‹ Contes et légendesChapitre 14 sur 30 · VENGEANCE CRUELLE · texte numérisé non relu

VENGEANCE CRUELLE

uv,

"Vous avez votre opinion la-dessus, moi j'ai la mienne ; inutile de prolonger la discussion."

"Vous m'avez contredit dans mes opinions les plus sacrées, et je me vengerai ." Ces quelques paroles s'échangeaient, un beau soir d'été, entre M. Bélan, riche cultivateur et M. Larancune, hôtelier, dans un village situé les bords du fleuve Saint- Laurent. La discus- tait

rée à propos de politique ; Oh ! la politique, mes enfants !

M. Bélan avait hâte de retourner chez lui ; il monta en voiture et partit au trot de ses magnifiques chevaux, les plus beaux des environs. S issurés qu'il n'avait

parcouru un arpent, qu'il oubliait la discussion qu'il venait d'avoir avec M. Larancune. Ce dernier, cependant, méchant homme, le fait était reconnu, n'oublia pas si vite, et on put l'entendre murmurer entre ces dent^ :

"Je me vengerai ! je me vengera:

Deux jours plus tard, M. Bélan dit mme :

uJe vais au vil) a irions et j'emmène

enfants]

Madame Bélan ne dit mot omenei

enfants ne lui - - trop ; cependant elle

savait que Bon mari aimait à se fa;: mpagnerd

:x enfants, elle céda. Elle fit leur toilette, leur mettant

dee nta chaude -quoiqu'on fût en •'•• —était-ce un

pressentiment ? • .

On partit II était sept heure* du soir. I.

chevaux atteléi à une belle voiture. On i

pitié. Ma ,'ii surtout, attirait l'attention c'était

deux enfanta nu Le siège avec Leur ;

Alain— c'était Vaine— avait six mis. On l'appelait généralement " Bébé," mais surtout depuis la naissance de la petite sœurrelte, on lui donnait plus souvent le prénon qu'il avait reçu au baptême. D'autant que ce nom peu banal était le nom de famille de sa grand' mère, et on y tenait.

Voici une longue parenthèse, mais c'est pour gagner du temps, parce que je sais que vous vous attendez à une description de notre petit héros, et les descriptions, ce n'est pas mon fort. Je me contenterai donc de faire le portrait d'Alain en quatre vers :

"Sa chevelure était d'or pur

Ses yeux avaient des tons d'azur,

Mais la douceur de son sourire,

Je renonce à vous la décrire."

Cécile ressemblait à son frère, autant qu'une tillette de deux ans peut ressembler à un garçonnet de six :

"Cette sœurette

Si migncnnelte

Vous eût charmé

Par sa beauté."

Soyez assurés que M. Bclan était fier des regards d'admiration qu'on jetait à ses enfants, qu'il appelait ses joyaux.

Les commissions étaient toutes faites— du moins c'était l'opinion de M. Bélan, mais, en consultant sa liste, il vit qu'il avait oublié quelque chose.

' ' Voyons, ' ' se dit-il, " il ne faut rien oublier : un gros pain, bien ! . . . deux livres de fromage, bien ! ... une dou-

aine do citrons, bien encore ; an jambon !.. Ali ! : j'allais oublier le jambon: c'est ma femme qui-

été contente! —Il me faut donc me rendre à l'antre extrémité du village pour faire cet achat. Il se fait tard, mais bab î . . ."

Alain et Cécile vous avez sommeil, n'est-ee pan tita?. . . Coucheï-vous dans le fond de la voi-

ture et je vais jeter cotte couverture sur vous ; voua porj rmir â l'aise el vous serez chaudement.

fauta ne tardèrent p indormir, en effet, *

a Inquiétude aucune M. Bélao franchit le seuil <; . Qui donc a déjà parle ; atiraents?... Cerl

1" l)oii papa u" pouvait paa prévoir où ni dans qu< conditions ils retrouverait ses chéi

Alain et Cécile donnaient à poings fermés. Ut purent donc pas , evoir une ombre Rapprocher, a »

précautions infinies, de la voiture. Cette ombre, à l'allure inquiète, jet ds inquisiteurs à di gauche. A i ette heure, il j peu de gens dans il rde et l'ombre put s'approcher tout pu i vue,

Si les rues du village avaient été mieux éclair mdant, on aurai .u dans cette ombre

lente personne de M. Larancune, l'hôtelier.

M. Larancune avait pn l il n'était

homme à manquer une si I méchant homme, Le méchant hon

faufila:

deui entants, le vilain un foi -*u*

chei } i a habiti vous en do

■! — une formidable volée. Von

Les chevaux partirent à fond de train et bientôt disparurent dans la campagne obscure.

Pauvres petits ! mais leur Ange-Gardien veillait !

Alain et Cécile furent éveillés par la choc de la voiture*

"Nous voilà arrivés^ dit le petit, Cécile éveille-toi."

— " J'ai faim." murmura la petite.

— "Moi aussi" répondit son frère, "les petits pains chauds et le chocolat que maman a préparés pour nous, ça va être bon, hein."

Se débarrassant de leur couverture, les enfants se préparèrent à mettre pied à terre.

"Apporte le fanal, papa ; il fait noir," cria Alain.

Mais il n'obtint pas de réponse, naturellement.

L'obscurité fait généralement peur aux petits, et même Alain ne se sentait pas à l'aise. Machinalement, sa main fureta sous le siège et rencontra le fanal et la petite boîte aux allumettes. Vite, tout en essayant de consoler sa petite sœur, qui pleurait à chaudes larmes, Alain alluma le fanal ; et quelle ne fut pas sa surprise en voyant qu'ils étaient en pleine forêt. Ce n'était donc pas un rêve qu'il avait fait tout-à-1' heure, les chevaux avaient pris le mords aux dents. Et maintenant, qu'allaient-ils faire?. . . Seraient-ils condamnés à passer plusieurs jours dans la sombre forêt ?

Les chevaux soufflaient bruyamment, ils renâclaient comme des bêtes effrayés et Alain, posant sa main sur la croupe de l'un d'eux, s'aperçut qu'il était trempé de sueur. A la lumière du fanal, il vit aussi qu'il était blanc d'écume.

Que faire ?. . . Cécile criait la faim, Alain se rappela qu'il y avait des provisions dans la voiture. Philoso-

phiquement, tout deux mangèrent et avalèrent un peu de jus de eitron pour apaiser leur soif. Sa faim apaisée, Cécile finit par se rendormir, ce que voyant, Alain détela les chevaux, les frotta avec une poignée d'herbe Bêche, les tit boire au ruisseau voisin, et ensuite, les mit en liberté.

Cela fait, Alain pris de sommeil à son tour, s'endormit profondément.

Les nuits sont courtes en juillet, il était à peine trois heures du matin, lorsque les enfants s'éveillèrent. Oécile pleurait la peur : " Ne pleure pas," lui dit Alain. *

— "J'ai peur, peur" sanglottait la petite, ''dans le bois il y a toujours des cuis, des-loups

— "Mais, non. mais, non", lui répondait Alain, qui lui non plus n'était pas rassuré ; u il n' y t n a plus deloups, ni d'ours. "

Une exclamation de Cécile l'interrompit: les bras tendus, transfigurée par la peur, dit' montrait à peu de distance, une bête, qui semblait énorme et qui, gambadant semblait se diriger de leur côté.

11 Un ours, un ours ! '*

La bête venait et venait vite. Sa langue pendante.

son énorme gueule entrouverte découvrait d'énormes d< : Les petits se sentirent perdu.-. En un tour de main Alain lit l:i couverture et B'en enveloppa avec sa petite sœur. Ils attendaient la mort.

vu

ne pouvait pas être bien long, ranimai eta.it

sur eux. Avec de sourd- :m nt-. il commençait à

enlever, à l'aide de Bes gp ifTes, d< - lambeaux de la i

tll!'

Les enfants ne pleuraient plus, Cécile avait perdu connaissance, et Alain faisait de son mieux pour ne pas crier.

Enfin, la couverture a cédé. Que va faire l'énorme bote ? . . . .

Sans doute, ce serait terrible mais quand on est mort on ne souffre plus.

Alain sent sur lui un soufile tiède, puis une langue qui lui lèche le visage. Ouvrant les yeux, il aperçoit la bonne tête ûa leur chien de garde " Tristan. " Le fidèle animal avait suivi leurs pistes, et c* est grâce à lui que M. Bélan put presser dans ses bras ses enfants bien-aimés.

Que devint le méchant homme Larancune?

Soupçonné, il fut obligé de quitter le village, personne ne voulant plus encourager son établissement.

Il alla probablement se faire pendre ailleurs.

ICp Uïanteau île la "Bm$f

Fuyant devant Ilerode, à travers la Jurî

La Vierge, dans ses bras, porte Jésus-Enfant.

L'horizon se noircit, annonçant une ond< Et de lointains éclairs zèbrent le firmament ;

Et voici que bientôt, on entend le tonnerre

Qui roule avec fracas : l'orage est déchaîné ! . . . Tous deux sont sans abri. La jeune et tendre m Pour protéger son Fils ne sait qu'imaginer, . . .

Et Marie, se hâtant, complètement dénoue Ses longs cheveux dorés pour abriter son Fils, Puis, sous un chêne ombreux, (pie Forage seco:: Marie et son Jésus sont bientôt endormis. . . .

La Vierge, en s' éveillant, se voit enrelop] Avec précaution d'un ample manteau bleu ; Dans ses replis soyeux, elle est toute draj Elle et son Bien-Aimé, le petit Enfant-Pieu '.

Vous l'avez deviné, c'était un don d( Four faire ce manteau d'un si doux coloris Si beau, bî somptueux, aux reflets d'or étran •lurent découper un coin du paradis !

(iïruel î&oHtrr

Sur un rosier en tleur?, Marie A jeté son long manteau bleu ; Dans cette berceuse ileurie, Elle dépose l'Enfant-Dieu.

La brise, sans nulle secousse, Imprime un faible mouvement A la berceuse souple et douce Où sommeille Jésus-Enfant :

Mais au bout de quelques secondes, L'Enfant s'éveille en gémissant. . . . La Vierge accourt : les boucles blondes De Jésus sont teintes de sang ! . . .

"Méchant rosier, aux fleurs si belles," Dit la Vierge de Nazareth, "Tes longues épines cruelles Ont blessé mon Enfantelet ! ''

CHEZ LES SIRÈN

"VCÎ

L*vJ

Page 1