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LA CHANSON DU MUSCADET

Dieu fasse pousser ses choux 1 Un matin — c'était en huitième, le professeur lui dit :

— Voyons , monsieur Lucas , déclinez - moi musca, la mouche.

Lucas se lève en deux morceaux, ébauche un bon gros rire, tourne son Lhomond entre ses doigts et va répondre.

— D'abord, sur quoi se décline musca ?

— Sur rosa, la rose, pardine !

— Très bien I commencez.

Et Lucas décline :

Nominatif : musca.

Génitif: muscadet.

— Assez! je vois que vous savez la généalogie du pineau.

Tout le monde de rire et Lucas de se rasseoir, heureux comme un roi de recevoir les félicitations du professeur.

Depuis lors, chaque fais que le nom de muscadet me vient à la bouche, je pense à mon ami Lucas et je me dis : « Sans lui je n'aurais peut-être jamais su que le petit vin de chez nous dérivait du muscat !» Qu'il me permette donc de lui dédier cette chanson :

Petit muscat, petit vin blanc, Doux à boire, frais à la bouche.

Qui vous entête et sur le flanc.

Pour un verre de trop, vous couche,

C'est toi que je chante ici,

Toi qui fait si bien « Zi-zi

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Zi-zi pan » quand on te débouche.

Oui, vive ce petit vin blanc Doux à boire, frais à la bouche Qui fait si bien « Zi-zi pan pan ! »

Depuis qu'on connaît le raisin Sur les bords de la Loire, Tous les gens du pays voisin

Ne mangent que pour boire.

Si haut que soit le prix du pain, Du moment que l'on fait du vin, Zi-zi pan On se résigne :

Car le blé passe après la vigne.

Zi-zi pan, zi-zi pan pan !

Aussi, combien ce muscadet

A déjà fait d'ivrognes !

Que de piliers de cabaret,

Buveurs à rouges trognes, Sont allés voir — pour avoir bu De ce petit vin blanc du cru Zi-zi pan Trop de chopines, — Les ceps pousser par les racines.

Zi-zi pan, zi-zi pan pan !

Aujourd'hui c'est le tonnelier,

Demain c'est le notaire Qui se noient : l'un dans son cellier,

Et l'autre dans son verre.

LA CHAiNSON DU MUSCADET. 243

Tous les ans ce petit muscat Fait dans les rangs des corps d'état Zi-zi pan Quelque victime, Et c'est à qui paira la prime 1 Zi-zi pan, zi-zi pan pan !

Il n'est guère que le curé

Qui boive sans dommage, Non pas qu'il lui soit mesuré.

Mais il a le vin sage.

Regardez-le ! s'il est si gras Ce n'est pas de lécher les plats — Zi-zi pan —

Ni la bouteille, Mais son hygiène est sans pareille

Zi-zi pan, zi-zi pan pan !

D'abord, il ne boit qu'en mangeant,

Comme un vrai gastronome ; Puis il ne boit que son content,

Pour conserver son homme.

Aussi voyez son embonpoint :

Gomme sa face est rouge à point !

Zi-zi pan, Quelle figure Fait plus d'honneur à la nature !

Zi-zi pan, zi-zi pan pan !

Si vous avez pitié de vous,

Buveurs, daignez m'en croire.

Prenez au curé de chez nous

Sa recette pour boire.

Buvez frais, buvez pur et sec ; Mais, pour Dieu, mangez gras avec.

Zi-zi pan, Qui s'habitue A boire à jeun, le vin le tue.

Zi-zi pan, zi-zi pan pan !

Et s'il faut à vos sentiments

Faire un appel sévère.

Amis, pensez à vos enfants

En vidant votre verre.

N'oubliez pas que le pays Abesoin de vaillants conscrits Zi-zi pan Pour la revanche.

Buvez un peu moins le dimanche !

Zi-zi pan, zi-zi pan pan !

Enfin, soyez de bous Français ;

Ne donnez plus , de grâce !

A l'amour du sang de navets,

Mais du sang de la race.

Qu'un jour la France ait des soldats Forts des reins, vigoureux des bras, Zi-zi pan, D'allures ficres.

Qui lui refassent des frontières 1

Zi-zi pan, zi-zi pan pan !

HISTOIRE D UNE GALETTE AU BEURRE ET Al' SUCRE

Vous les avez tous vus passer en chantant, à travers les villes, les joyeux compagnons du Tour do France, avec leurs longues cannes de tambour-major entortillées de rubans aux vives couleurs, leurs chapeaux enrubannés et leurs cocardes à la boutonnière ! Un flot de rubans porté sur les ailes de la chanson française, voilà le compagnonnage ! C'est tout ce qui reste aujourd'hui des anciennes corporations : la Révolution a écrasé la tète, mais la queue frétille encore et, la franc-maçonnerie aidant, je ne sais si le corps des métiers ne reparaîtra pas un jour sous une forme nouvelle.

Les compagnons sont la fleur des villes ouvrières, l'ornement de nos ateliers; ils ne voyagent point pour voir du pays, mais pour apprendre ailleurs ce qu'on ne sait pas chez eux : le dernier coup de lime, le vernis, le polissage, le coup de pouce du maître-

ouvrier; quand ils ont acquis tout cela, ils ont fait ce qu'ils appellent leur tour de France.

Sans compter qu'ils sont très forts en géographie ! Nommez leur une ville, ils vous diront tout de suite, non pas le nom du département, c'est trop facile, et le dernier des écoliers en ferait autant, mais le nom des anciennes provinces — encore un souvenir d"antan ! C'est ainsi qu'ils disent toujours: Amiens en Picardie, Aix en Provence, Reims en Champagne (je crois même qu'ils écrivent Reims avec un h), Tours en Touraine, Grenoble en Dauphiné, etc. Que si vous leur reprochez de parler la géographie d'avant 89, ils vous répondront qu'elle valait mieux que la nôtre — et ce ne sont point les Alsaciens-Lorrains qui les démentiront.

Bons vivants d'ailleurs, gais comme des puisons, unis entre eux comme les doigts de la main et n'ayant en voyage — je fais mes réserves pour la payse ! — qu'une seule passion : la mère ! Ah! la mère des compagnons, quelle gaillarde qui est fêtée, adulée, choyée ! Rien de trop beau pour elle : chacun lui fait son petit cadeau, selon sa bourse, et, que ce soit une robe, un mouchoir, un bijou, la mère est toujours contente.

Et comme elle aime ses gars ! Pour ne point faire de jaloux elle n'a point de préférences; Tourangeaux, Toulousains, Picards, Normands ou Bretons, qu'importe? C'est toujours la môme famille, la grande famille des compagnons ! Aussi quelle fête est la sienne ! il faut la voir ce jour-là trôner au milieu de ses gars ; elle a sorti de l'armoire tous ses plus beaux atours, sa robe do noce, sa coiffe

des dimanches, sa guimpe en vraie dentelle, et toutes ses dorures : les boucles d'oreille en coeur, la croix avec son tour de cou, les bagues, lesbracelets et les chaînes... et dame! vous la voyez d'ici, la mère ressemble à sainte Anne d'Auray dans sa niche ! Des bouquets, il en pleut; des chansons il y en a dans tous les patois, et si l'on trinque et si l'on boit ! on voit bien que c'est la mère qui régale aujourd'hui et qu'elle a servi du vin de derrière les fagots !

J'arrive maintenant à mon histoire. Trois compagnons, un Gascon, un Breton et un Normand, étaient arrivés chez la mère des charpentiers, le jour de la Saint-Joseph qui était aussi son jour de f etc. On était à table et comme on avait passablement vidé de bouteilles, les chansons allaient bon train, et de même les rires.

— Ah ! les coquins, dit la mère, s'il est possible d'arriver si tard, un jour de Saint-Joseph!

Elle commanda trois verres, on fit place aux nouveaux venus, et les bouchons continuèrent de sauter. 11 restait encore sur la table une belle gàtelle au beurre et au sucre que la mère des charpentiers avait boulangée elle-même et fait cuire, la veille — une superbe gâtelle, ma foi, dorée à plaisir, guillochée de corbeilles et portant en bosse, au milieu, les attributs du métier : le marteau, le ciseau, le rabot et l'équerre.

Les trois compagnons qui, sans être à jeun,

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avaient le ventre vide, lorgnaient à qui mieux mieux la gàtelle.

— Ah ! je vous vois, vous en voudriez un morceau! parion's qu'une aile de poulet et une tranche de gigot feraient mieux votre affaire?... Eh ! parbleu, quand on a bien diné on ne pense plus que les autres ont faim ! C'est bien... mangez-moi cela.

Et ils furent servis.

Quand ils eurent fini, ils retournèrent —des yeux — à la gàtelle !

— Ah! ça par exemple, ça se paie; c'est de la gàtelle à la mère, une galette de sa façon, et les camarades vous en diront des nouvelles.

— Excellente, exquise, mais elle fait boire !... à votre santé, la maman !

— A la vôtre, mes enfants, à la vôtre !

Les trois compagnons se levèrent ensemble, et comme ils ouvraient les bras pour l'embrasser, la mère les arrêta en disant :

— C'est très bon les baisers, mes gars, et jamais je n'en refuse, qu'on arrive ou qu'on s'en aille ; mais comme vous avez manqué les trois quarts de la fête, je vous impose une pénitence.

— Laquelle ?

— Allez vous coucher, vous êtes fatigués, une bonne nuit vous remettra. Demain matin nous fêtons le retour; celui d'entre vous trois qui aura fait le plus beau rêve mangera la gàtelle à lui tout seul !.., est-ce convenu?

— Accepté.

On Irinqun nno dernière fois ensemble et comme

il était nuit close, chacun rentra chez soi... non sans décrire quelques zigzags dans la rue.

Le Gascon, le Normand et le Breton montèrent dans leurs chambres et bientôt le sommeil envahit l'hôtel. Seul, le Gascon ne se coucha pas.

Pour rêver, se dit-il, il n'est pas besoin de dormir. Il attendit que la cuisinière eût fermé sa porte, descendit à pas de loup à la cuisine, remonta doucement et se mit au lit.

Le lendemain matin tous les compagnons étaienl réunis dans la salle à manger de la Boide-d'or.

— Eh bien ! les enfants, a-t-on fait de beaux rêves cette nuit ?

— Magnifiques, la mère, magnifiques !

— Alors contez nous cela. Je donne la parole, au Normand.

Le Normand commença ainsi :

— J'ai rcvé-et je n'ai pas rêvé, car je n'ai dormi que d'un œil, mais je parierais bien une bouteille que ni le Breton ni le Gascon n'ont fait un rêve comme le mien.

— Voilà qui promet, continue.

— Je me trouvais à Gaen, en Normandie.

— On y boit de bon cidre, là.

— Justement j'en buvais, et que ce n'était pas de la piquette ! Pendant que je vidais un plein pichet de cidre, j'entends que l'on crie au feu. Ventre- Dieu, me dis-je, faut-il y aller, faut-il pas y aller?

— Tu y vas ?

— Je n'y vas pas, je pensai que la chaîne serait assez longue sans moi et que je pourrais gêner. Et puis j'avais le feu dans le corps. La veille, j'avais

mangé une terrine de tripes à la mode de Caen et je crois, ventre-Dieu, que la cuisinière avait renversé dedans la poivrière ou la salière, peut-être même les deux. Je buvais donc à tire-larigot, mais plus je buvais, plus j'avais soif. Vous allez voir que c'était une Providence. Tout à coup l'incendie gagne la maison. «Au feu! au feu! sauvez-vous! » criait-on dans l'escalier. Alors je compris qu'il fallait payer de sa personne. J'ouvre la fenêtre, je regarde: il n'y avait pas la moindre pompe. Je ne fais ni une ni deux, je vole au foyer de l'incendie et... j'avais bu tant de cidre, quejel'éteins tout seul !

— Bravo ! une médaille de sauvetage au Normand !

— Oui, mais voilà le chiendent; les lauriers d'un pompier sont toujours un peu humides. Ce matin, en me levant, je m'aperçus que j'avais arrosé mon lit.

A ces mots, une bordée d'éclats ào rire partit dans toute la salle.

— Elle est mauvaise, ton histoire, dit la mère; lu me devras un blanchissage, mon fieu, et quant à la galette tu peux te brosser le ventre !... Au tour du Breton maintenant.

Le Breton se leva.

C'était un Bas-Breton du Finistère; un beau gars ayant de grands yeux nostalgiques, la figure imberbe, de larges épaules, les cheveux coupés à la mode de Bretagne, et dans la démarche et dans la voix quelque chose du rythme des vagues.

LES COMPAGNONS DU DEVOIR. 2ol

— Compagnons, dit-il, je ne vous surprendrai point en vous annonçant que j'ai rêvé du pays.

— Et de la payse !

— Oui certes, et si vous la connaissiez ma mie, vous comprendriez que j'en rêve. Elle a nom Marie- Rose.

— Un beau nom ça, mon fieu !

— C'est une forte fille, bâtie comme le sont les Bretonnes de la côte, franche de la bouche et franche du cœur: une Bretonne enfin ! Voilà deux ans que j'ai quitté le village, et dame I je m'en retourne. J'ai fait mon tour de France. J'ai vu de belles villes: Grenoble en Dauphiné, Reims en Champagne, Tours en Touraine, Arles en Provence ; il y a de belles filles par là, mais point d'aussi belles que Marie-Rose: pensez-donc ! elle a dans les prunelles de l'eau de mer — de la grande mer de chez nous, et des cheveux longs comme ça, plus fins que le chanvre de sa quenouille et plus jaunes que le blé mûr.

Tout le jour elle est dans la lande, quand elle n'est pas sur la mer ; elle garde les vaches de la métairie, pendant que les siens vont à la pèche dans une petite barque qui roule et qui court entre les vagues, faut voir ça. Le soir, elle raccommode les filets ou bien elle file pour le tisserand qui lui tisse des chemises et des draps — le trousseau de nos noces»!

— Ah ! mon fieu, tu nous en diras tant ! compagnons, buvons à la santé du galant et de Marie- Rose.

Quand on eût trinqué, le Breton reprit :

i>oi CONTES ET FIGURES DE MON PAYS.

— Eh bien! cette nuit, j'ai fait ce rêve: vous savez qu'on mange beaucoup de galettes en Bretagne. Chaque fois que la métayère boulange, elle met au four avec le pain une bonne galette au beurre et au sucre pour les châtelains ou pour monsieur le curé. Les Bretons aiment mieux la vraie galette de blé noir, qui se fait dans la galettoire, sous un bon feu de bourrée; cette galette est plus légère que l'autre et meilleure à leur goût. Mais Marie-Rose préfère la gàtelle au beurre; c'est pour elle un régal: aussi, quand on chauffe le four dans le village n'oublie-t-on jamais d'en faire une pour elle. Et Marie-Rose les mange toutes chaudes et je vois d'ici la double rangée de ses quenotes blanches entre ses lèvres rouges.

— Ah ! le galant ! est-il heureux d'être amoureux !

— Je rêvais donc que j'avais gagné votre gàtelle, la mère, et que je revenais au pays. Marie-Rose était allée au devant de moi avec quelques-unes de ses amies, et vous pensez quelle fête. Du plus loin qu'elle m'aperçut, elle agita son mouchoir. Je lui renvoyai son salut ; et de courir, et de se jeter à mon cou, et moi de l'embrasser comme pour du pain. Chemin faisant, elle me dit en regardant dans mon sac :

— Jean-Marie que me rapportes-tu de voyage ?

— Une bonne gàtelle au beurre et au sucre ! un souvenir de la mère des compagnons-charpentiers !

Vous me croirez si vous voulez, elle se montra plus heureuse de la gàtelle, que des bijoux que je lui donnai, et pourtant il y avait une belle croix en

or et deux belles bagues; mais elle comptait sur les bijoux et non sur la gàtelle, et l'imprévu plaît toujours aux femmes.

Voilà mon rêve, la mère, je souhaite qu'il se réalise. N'est-ce pas qu'il vaut mieux que celui du Normand ?

— Certainement, mon fieu, et si le Gascon n'a rien de mieux à nous dire, à toi le pompon ! à Marie-Rose la galette !

— Pas si fort, les enfants, dit le Gascon en se levant de table, ne vendons pas la peau de l'ours avant de l'avoir tué.

— Eh bien ! voyons.

— Mon rêve est court, mais il me semble qu'il est bon. En deux mots, le voici : Z'ai rêvé que z'avais manzé la galette !

— C'est donc cela, répartit la cuisinière, que je la cherche partout depuis ce matin.

lî: dkk.mi:i{ h au on danck.ms

Aii.MAND-JOsni'ii Dr. ni:TiirM.-(.iiAi!o>T. I7:5s-I7!iy,.

C'est assurément la plus glorieuse ligure de mon pays, si les vertus civiques constituent la vraie gloire deriionmie.

Dans les heures de crises qui précèdent les révolutions, il y a toujours des précurseurs, des voyants qui prêchent en parole et en exemple l'évangile de l'avenir. Ces hommes sont des conciliateurs (jue Dieu suscite et marque de son sceau, pour servir de traits-d'union entre une époque et une autre ; ils ont écouté les plaintes du peuple, se sont cnquis de ses besoins, de ses aspirations, et sont allés d'euxmèmes aw devant de ses tnnuidabli's rtAnltcs. fii diminuant ses devoirs avec ses charges, en augmentant son salaire et ses droits.

Ces précurseurs tiennent compte des milieu.x;, des préjugés, des idées reçues, des moindres nuances de l'opinion ; ils ne conçoivent le progrès

LE DERNIER BARON D'ANCENIS. 2!5.j

que dans l'équilibre des forces sociales, se gardent dédilier quoi que ce soit avec des ruines, en un mot font (Buvres de réformateurs et non d'iconoclastes.

C'est Turgot , Barnave , André Chénier, Mirabeau ; ce sont les Constituants, ce sont les Girondins. Les tenants du régime et de l'ordre de choses existants les traitent de ré\'olutionnaires, d'utopistes, de fous; au lieu de les suivre, ils réagissent, et voilà qu'un beau jour ces prétendus révolutionnaires sont devancés, dépassés par de purs démagogues qui, n'ayant ni leur éducation ni leurs scrupules, s'emparent de leur programme, l'appliquent à la lettre, jettent les dieux par les fenêtres, font table rase des lois et des institutions, et, pour arriver plus vite à leur but, — si l'anarchie en est un ! — chauffent à blanc la machine, au risque de la faire éclater.

Les premiers sont des patriotes et des hommes de gouvernement ; les seconds ne sont que des sectaires et des anarchistes. Qu'on juge de leurs œuvres en comparant 89 à 93, la Constituante à la Convention !

Le duc de Béthune-Charost était un patriote, au sens le plus élevé du mot. Il avait de qui tenir, d'ailleurs. Le vertueux Sully n'était-il pas de cette grande famille de Béthune qui, pendant des siècles, partagea la fortune de la maison de France? et lui-même n'avait-il pas pour aïeule maternelle « cette grande àme devant qui, au dire de Saint-

2o6 CONTES ET FIGURES DE MON PAYS.

Simon, l'archevêque de Cambrai était en respect? h J'ai nommé la fille du surintendant Fouquet, l'amie intime de M"" de Sévigné ?

Son grand-père était ce Paul-François deBéthunc, baron d'Ancenis, qui arrêta, comme capitaine des gardes du corps, la duchesse du Maine, « coupable d'avoir trempé dans la conspiration de Gellamarc (1718) ».

J'emprunteà Saint-Simon' le récit de cette arrestation : « Ancenis, (jui venait d'avoir la survivance de la charge île capitaine des gardes du corps du duc de Charost, son père, alla arrêter la duchesse du Maine dans sa maison, rue Saint-Honorô'. Un lieutenant et un exempt des gardes du corps à pied et une Iroupe des gardes du corps parurent en même temps et se saisirent de la maison et des portes. Le compliment du duc d'Ancenis l'ut aigrement reçu : M"^ du Maine voulut prendre ses cassettes, Ancenis s'y opposa. Elle réclama au moins ses pierreries : altercation fort haute d'une part, fort modeste de l'autre ; mais il fallut céder. Elle s'emporta contre la violence faite à une personne de son rang, sans rien dire de trop désobligeant à M. d'Ancenis et sans nommer personne. Elle ditréra de partir tant qu'elle put, malgré les instances (l'Ancenis qui, à la lin, lui présenta sa main et lui dit poliment mais fermement qu'il fallait partir. Elle trouva à sa porte deux carrosses de remise, tous deux à six chevaux, dont

' Mcmoiirs de Sai/il-i>i»ion) t. XVI, udiiiou m-Ks, Haclu'lto^ éditeur.

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