LE SAINT ENSEIGNEMENT D’A-LI-NIEN-MI
Autrefois, il y avait un roi nommé Kiu4ie\ dans son royaume était un arbre qui était appelé l’arbre sieoti-po-houan ; cet arbre avait une circonférence de cinq cent soixante li ; en bas, ses racines couvraient un espace de huit cent quarante li\ il était haut de quatre mille //; ses branches s’étendaient à deux mille li dans toutes les directions. Cet arbre avait cinq côtés : Le premier côté nourrissait de ses fruits le roi et ses femmes ; le second, tous les fonctionnaires ; le troisième, la foule du peuple; le quatrième, les religieux çramanas ; le cinquième, les oiseaux et les quadrupèdes. Les fruits de cet arbre étaient
gros comme une jarre d’une contenance de deux boisseaux; leur goût était doux comme le miel; il n’y avait personne pour les garder et cependant nul ne les volait. En ce temps, les hommes vivaient tous quatre-vingt-quatre mille années; ils n’avaient que neuf sortes de souffrances, à savoir : le froid, le chaud, la faim, la soif, le besoin urgent d’aller à la selle et celui d’uriner, les besoins sexuels, les indigestions et l’affaiblis- ' sement corporel résultant de la vieillesse : telles étaient les neuf souffrances qu’ils éprouvaient. Les femmes se mariaient à l’âge de cinq cents ans.
En ce temps, il y avait un maître de maison nommé A-li-nien-mi qui possédait des richesses incalculables. Â-li-nien-vti fit cette réflexion : « La vie est fort courte; il n’est point d’être vivant qui ne meure; les richesses ne sont pas une possession inhérente à la personne et souvent elles causent sa perte ; mieux vaut en faire des libéralités pour secourir les indigents. Quelque joie qu’on éprouve dans la gloire de ce monde, on ne peut la conserver longtemps ; le mieux est de renoncer à sa famille et d’abandonner la souillure, d’observer la pureté et de revêtir le kasâya pour devenir çramana. » Il se rendit donc dans une assemblée de sages pour y recevoir les défenses des çramanas ; les gens du commun qui virent A4i-nien-mi se faire çramana furent au nombre de plus de mille
hommes; en apprenant sa sainte conversion, tous s’aperçurent de l’impermanence : ce qui est prospère tombe aussitôt en décadence; rien n’existe qui ne périsse; seule la Loi mérite d’être honorée. Tous devinrent çramanas et suivirent ses enseignements. A-li-nien-mi expliquait les textes saints à ses disciples en leur disant :
« La vie humaine est fort brève; comme une lueur, elle est impermanente. Il faut renoncer à la vie présente pour ne s’occuper que des vies futures. Il n’est aucun être vivant qui ne meure; comment pourrait-on être éternel ? Ainsi donc, il faut supprimer les sentiments d’avarice et de convoitise et faire des largesses aux indigents, réprimer les passions, dominer les désirs et ne pas commettre les diverses fautes. Quand l’homme est dans le monde, sa vie s’écoule avec une extrême rapidité : la vie humaine est comparable à la rosée qui se dépose sur les herbes au matin et qui tombe en un instant; telle étant la vie humaine, comment pourrait-elle durer longtemps ? La vie humaine est comparable aux gouttes de pluie qui tombent dans l’eau; des bulles s’élèvent et crèvent aussitôt ; plus vite encore que ces bulles passe la vie. La vie humaine est comparable à la lueur de l’éclair qui s’éteint en un instant; plus promptement encore que l’éclair passe la vie. La vie humaine est comparable à l’acte de fendre l’eau avec un bâton ; dès que le bâton
est parti, l’eau se referme ; plus vite encore que cela passe la vie. La vie humaine est comparable à un peu de graisse qu’on passe dans une friture faite sur un feu ardent; en un instant elle est entièrement grillée; plus vite encore que ce peu dégraissé disparaît la vie. La vie humaine est comparable au fil qui traverse le métier à tisser; petit à petit, il en arrive à diminuer et à se terminer; c’est ainsi que jour et nuit diminue la vie; nombreuses y sont les souffrances et lourdes les peines; comment pourrait-elle durer longtemps ? La vie humaine est comparable à un bœuf qu’on traîne à la boucherie : à chaque pas que fait le bœuf, il se rapproche du lieu de sa mort; chaque jour est pour l’homme ce qu’un pas est pour le bœuf ; plus courte encore que cela est la durée de la vie. La vie humaine est comparable à un torrent qui descend de la montagne et qui jour et nuit se porte en avant avec impétuosité sans jamais s’arrêter ; plus vite encore que cela s’enfuit la vie humaine; jour et nuit, elle va vers la mort et s’en rapproche sans cesse. Quand l’homme est dans ce monde, il endure de grandes peines et a beaucoup de soucis. La vie humaine étant chose insaisissable, c’est pour cette raison qu’il faut se conformer à la vraie doctrine, observer les défenses prescrites et n’y porter aucune atteinte, faire des libéralités aux pauvres. Des hommes qui naissent dans ce monde il n’y en
a aucun qui ne doive mourir. » Tels étaient les enseignements qxx'A-li-nien-mi donnait à ses disciples.