‹ Contes et légendes du bouddhisme chinoisChapitre 20 sur 32 · LE ROI-PAON · texte numérisé non relu

LE ROI-PAON

Autrefois le Bodhisattva était un roi-paon qui était suivi de cinq cents épouses; il abandonna ses anciennes compagnes dans son désir de prendre pour femme un petit oiseau bleu. Le petit oiseau bleu ne mangeait que de l’ambroisie et des fruits excellents ; le paon allait chaque jour en chercher pour sa compagne. La femme du roi de ce pays tomba malade ; elle rêva qu’elle voyait le paon et qu’on lui disait que sa chair pourrait faire un remède. A son réveil, elle en informa le roi et celui-ci ordonna aux chasseurs d’aller en toute hâte lui chercher ce paon ; l’épouse du roi dit : «Celui qui pourra le prendre,

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je le fiancerai à ma plus jeune fille et je lui donnerai mille livres d’or. »

Les chasseurs du royaume se dispersèrent dans toutes les directions et se mirent en quête : l’un d’eux aperçut le roi-paon accompagné du petit oiseau bleu, dans l’endroit où ils avaient coutume de manger; alors il enduisit de place en place les arbres avec de la bouillie de miel ; le paon vint aussitôt la prendre pour en nourrir sa femme; l’archer enduisit alors son propre corps de bouillie de miel et se tint accroupi comme un cadavre; le paon vint prendre la bouillie et l’homme le saisit aussitôt. Le paon lui dit : « Si vous vous êtes donné tant de peine, c’est sans doute pour y trouver quelque profit, je vous montrerai une montagne d’or dont vous pourrez tirer des richesses inépuisables, mais laissez-moi la vie. » L’homme lui répondit : « Le roi me fera présent de cent livres d’or et me mariera à sa plus jeune fille ; comment ajouterais-je foi à vos paroles ? » 11 l’offrit donc au roi.

Le paon dit : « O grand roi, la bienfaisance que vous avez en vous s’étend partout à la ronde; je désire que vous écoutiez mon humble avis, je vous demande de me faire avoir un peu d’eau sur laquelle je prononcerai avec bienveillance une prière magique ; celui qui boira de cette eau guérira aussitôt de sa maladie ; si cette eau reste sans effet.

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il ne sera pas trop tard pour que je subisse le châtiment. » Le roi suivit ce conseil; sa femme but de cette eau et ses maux disparurent ; sa beauté devint resplendissante et il en fut de même pour toutes les femmes du harem. Les gens du royaume louaient le roi dont la grande bonté avait conservé la vie au paon et avait obtenu de prolonger la longévité des habitants du pays.

Le paon dit : «Je désire me jeter dans ce grand lac et prononcer une incantation sur son eau ; alors les maladies des habitants de tous pays pourront être guéries. Si votre attente est déçue, je désire que vous me donniez la bastonnade sur les pieds. » Le roi y ayant consenti, le paon prononça une incantation sur ce lac. Quand les gens du pays burent de cette eau, les sourds entendirent, les aveugles virent, les muets parlèrent, les bossus se redressèrent ; la guérison fut semblable pour toutes les maladies.

Quand la femme du roi fut rétablie et que les gens du pays eurent obtenu de n’avoir plus de maladies, on n’eut plus aucune envie de faire du mal au paon ; celui-ci, qui le savait bien, s’exprima au roi en ces termes : « Pour avoir reçu de Votre Majesté le bienfait d’avoir la vie sauve, j’ai sauvé en retour la vie de tous les habitants de votre royaume, j’ai achevé de m’acquitter ; je demande à me retirer. » Le roi y consentit.

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Le paon alors s'envola au sommet d’un arbre et recommença à parler, disant : « Dans le monde il y a eu trois folies. » « Quelles sont-elles ? » demanda le roi. Le paon répondit : « La première est ma propre folie ; la seconde est la folie du chasseur ; la troisième est votre folie, ô grand roi. » Le roi dit : « Veuillez m’expliquer cela. » Le paon reprit : « Tous les Buddhas nous ont avertis à plusieurs reprises que la beauté féminine est un feu, qu’elle est la cause qui brûle le corps et met en péril la vie. J’ai abandonné les cinq cents épouses qui me servaient et je me suis épris du petit oiseau bleu; je cherchais de la nourriture pour la lui offrir et j’étais comme son esclave ; je fus pris dans les filets du chasseur et je mis en danger de mort ma personne et ma vie; telle a été ma folie. Quant à la folie du chasseur, voici en quoi elle a consisté : je lui avais parlé avec la plus grande sincérité, mais il a renoncé à une montagne d’or et dédaigné des richesses immenses parce qu’il ajoutait foi aux mensonges des artifices de votre épouse et espérait épouser votre plus jeune fille. On constatera que, dans le monde, tous les cas de folie et de stupidité sont analogues à celui-ci : on rejette les avertissements très véridiques du Buddha et on ajoute foi à des tromperies démoniaques; le vin, les réjouissances et la débauche pioduisent alors parfois des maux qui détruisent toute une famille.

OU bien font que Thomme après la mort entre dans la Grande Montagne pour y endurer des tourments innombrables ; si alors cet homme songe à retourner dans la condition humaine, il est semblable à un oiseau qui n’aurait plus d’ailes et qui voudrait monter jusqu’au ciel ; cela ne lui serait-il pas difficile? Les séductions des femmes sont semblables à celles de ces démons; c’est d’elles que viennent toujours les ruines de royaumes et les destructions de personnes; cependant les gens stupides en font grand cas. Sur dix mille paroles que prononcent les femmes, il n’y en a pas une qui soit véridique; le chasseur pourtant a cru à de telles paroles ; c’est là ce que j’appelle la stupidité du chasseur. Quant à vous, ô roi, vous aviez trouvé un médecin divin qui dissipait les maladies de votre royaume entier; toutes les influences pernicieuses se trouvaient détruites et les gens reprenaient un visage florissant ; grands et petits en étaient heureux; cependant, ô roi, vous avez laissé partir ce médecin ; c’est là ce que j’appelle la stupidité du roi. »

Le Buddha dit à Çâriputra : « Le roi-paon, à partir de ce moment, parcourut le monde dans les huit directions, manifestant partout son bon cœur par des remèdes divins, et guérissant les maladies de tous les êtres. Le roi-paon, c’était moi-même; le roi du royaume, c’était Çâriputra; le chasseur,

c’était Devadatta; la femme du roi, c’était la femme de Devadatta. »

Telle est la manière dont la pâramitâ de charité du Bodhisattva pratique la libéralité.

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