‹ Contes et légendes du bouddhisme chinoisChapitre 19 sur 32 · L’ENFANT DE LA MORTE · texte numérisé non relu

L’ENFANT DE LA MORTE

VOICI ce que j’ai entendu dire : Une fois, le Buddha se trouvait dans le royaume de Çrâvastî, dans le Jetavana, le jardin d’Anâthapindada, en compagnie de douze cent cinquante bhiksus. 11 y avait alors un roi nommé Tchan-t’oyue qui était un adepte de la doctrine des Brahmanes; dans le gouvernement de son royaume, ce roi ne manquait pas de confier toutes les charges à des Brahmanes. La plus jeune épouse du roi était particulièrement chérie de lui ; elle se trouva être enceinte; les autres épouses la prirent en haine; elles soudoyèrent à prix d’or un Brahmane pour qu’il la calomniât auprès du roi en disant : « Cette femme est néfaste ; si elle met au monde

un fils, il sera un fléau pour le royaume. » En entendant ces paroles, le roi. fut très chagrin et fâché; il demanda au Brahmane : « Que faut-il faire? » Le Brahmane répondit : « IL n’y a qu’un parti à prendre, c’est de faire périr la mère et l’enfant. » Le roi répliqua : « La vie humaine a une grande valeur ; comment pourrais-je les mettre à mort? » L’autre dit : « Si on ne les fait pas périr, certainement vous aurez la douleur de détruire votre royaume et de perdre votre propre personne; la calamité ne sera pas mince. » Le roi écouta alors ses conseils et se conforma à ce qu’il disait. La femme fut donc tuée injustement et on l’enterra.

Plus tard, son fils naquit dans la tombe; la moitié du corps de la mère ne s’était pas décomposée et l’enfant put boire son lait; quand il eut atteint l’âge de trois ans, la tombe s’effondra et l’enfant put ainsi sortir; il jouait avec les oiseaux et les bêtes sauvages, et, quand le soir venait, il rentrait dans la tombe pour y passer la nuit.

Quand cet enfant eut six ans, le Buddha, par un effet de sa bonté universelle, songea aux peines qu’il endurait en vivant en compagnie des oiseaux et des bêtes sauvages; s’étant donc transformé en un çramana et en ayant pris l’habit, il alla appeler l’enfant et lui demanda : « De quelle famille êtes-vous le fils et en quel lieu habitez-vous ? » L’enfant, tout joyeux, répondit : «Je n’ai ni famille.

ni habitation, et je me borne à loger, pour la nuit, dans cette tombe. Maintenant, je vous demande, ô religieux, à partir avec vous. >> Le Buddha lui dit : « Dans quel but voulez-vous partir avec moi ? » L’enfant répliqua : « Maintenant, que ce soit pour le bien ou pour le mal, je vous suivrai toujours, ô religieux. » Le Buddha le prit donc et l’amena dans le Jetavana. Lorsque l’enfant vit les attitudes majestueuses et les règles de vie des bhiksus, sa pensée y prit le plus grand plaisir et il dit aussitôt au Buddha ; « je désire vous demander à devenir un bhiksu. » A ces paroles, le Buddha lui caressa la tête de la main; ses cheveux tombèrent et un kasâya revêtit spontanément son corps ; son nom fut Siu-t’o ; ayant reçu du Buddha les défenses vénérables, avec une pensée vigilante, il progressa excellemment, sans que son cœur se relâchât un seul instant; il obtint donc en sept jours la sagesse d’un arhat.

Le Buddha dit à Siu-t’o : « Vous avez reçu du Buddha les défenses vénérables et vous avez arraché en vous la racine des désirs; les transmigrations, vous en êtes devenu le maître absolu. Maintenant, il faut que vous alliez sauver ce roiTchan-t’o-yue. v> Siu-t’o reçut l’ordre du Buddha ; il se prosterna le visage contre terre et rendit hommage au Buddha. Puis il se rendit dans ce royaume et se tint debout à la porte du palais : il demanda à être mis en pré-

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sence du roi. Les officiers de service allèrent dire au roi : « Au dehors, il y a un religieux qui exprime le désir de voir Votre Majesté. » Quand il eut entendu cela, le roi sortit aussitôt, et, se trouvant en sa présence, il lui demanda : « j’ai un grand sujet de chagrin; que dois-je faire? » Le religieux dit : « Quel est le sujet de votre chagrin ? » Le roi répondit : «je suis avancé en âge et je suis près du moment où les désirs sont passés; pour mon royaume, je n’ai pas de descendant qui puisse me succéder, et, à cause de cela, je suis triste. » Quand le religieux eut entendu les paroles du roi, il commença par ne pas répondre et se contenta de sourire. Le roi fut alors irrité et se dit : « Quand j’ai parlé à ce religieux, il a commencé par ne pas me répondre et, au contraire, il s’est contenté de sourire. » Il désira donc le punir de mort. Siu-t’o, qui connaissait la pensée du roi, s’éleva aussitôt avec légèreté en volant; il se tint debout, en haut, dans l’espace, et, divisant son corps et dispersant ses membres, il devint insaisissable. Qiiand le roi vit ces transformations prestigieuses et divines, il fut saisi de crainte, se repentit de sa faute et dit : «j’ai été, en vérité, stupide et fou; je n’ai pas su distinguer le vrai du faux; je désire, ô grande divinité, que vous reveniez pour me permettre de vous confier ma destinée. » Siu-t’o redescendit aussitôt du haut des airs et se tint debout devant le roi ; il

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lui dit : « Si vous êtes capable de vous confier en quelqu’un, c’est fort bien; mais il vous faut vous confier au Buddha; le Buddha est mon grand maître; il est le Vénérable dans les trois mondes; il sauve et délivre la multitude des êtres vivants.» Le roi ordonna donc à la foule de ses officiers de préparer son cortège pour aller à l’endroit où était le Buddha. Siu-t’o, par la puissance de sa sagesse, dans l’instant qu’il faut pour étendre le bras, prit le roi et tout son peuple et les fit arriver à l’endroit où était le Buddha.

Le roi se prosterna le visage contre terre et rendit hommage au Buddha; il confia sa destinée dans les trois Vénérables et demanda à recevoir les cinq défenses et à être upâsaka. Le Buddha lui dit : « Si vous désirez le savoir, le bhiksu Siu-t’o est le fils de la femme enceinte que vous avez fait périr, lorsque vous avez jadis ajouté foi aux calomnies d’un Brahmane : après la mort de la mère, son fils est né dans la tombe; la moitié du corps de sa mère ne s’est pas décomposée, et c’est pourquoi il a pu boire son lait; lorsqu’il est arrivé à l’âge de six ans, il m’a suivi, est entré en religion, et c’est ce qui a produit sa condition actuelle. » En entendant les paroles du Buddha, le roi fut saisi à nouveau d’une frayeur qu’il ne pouvait surmonter. Le Buddha ajouta :

<s Autrefois, au temps du Buddha Keou-sien-ni,

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il y avait un roi nommé Fou-chô-ta; ce roi et, à sa suite, les trois cent mille hommes de son royaume, rendaient un culte aux trois Vénérables; or, il y avait un homme du peuple qui était pauvre et sans patrimoine ; constamment, il louait ses services à des gens riches du pays pour mener pâturer et soigner plusieurs centaines de vaches; quand il vit le roi et les habitants rendre un culte aux moines bhiksus, il demanda : « Vous autres, que faitesvous?» On lui répondit : «Nous rendons un culte aux trois Vénérables; plus tard, nous en obtiendrons du bonheur. » 11 demanda encore : « Quelle sorte de bonheur obtiendrez-vous ? » On lui répondit : « Quand les hommes ont le cœur pur et font des libéralités aux Vénérables, plus tard, en quelque lieu qu’ils se trouvent, ils sont paisibles, heureux et honorés, et ils ne souffrent aucune peine. » Il pensa à part lui : «Je suis fort pauvre et je ne puis que louer mes services comme gardien de vaches; je n’ai moi-même ni boissons ni aliments; que donnerais-je? » Il pensa alors : «je rapporterai du lait de vache et je le ferai cuire pour en fabriquer du laitage. » D’un cœur pur, il offrit ce laitage aux bhiksus; ceux-ci prononcèrent un vœu, disant : « Puissiez-vous, d’existence en existence, et en quelque lieu que vous vous trouviez, obtenir un bonheur approprié ! » Dès lors, à travers le cycle des naissances et des morts successives, il

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reçut toujours un bonheur approprié; tantôt il était en haut un deva, tantôt il était ici-bas un roi ou un seigneur. Plus tard, en un temps où il était roi, il sortit pour aller chasser; il vit une vache, enceinte d’un veau, qui était la propriété d’un habitant du pays; le roi ordonna à ses gens de prendre cette vache et de la tuer. Son épouse lui dit : « Ne faites pas tuer par ces gens le petit. » Sur ces entrefaites, le propriétaire de la vache revint et, fendant le corps de la vache, il prit son petit pour l’élever. Il dit avec colère : « Puisse le roi être comme cette vache! » Plus tard, l’âme de ce roi vint pour être fils de Votre Majesté; avant qu’il fût venu au monde, sa mère fut tuée par Votre Majesté; si vous désirez le savoir, Siu-t’o n’est autre que lui ; quant à la mère de Siu-t’o qui fut mise à mort injustement, elle était celle qui était l’épouse du roi d’autrefois ; le Brahmane qui l’a calomniée n’est autre que celui qui, autrefois, était le propriétaire de la vache. Si Siu-t’o naquit dans la tombe, put boire le lait de sa mère dont la moitié du corps n’était pas tombée en décomposition et put ainsi arriver à grandir, c’est parce que, dans une existence antérieure, il avait offert du laitage aux moines bhiksus. »

Le Buddha dit : « Les punitions et les récompenses répondent aux actes comme l’ombre suit le corps ; jamais il n’arrive que celui qui fait le

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bien n’obtienne pas du bonheur, et que celui qui fait le mal ne reçoive pas du malheur. »

Quand le roi eut entendu le Buddha prononcer ce sûtra, son esprit s’ouvrit et il obtint la sagesse de srotâpanna ; les habitants de son royaume, à la suite du roi, reçurent tous les cinq défenses, accomplirent les dix sortes de bonnes actions et confièrent leurs destinées aux trois Vénérables; ils obtinrent de devenir soit srotâpanna, soit sakrdâgâmin, soit anâgâmin, soit arhat.

Les disciples des quatre catégories, les devas, les nâgas, les démons et les génies, ayant entendu ce sûtra, furent joyeux; ils se présentèrent devant le Buddha, l’adorèrent et se retirèrent.

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