‹ Contes et légendes du bouddhisme chinoisChapitre 9 sur 32 · ET LE COQ SAUVAGE · texte numérisé non relu

ET LE COQ SAUVAGE

Autrefois, il y a de cela des générations innombrables, il y avait un grand bois; parmi les arbres de ce bois, une chatte sauvage rôdait ou demeurait immobile et se livrait à ses occupations. Étant restée tout un jour sans manger, elle avait faim et avait un désir extrême de nourriture; elle aperçut au sommet d’un roi des arbres un coq sauvage; ce coq sauvage était d’une beauté remarquable; il agissait avec un cœur bienveillant et témoignait sa compassion à toutes les sortes d’êtres ; à ceux qui rampent et à ceux qui marchent, à ceux qui respirent, aux hommes et aux bêtes. Alors, la chatte sauvage conçut

dans son cœur des intentions funestes et voulut mettre en péril la vie du coq; tout doucement, elle s’approcha jusqu’à ce qu’elle fût sous l’arbre, puis, se servant d’expressions insinuantes, elle prononça cette gâthâ :

« Nos pensées restent solitaires et nous sommes séparés l’un de l’autre; — je mange du poisson et vous avez un beau vêtement; — descendez de cet arbre jusqu’à terre — et je serai votre femme. »

Le coq sauvage répondit par cette gâthâ :

« Votre Grâce a quatre pieds — et moi j’ai deux pattes; — je considère qu’un oiseau et une chatte sauvage — ne sauraient être mari et femme. »

La chatte sauvage répliqua par ces gâthâs :

« Nombreux sont les lieux que j’ai parcourus, royaumes et villes, provinces et districts; — mais je ne désire personne d’autre — et toutes mes pensées prennent leur plaisir en vous. — Votre corps apparaît beau et bien fait; — votre visage est le premier de tous; — moi aussi j’ai quelque agrément; — j’agis en vierge pure et chaste; — il nous faut ensemble nous livrer à la joie — comme des coqs qui se promènent hors du poulailler — tous deux ayant l’un pour l’autre le même amour ne serons-nous pas fort heureux? »

Alors, le coq sauvage répondit par cette gâthâ : « Est-ce que je ne vous connais pas? — est-ce que je ne sais pas pourquoi vous m’adressez cette

demande? — Quand une affaire n’est pas encore arrangée dans tous ses détails; — celui qui est sage n’en fait pas l’éloge. »

La chatte sauvage répliqua de nouveau par ces gâthâs :

« Au moment où vous obtenez une épouse si parfaite, — au lieu d’en être satisfait, vous lui frappez sur la tête avec un bâton. — En ce moment, la pauvreté vous tourmente ; — si vous m’épousez, votre richesse sera comme s’il y avait eu une pluie de joyaux; — vous serez aimé de mes parents;— vous aurez une opulence illimitée; — grâce à une épouse chérie, — le cœur calmé trouve un ferme appui. »

Le coq sauvage répondit par cette gâthâ :

« Si je me décidais à vous suivre, — ô vous dont les yeux verts sont comme de vilaines plaies, — je me verrais alors chargé de chaînes — et je serais comme enfermé dans une prison. »

La chatte sauvage répliqua par ces gâthâs :

« Vous n’avez pas de sympathie pour moi — et vos paroles sont comme des épines acérées; — dans ces conjonctures, à quel moyen recourir pour vous attirer? — Dans ma tristesse, il faut que j’y réfléchisse. — Mon corps n’est ni puant, ni sale; — il exhale un parfum de vertu conforme aux défenses; — pourquoi voulez-vous m’abandonner — et vous en aller au loin, dans d’autres lieux? »

Le coq sauvage répondit par cette gâthâ : 1

« Vous voulez m’entraîner au loin ; — méchante \ et perverse comme le serpent, — vous en assouplissez la peau flexible, — et c’est ainsi que vous faites des discours. »

La chatte sauvage répondit par cette gâthâ :

« Descendez vite et venez ici ; — je voudrais vous témoigner quelque amitié; — je dois aussi avertir de notre mariage mes parents et mes voisins — et en informer mon père et ma mère. »

Le coq sauvage répondit par cette gâthâ :

« le possède une future épouse qui est une jeune vierge ; — son visage est beau et ses sentiments sont excellents; — elle se conforme aux défenses et obéit à la loi; — je lui conserve mon affection et ne veux pas me détourner d’elle. »

La chatte sauvage répondit par ces gâthâs :

« Ainsi, vous me frappez avec un bâton épineux! Dans ma famille, on suit la vraie religion; — chez moi, il y a un vénérable supérieur — qui nous améliore au moyen des défenses prescrites par la loi. — Au dehors de la maison sont des saules qui tous sont verdoyants et prospères en leur saison. — Tous nous prosternerons notre tête devant votre grâce, — comme des brahmacârins rendant un culte au feu; — ma famille, par sa puissance, honore et sert les brahmacârins ; — par leur influence propice, nous mettrons au monde beau-

coup de fils — et ils nous feront être fort riches. Le coq sauvage répondit par cette gâthâ :

« Le ciel vous accordera votre souhait — et c’est par un bâton de brahmacârin qu’il vous frappera.

— Dans le monde, n’y a-t-il pas la Loi ? — Pourquoi voulez-vous manger un coq? »

La chatte sauvage répliqua par cette gâthâ :

« Je ne mangerai plus de chair; — exposée au soleil et à la rosée, je tiendrai une conduite pure et chaste; — j’honorerai et je servirai tous les devas ; — je ferai cela pour obtenir cette sagesse que vous recommandez. »

Le coq sauvage répondit par ces gâthâs :

« jamais on ne vit ni n’entendit chose pareille :

— une chatte sauvage tenant une conduite chaste.

— Vous désirez détruire quelque être — et vous êtes un brigand qui veut dévorer un coq. — L’arbre et le fruit sont différents l’un de l’autre; — malgré vos belles phrases et votre badinage apparent, — je ne vous croirai jamais. — Comment pourriez-vous, si vous aviez un coq en votre possession, ne pas le dévorer? — Un mauvais caractère finit toujours par être cruel. — je considère votre visage qui est rouge comme le sang — et vos yeux qui sont verts comme la plante lan. — Il vous faut manger des rats et des insectes, — car vous n’aurez jamais un coq à manger; — pourquoi n’allez-vous pas prendre des rats ? — Avec

votre visage rouge et vos yeux d’un vert franc, — quand vous criez en faisant miao, — toutes les plumes dont je suis revêtu se hérissent ; — je m’enfuis au plus vite et je cherche à me cacher ; — de génération en génération moi et mes semblables, nous nous sommes éloignés de vous; — pourquoi maintenant me rencontrer avec vous ? >>

Alors, la chatte sauvage répondit par ces gâthâs :

« Les visages sont-ils tous agréables à voir? — Les femmes qui sont belles sont-elles toutes vierges? — 11 importe de s’informer si l’attitude de la femme qu’on veut prendre pour épouse est digne

— et quels sont ses autres mérites ; — tous les actes de bonne conduite doivent se trouver chez elle au complet; — sa prudence et sa perspicacité doivent être ingénieuses; — quand vous connaîtrez la manière dont je me comporte dans ma famille, — vous verrez que nulle ne peut m’être comparée. — je vais me bien laver; — maintenant j’ai revêtu de beaux habits; — je me mettrai à danser et à chanter des airs, — pour qu’ainsi vous m’aimiez et m’estimiez. — En outre, je laverai les pieds de votre grâce, — je peignerai votre chignon de cheveux — et je ferai des plaisanteries agréables;

— alors, vous m’aimerez et vous m’estimerez.

Le coq sauvage répondit par cette gâthâ :

« Je ne tiendrais guère à la vie, — si je permet-

tais à un ennemi de peigner ma tête; ~ si je faisais amitié avec vous, — je ne parviendrais jamais à un âge avancé. »

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