‹ Contes et légendes du bouddhisme chinoisChapitre 23 sur 32 · LA FEMME QUI NE PERD JAMAIS RIEN · texte numérisé non relu

LA FEMME QUI NE PERD JAMAIS RIEN

Autrefois, il y avait une femme mariée qui disait constamment : «Je ne perds rien. » Son fils prit la bague de sa mère et, après avoir été la jeter dans l’eau, il alla demander à sa mère où était sa bague d’or. Sa mère lui dit : « je ne perds rien. » Le surlendemain, sa mère invita à dîner Maudgalyâyana, Aniruddhaet Mahâkâçyapa ; il lui fallut alors se procurer du poisson et elle envoya un homme au marché pour acheter un poisson. Lorsque l’homme fut de retour, on prépara le poisson et dans son ventre on trouva la bague d’or. La mère dit à son fils : «Je ne perds rien. »

Le fils, très joyeux, se rendit à l’endroit où se tenait le Buddha et lui demanda : « Pour quelle

cause ma mère a-t-elle ce bonheur de ne jamais rien perdre ? » Le Buddha lui dit : « Autrefois, il y avait un ascète qui demeurait dans le Nord; lorsque l’obscurité et le froid furent arrivés et que ce fut l’hiver, tous les gens qui l’entouraient passèrent au sud des montagnes ; il y avait alors une vieille mère solitaire qui était si pauvre qu’elle ne pouvait partir ; elle resta seule et garda en lieu sûr tous les ustensiles et les biens de cette foule d’hommes; au printemps, les gens revinrent tous et la mère rendit chaque objet sans aucune exception à son propriétaire; tous ces hommes furent satisfaits. » Le Buddha dit : « Celle qui en ce temps était la mère solitaire, c’est votre mère ; parce que, dans cette naissance antérieure, elle a protégé les objets qui appartenaient à une multitude d’hommes, elle a obtenu ce bonheur de ne jamais rien perdre. v>

LE VASE D’AVALAMBANA

VOICI ce que j’ai entendu dire : une fois, le Buddha se trouvait dans le royaume de Çrâvastî, sous les arbres de Jeta dans le jardin d’Anâthapindada. Mahâmaudgalyâyana venait d’obtenir les six pénétrations; il désira sauver son père et sa mère et reconnaître le bienfait qu’ils lui avaient rendu en l’allaitant et en le nourrissant; il jeta donc un regard sur l’univers avec l’œil de l’intelligence; il vit que sa mère défunte était née parmi les démons affamés; elle ne pouvait ni boire ni manger et sa peau était collée sur ses os. Maudgalyâyana eut compassion d’elle ; il remplit donc son bol de nourriture et alla donner à manger à sa mère; quand sa mère eut la nourri-

ture du bol, elle protégea de sa main gauche la nourriture et, de la main droite, elle la roula en boule; mais, avant que les aliments fussent entrés dans sa bouche, ils se transformèrent en charbons brûlants; elle ne put donc pas manger; Maudgalyâyana poussa un grand cri ; il se lamenta et pleura en gémissant.

Il revint en toute hâte dire la chose au Buddha et lui exposa entièrement ce qui en était. Le Buddha lui dit : « Les crimes de votrè mère ont une racine profonde et tenace ; ce n’est pas votre puissance, à vous un seul homme, qui y pourrait porter remède; quoique la renommée de votre piété filiale et de votre obéissance ait ébranlé le ciel et la terre, ni les dieux du ciel, ni les génies de la terre, ni les démons pervers, ni les maîtres hérétiques, ni ceux de la vraie doctrine, ni les quatre dieux rois des devas n’y pourraient, eux non plus, porter remède. Il est nécessaire d’avoir la force divine que possède l’assemblée universelle des religieux, et alors vous obtiendrez la délivrance. Je vais maintenant vous dire le moyen qu’il faut employer pour secourir et sauver, pour faire que dans tous les mondes de peine soient écartées la tristesse et les souffrances, et que les obstacles créés par les crimes disparaissent. »

Le Buddha dit à Maudgalyâyana : « A l’époque où l’assemblée des religieux des dix régions, le

quinzième jour de la septième lune, se livre tout entière à la confession des fautes de chacun, il vous faut, en faveur de ceux d’entre vos parents en ligne directe pendant sept générations et d’entre votre père et votre mère actuels qui sont dans le danger et dans la peine, réunir des aliments de cent saveurs et les cinq sortes de fruits, des bassins pour se laver, des parfums et des huiles, des réchauds et des lampes, des lits et des objets de literie, rassembler tout ce qu’il y a de bon et de beau dans le monde pour le placer dans un vase et en faire une offrande à l’assemblée des religieux de haute vertu des dix régions. En ce jour-là, l’assemblée de tous les saints, soit ceux qui dans les montagnes atteignent le samâdhi, soit ceux qui ont obtenu le fruit des quatre voies, soit ceux qui sous les arbres se conduisent selon la règle, soit ceux qui ont les six pénétrations, ceux qui ont les maîtrises, ceux qui se transforment par la puissance de la doctrine, ceux qui ont entendu la voix, ceux qui ont compris les causes, soit les bhiksus en qui sont présents en puissance les Bodhisattvas mahâsattvas des dix régions, tous ceux en un mot qui font partie de la grande assemblée recevront tous d’un cœur unanime la nourriture du bol. Pour ce qui est de la conduite de l’assemblée des saints qui renferme en elle toutes les puretés par l’observation

des défenses, sa vertu est immense. Quand vous aurez ainsi fait une offrande à ces classes de religieux au temps où ils se livrent à la confession des fautes de chacun, votre père et votre mère actuels, vos parents en ligne directe pendant sept générations et vos six degrés de parenté obtiendront de sortir des tourments des trois voies ; en ce moment même ils seront délivrés et seront tout naturellement vêtus et nourris. Ceux dont les pères et mères sont encore en vie, ils leur assureront cent années de bonheur et de joie ; quant aux parents en ligne directe pendant sept générations qui sont déjà morts, ils naîtront parmi les devas; naissant spontanément par transformation, ils entreront dans l’éclat des fleurs célestes et recevront une joie illimitée. »

Alors le Buddha décréta que les religieux assemblés des dix régions commenceraient par donner aux maîtres de maison la formule du vœu pour les parents en ligne directe pendant sept générations, qu’ils pratiqueraient les pensées de samâdhi et qu’ensuite seulement ils recevraient la nourriture. D’abord quand ils auraient reçu la nourriture, ils commenceraient par la placer devant le stûpa du Buddha ; les religieux assemblés prononceraient la formule du vœu et concevraient les pensées de samâdhi, puis ils pourraient recevoir la nourriture.

Alors le bhiksu Maudgalyâyana et rassemblée des grands Bodhisattvas éprouvèrent tous une grande joie. Les gémissements, les larmes et les cris de Maudgalyâyana 'cessèrent en se dissipant; alors ce jour-là même, la mère de Maudgalyâyana obtint d’être délivrée des peines du monde des démons affamés.

Puis Maudgalyâyana dit encore au Buddha : « Le père et la mère qui m’ont enfanté, moi votre disciple, ont obtenu le bienfait de la puissance des mérites duTriratna, grâce à la puissance de la force divine des religieux assemblés. Mais s’il s’agit de tous les disciples à venir du Buddha, de ceux qui pratiqueront la piété filiale et l’obéissance, pourront-ils eux aussi ou ne pourront-ils pas, en s'acquittant comme il convient de cette cérémonie du vase d’avalambana, secourir et sauver leur père et leur mère actuels et leurs parents en ligne directe pendant sept générations? »

Le Buddha dit : « Elle est grandement excellente, cette question qui me réjouit, je voulais précisément vous parler de cela; écoutez donc de nouveau. O hommes excellents, s’il y a des bhiksus et des bhiksunîs, des rois de royaumes, des héritiers présomptifs, des fils de rois, des grands ministres, des conseillers, des dignitaires des trois grades les plus élevés, des fonctionnaires de tout rang et des gens du commun peuple qui pratiquent la piété et

l’affection filiales, il faut que tous, en faveur du père et de la mère encore en vie qui les ont mis au monde, et en faveur de leurs parents défunts en ligne directe pendant sept générations, le quinzième jour du septième mois, jour de joie pour le Buddha, jour où les religieux se livrent à la confession des fautes de chacun, placent dans le vase d’avalambana des boissons et des aliments de cent saveurs et les donnent, en faisant leurs prières et leurs vœux, aux religieux des dix régions qui se livrent à la confession des fautes de chacun ; ils feront ainsi que leur père et leur mère actuellement en vie jouiront d’une longévité de cent années sans avoir de maladies et sans souffrir d’aucune de toutes les douleurs, et que même leurs parents en ligne directe pendant sept générations seront délivrés des peines des démons affamés, pourront naître parmi les devas et les hommes et jouiront d’un bonheur sans limites. » Le Buddha dit à tous les hommes de bien et à toutes les femmes de bien : « S’il y a des disciples du Buddha qui pratiquent la piété filiale et l’obéissance, ils doivent conserver constamment dans leur pensée le souvenir de leur père et de leur mère et même de leurs parents en ligne directe pendant sept générations. Chaque année, le quinzième jour du septième mois, ils doivent toujours par piété filiale et par obéissance, par affection et par souvenir pour leur père et leur

mère qui les ont mis au monde et pour leurs parents en ligne directe pendant sept générations, faire en leur faveur l’offrande du vase d’avalambana au Buddha et aux religieux, afin de répondre au bienfait que leur ont rendu leur père et leur mère en les élevant et en les chérissant. Vous, tous les disciples du Buddha, il est nécessaire que vous observiez cette règle. »

Alors le bhiksu Maudgalyâyana et les disciples des quatre catégories, après avoir entendu ce qu’avait dit le Buddha, s’y conformèrent avec joie.

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