SUR LE CHAMBRANLE
Le marcou est furieux, il roule des yeux terribles^ mord ses moustaches, va et vient parmi les tasses. Le choriste craint un malheur.
— Ne va rien casser surtout.
— Si tu me touches, je jette tout par terre, depuis les culs-salés jusqu'à la couronne de mariée.
— Je t'ai déjà dit que je voulais ta peau.
— Alors tu me la paieras cher.
— Tiens, voilà toujours un coup de trique. ^-Très-bien, ramasse-moi cette tasse-là. (Une
tasse dorée tombe par terre et se brise en morceaux.)
— Canaille ! tu casses la vaisselle ; une tasse dorée qui avait plus de quinze ans de ménage, un souvenir de noces ! attends... Y'ian! v'ian ! (Trois coups de bâton sur la tète.)
— Gare le cul-salé !
— Tu veux donc briser tout?
— Je te l'avais dit.
— Ah ! chenapan ! . . . Minette , chasse-moi ce gueux-là, que je l'assomme!
Aussitôt, Minette s'élance sur le chambranle, et là, parmi les tasses qui tombent et les vases qui se brisent, s'engage entre les deux chats un combat terrible, épouvantable. Sans les coups de bâton qui entrèrent dans la partie et tombaient secs et drus sur l'écliine du marcou, je crois que Minette aurait passé un vilain quart d'heure. Son pauvre poil s'en allait en poussière. Pierrot, qui voyait le combat et qui se doutait bien qu'on se battait pour lui, voletait dans sa cage et pépiait plus fort que jamais. « Ne crains rien, mon Pierrot, lui dis-je, nous sommes en train de te venger. » Et, renversant mon bâton à deux mains par dessus mon épaule, j'en assénai un coup si violent au marcou, qu'il en perdit l'équilibre et qu'il roula par terre. Je crus qu'il avait les reins cassés. Mais non, ramassant dans un cri de douleur atroce les forces enragées
Le moineau du choriste. i>io
qui lui restaient, il se jeta tête baissée dans la fenêtre et passa à travers un carreau.