dans les cours, passaient la visite deschamhres, en barao'ouinant lalan2;uede leurs bètes, et choisissaient naturellement les meilleures — le salon de préférence à toute autre. Après quoi, ils plantaient des clous dans la muraille pour y accrocher leur harnachement et leurs armes, et voilà!...

Où il y a de la gène il n'y a pas de plaisir. Nos troupes de passage qui logent chez l'habitant n'ont droit qu'à une place au feu et à la chandelle ; eux autres prenaient toute la place et toute la chandelle : après nous, s'il en reste !

Toute la sainte journée, on les voyait traîner leurs sabres dans les rues, arrogants, hargneux comme des chiens de prison, le verbe haut, la moustache et le nez en l'air, la taille prise dans leurs justaucorps comme dans un corset, frondeurs, courant après toutes les filles, dévisageant les femmes.. . mais ne recevant d'elles que des regards chargés de haine et de mépris.

Et sales, et malhonnêtes, ce n'est rien de le dire !

Le jour qu'ils décampèrent, un officier ne trouva pas de meilleur compliment à faire à ses hôtes que de déposer sur la descente du lit de la chambre, un tas... de ce qu'immortalisa Cambronne.

La femme, aussitôt son départ, avait ouvert la fenêtre pour changer l'air de la i)ièce et s'ap'U'était

m CONTES ET FIGURES DE MON PAYS.

à défaire le lit quand elle découvre le pot c.ax roses du Prussien.

— N'enlève rien, dit le mari, l'ermc la porte et attends.

Il avait connue une idée que, dans le mouvemeni de l'évacuation, il ne tarderait pas à passer quelque nouveau détachement prussien.

Justement trois jours après on annonça deux compagnies de uhlans.

— Voilà notre affaire, dit le mari à sa femme '.Je vais de ce pas demander au maire qu'on nous envoie un officier. Arrange la chambre et surtout ne touche pas à la descente de lit. Je me charge du reste.

Vers trois heures de l'après-midi, un capitaine se présente porteur d'un billet de logement.

Le propriétaire le conduit dans son appartement et ferme la porte. Tout à coup on entend un grand bruit dans l'escalier.

— Cochons de Français! criait le Prussien... eux avoir alfairc à moi !

— Qu'y a-l-il, mon capitaine?

— Il y a, môssieu... regardez mes bottes I

— Ah! saperlipopette, vous l'avez écrasé!... C'est de ma faute, j'avais oublié de vous dire que le capitaine von ChosemoUe vous avait laissé sa carte en partant.

Et connnc cette plaisanterie n'était pas du goût du Prussien, le maître de la maison lui raconta la chose au long, se faisant un malin plaisir de lui

l.E PERE AHMEMOUL. 133

prouver ([no, s'il y avait un cochon là-dedans, lo cochon était de la famille prussienne.

On pense bien que le père Arnienoul n'avait pas ces gars-là dans sa manche. Le bonhomme avait alors vingt et quelques années et passait pour un des plus forts lurons du pays ; il vous enlevait comme une plume une barrique de vin pleine et portait sans se gêner deux cents livres sur l'épaule. Son père tenait une auberge sous Saint-Pierre ; quand à lui, il naviguait ou servait à boire selon le temps et la saison. Tant que dura l'occupation prussienne — trois mois environ — il ne quitta pas l'auberge.

Les uhlans avaient un faible très marqué pour le petit vin blanc du père Armenoul, et puis le fils était si gentil pour eux et les servait si bien !

Du plus loin qu'il en apercevait un , il lui faisait , signe d'entrer, allait à la cave tirer une bonne chopine de vin et s'attablait dans un coin avec lui. Pas fier pour deux liards! Alors on jouait aux cartes à qui perd gagne, Armenoul gagnait toujours et payait, comme de juste ; le Prussien buvait ferme, se grisait, roulait par terre. C'était le moment psychologique. Armenoul le poussait dans la cour et l'envoyait piquer une tête dans le sous-sol des latrines! Un de moins, à qui le tour? Les Prussiens ne se faisaient pas prier. Le vin était si bon et le fils si gentil pour eux! 11 ne se passait pas de

semaine qu'il iiVii tombât deux ou trois dans le marc de café.

Le commandant invitait ses hommes à ne pas s'écarter de la ville et à rentrer de bonne heure au logis. Armenoul, fidèle à la consigne, les couchait généralement avant dix heures, entre la neuvième et la dixième chopine. Il y en avait dans le nombre qui étaient durs à saouler ; dans le vin de ceux-là il mettait quelques gouttes de trois-six. L'effet était sûr et prompt ; ils tombaient comme des mottes, et vive le commerce de poudrette !... Je crois, ma parole, que si l'occupation avait continué i)lus longtemps, Armenoul aurait passé au bleu tout le régiment.

Le commandant avait iini par soupçonner son auberge et avait ouvert une enquête... mais tous les Prussiens avaient protesté de son innocence. Le vin était si bon, et le fils si gentil pour eux !

Un jour il est mandé à la place.

— Il parait que c'est vous qui faites disparaître mes honnnes !

— Moi ?

— Oui, vous, et ne cherchez pas à vous en défendre.

— Mais...

— Il n'y a pas de mais. Vous recevez trop de mes gens chez vous et les voisins ont remarqué que tous ceux qui entraient dans votre aul)erge n'en sortaient pas.

Bon ! pensait à part soi l'aubergiste, si les voisins me dénoncent, je suis fichu. Et prenant l'air et la voix d'un homme offensé :

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