‹ Contes et figures de mon paysChapitre 32 sur 45 · LE COLLÈGE D'ANGENIS · texte numérisé non relu

LE COLLÈGE D'ANGENIS

conviction, ne calculant pas la portée de leur acte; les autres, plus prudents ou plus charitables, s'abs^tinrent. Or, parmi ceux qui signèrent, figurait, diton , M. le supérieur du collège d'Ancenis. Le malheureux ! où diable avait-il la tète, ce jour-là !

M. Fournier, qui avait le bras long; passa en dépit des diffamations de l'ancienne administration épiscopale de Nantes et des tracasseries de la nonciature et de la chancellerie.

Ah ! mes amis, quel coup de balai ! Jamais vous n'avez vu d'écuries balayées si proprement. Le grand vicaire — le grand nez, comme on l'appelait au collège, à cause de la longueur proverbiale de son appareil nasal — s'empressa de donner sa démission. Quant aux curés signataires de la fameuse lettre, ils obtinrent l'avancement auquel ils avaient droit. Ceux qui avaient une cure de première classe furent déportés dans une cure de cinquième.

On envoya le principal du collège avec son camail de chanoine régenter une dizaine de paysans dans le fond du dernier village. Quelle chute I mais aussi pourquoi n'avait-il pas pris sa retraite en même temps que le grand nezl Peut être serait-il, ainsi que lui, à cette heure, coadjutcur d'un archevêque quelconque !...

C'est égal, en le frappant, on frappa cruellement le collège. Il sembla tout d'abord qu'il allait crouler derrière lui ; c'était son œuvre et beaucoup craignaient qu'elle ne put lui survivre. Mais non, le collège demeura debout, et, pour honorer la mémoire de celui qui l'avait restauré, sinon fondé, il n'a cessé depuis de remporter des couronnes académiques.

Pour moi, je ne puis songer à mes premières années d'étude sans me sentir envahi par une subite émotion. Ce sont les camarades plutôt que la vie de collège que je regrette. La vie de collège n'a par elle-même rien de séduisant ; c'est le régime de la caserne, avec cette différence que la cloche remplace le tambour. Ah! cette maudite cloche, que nous l'aurions brisée de bon cœur, quand elle nous réveillait en sursaut à cinq heures du matin, et qu'il gelait dehors à pierre fendre et dedans à faire éclater nos cuvettes! On faisait bien au commencement la sourde oreille, mais comme cela ne servait à rien on sautait peu à peu au bas de son lit, au premier son de cloche^ tout en se disant à part à soi : C'est égal, ce n'est pas le dodo à maman !

Le dodo à maman! conmie il semblaitbon, quand on le retrouvait aux vacances ! connue on s'y dorlotait, comme on s'y allongeait ! Ce n'était plus le (lin don de la cloche qui venait nous réveiller, c'étaient les joyeux rayons du soleil levant qui filtraient à travers les rideaux, et vous disaient : Bonjour, paresseux!

Hélas ! ce temps-là est loin de nous, et pour beaucoup ce sont leurs enfants qui le reverront ! Queiques-uns de mes anciens camarades ont pris l'habit ecclésiastique et sont devenus professeurs là où ils avaient été élèves. J'envie leur sort. Ceux-là ne vieillissent jamais qui apprennent aux enfants ce qu'on leur apprit jadis à eux-mêmes ; ils se voient renaître sans cesse dans les jeux et dans les travaux de ceux qui leur sont conhés. Leur vie est réti'lée comme celle de leurs élèves ; leurs soucis sont

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