‹ Contes et légendes du bouddhisme chinoisChapitre 10 sur 32 · LE ROI DES SINGES ET LE COUPLE DE TORTUES · texte numérisé non relu

LE ROI DES SINGES ET LE COUPLE DE TORTUES

Autrefois, il y a de cela des kalpas innombrables, il y avait un roi des singes qui demeurait sur les arbres d’une forêt. 11 mangeait des fruits et buvait de l’eau ; il songeait avec compassion aux êtres de toutes sortes, à ceux qui rampent et à ceux qui marchent, à ceux qui respirent, aux hommes et aux animaux; il aurait voulu faire qu’ils fussent tous sauvés et les amener à l’état de nirvana. En ce temps, il avait contracté amitié avec une tortue; très intimes, ils se respectaient l’un l’autre et, au début, ils n’étaient point en opposition l’un contre l’autre; la tortue se rendait fréquemment à l’endroit où se trouvait

le singe; ils buvaient, mangeaient et causaient ensemble; ils discouraient sur la droite justice et la raison.

La femme de la tortue, voyant qu’elle sortait souvent et ne restait pas chez elle, se dit qu’elle devait aller au dehors pour se livrer à la débauche et à des actes illicites; elle demanda donc à son mari : « Vous sortez souvent; où allez-vous vous réunir à d’autres personnes ? je crains que ce ne soit pour vous livrer à la débauche au dehors et mener une conduite déréglée. Son mari lui répondit : « j’ai contracté amitié avec un singe ; il est intelligent et sage; en outre, il comprend la justice et la raison. Quand je sors, c’est pour me rendre chez lui, et ensemble nous discutons sur la doctrine des livres saints; nous ne parlons que de sujets agréables et je ne me livre d’ailleurs à aucune débauche. » Sa femme ne le crut pas et pensa que les choses ne se passaient point ainsi; en outre, elle était irritée contre le singe et se disait : « 11 attire mon mari et le fait souvent aller et venir; il faut que je trouve un moyen de le tuer. Mon mari alors cessera ses sorties. » Elle feignit donc d’être malade ; épuisée et faible, elle gisait sur un lit; son mari veillait sur elle avec beaucoup de sollicitude; il lui donnait des médicaments pour la soigner, mais, en définitive, elle se refusait à guérir. Elle dit à son mari : « A quoi bon vous donner tant de

peine et gaspiller ces médicaments ? Ma maladie est fort grave. 11 faut que j’obtienne le foie du singe avec lequel vous êtes lié d’amitié; à cette condition je conserverai la vie. » Son mari lui répondit : « Ce singe est mon ami; il m’a remis sa personne et m’a confié sa vie; nous ne nous sommes jamais soupçonnés l’un l’autre; comment pourraisje comploter contre lui, afin de vous sauver la vie ? » Sa femme lui répondit : « Maintenant, nous sommes mari et femme et nous ne faisons ensemble qu’un seul corps ; mais vous ne pensez pas à me sauver et, au contraire, vous agissez en faveur du singe. En vérité, cela n’est pas juste et raisonnable. N>

Le mari, poussé à bout par son épouse et ayant d’ailleurs pour elle beaucoup d’estime, alla donc adresser cette requête au singe ; <sje suis venu à plusieurs reprises et j’ai été auprès de vous ; ayez la bonté de ne pas considérer comme injuste de vous rendre dans ma maison ; maintenant, je désire vous inviter à venir dans ma demeure pour y prendre un petit repas. » Le singe lui répondit : «je demeure sur la terre ferme et vous dans l’eau; comment pourrais-je vous suivre ?» Cette tortue répondit : « je vous porterai sur mon dos; nous pourrons d’ailleurs considérer comme vaine toute cérémonie. » Le singe la suivit donc; quand la tortue qui le portait sur son dos fut arrivée à mi-che-

min, elle dit au singe : » Auriez-vous la bonté de désirer savoir ce que j’ai à vous demander ? Ma femme est épuisée par la maladie; elle désire obtenir de votre bonté votre foie pour le manger et être délivrée de sa maladie. » Le singe lui répondit : « Pourquoi ne m’en avez-vous pas parlé plus tôt ? Mon foie est resté pendu à l’arbre; revenez en toute hâte pour que j’aille le prendre. » Ils retournèrent donc, l’un à la suite de l’autre. Dès que le singe fut revenu en haut de l’arbre, il se mit à bondir en témoignant sa joie. La tortue lui demanda alors : « Vous deviez prendre avec vous votre foie pour venir dans ma demeure; voici qu’au contraire vous montez en haut de l’arbre; vous sautez et gambadez; que voulez-vous faire ainsi? » Le singe lui répondit : « Il n’y a pas dans le monde d’être plus sot que vous ; comment se pourrait-il qu’ayant un foie, je l’aie suspendu à un arbre? Nous étions amis; je vous avais remis ma personne et confié ma vie; vous, cependant, vous avez comploté contre moi et avez voulu mettre ma vie en péril. Dorénavant, nous irons chacun de son côté. »

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