‹ Contes et légendesChapitre 19 sur 30 · LA PERLE DE L'OCÉAN · texte numérisé non relu

LA PERLE DE L'OCÉAN

De loin, l'ile paraissait si belle, si riante, si attirante que dix petites fées, Bela-illet en tête, avaient décidé d'aller y établir leur campement. En vain, les ainées avaientelles essayé de les détourner de ce projet ; elles ] ai tirent un beau soir d'été, à bord d'une féerique embarcation, gaîment, sans pressentiment aucun :

— "Nous reviendrons, si nous ne sommes pas heureuses dans cette ile, dit Belœillet. Notre embarcation sera là. prête à nous ramener, en cas de besoin."

— " Revenez bientôt, dit une vieille fée, en branlant la tête tristement ; Pourquoi donc nous séparer, nous sommes heureuses ensemble."

— "Nous reviendrons, nous reviendrons," dirent en chœur les dix petites fées imprudentes et aventureuses. Et leur nacelle disparut dans l'obscurité.

Longtemps, longtemps, bien longtemps, Lefl féet au campement, purent entendre lefl voix de leurs oompagnefl causant entre elles ; puis, peu-à-peu, C6fi voix h perdirent dans l'éloignement. Le cour attristé, lefl abandonnées ne dormirent pas de la nuit. Les plua agi désolées et Inquiètes, ne cessèrent de murmurer : "Oh ! les imprudentes, les imprudentes ! "

L'Arrivée.

L'embarcation portant nos dix petite! aventurières glissa BUT lefl [lotfl bleus, Banfl BeOOUSSe. Toute la nuit dura

la navigation. Ce ne fut qu'à l'aurore qu'on accosta, enfin.

L'ile était belle et pittoresque, une véritable merveille ignorée : Très plate, l'ile n'avait que deux mille, de circonférence ; au milieu, s'élevait une petite colline, qui contenait des grottes superlu .-. l'n séjour digne dflfl

dieux. ... ou des fée?, enfin. Cependant, personne n'habitait là ; l'ile était déserte ; mais cette île déserte avait un nom et même une légende. Elle s'appelait l'Ile-aux- Requins. Ce nom avait peut-être donné à penser à plus d'un aventurier, qui aurait désiré y établir son campement. Mais, les petites fées ignoraient le nom et la légende, elles sautèrent joyeusement sur le rivage et se mirent à danser : c'était leur manière de prendre possession.

Excursions et découvertes.

— ' ' Nom nions notre ile, ' ' di t Belœillet. Cela fut fait sans tarder, on l'appela " La- Perle- de-1' Océan," puis, on fit une visite d'inspection. On escalada la colline et l'on découvrit quelques-unes des grottes. Il y en avait une pour chacune des petites fées. Comme ou serait bien là dedans pour dormir : de véritables alcôves. Quelle trouvaille que cette ile ! . . . Dans quelques jours, l'embarcation retournerait au campement et ramènerait toutes leurs compagnes. Habiter la terre ferme, c'était vraiment trop prosaïque, quand l'Océan offrait une semblable merveille !

On descendit à regret de la colline, il importait de mettre l'embarcation à l'abri. Elle fut solidement amarrée, dan3 une petite baie, qui semblait faite tout exprès, et sans plus d'inquiétude de ce côté, on décida que cette première journée se passerait en petites excursions et en flâneries de toutes sortes.

Les excursions, les causeries, les découvertes font passer le temps rapidement.

Cette journée s'écoula comme un beau rêve. On était en septembre ; à cette saison, les jours sont déjà courts, dans la région où se trouvait l'ile merveilleuse. Les fées reprirent la direction de la colline, et elles s'installèrent pour la nuit, bien assurées d'y dormir paisiblement jusqu'à l'aurore. Les fées, en certaines circonstances, ne connaissent pas l'avenir !

Nuit terrible.

Bientôt, le silence se fit dan6 la grotte ; les petites fées dormaient. Au dehors, une forte brise s'éleva, puis, cette brise devint une rafale. La mer battait le bas de la petite colline.

Belœillet et deux de ses compagnes. Bégonia et Tulipe, avaient choisi leurs grottes au rez-de-chaussé de la colline, disaient-elles, en riant. Belœillet, un peu inquiète, à cause de sa responsabilité, car c'était-elle qui avait entraîné ses compagnes sur cette [le, Belœillet ne pouvait s'endormir. Peut-être songeait-elle à ses compagnes restées là-bas. . . . Cette ile. . . . elle était bien pittoresque, bien riante, bien bulle, quand le soleil la dorait de ses rayons ; mais la nuit, lorsque souillait la rafale, c'était triste, infiniment triste ; même c'était effrayant, pensait Belœillet avec un vague remords. Tout-à-coup, elle tressaillit, une sueur d'angoisse la couvrit toute .... Elle venait de penser ù la marée, et constatait déjà que la mer montait, montait ; ragues effleuraient le rocher dans la fureur de la tempête déchaînée. L'ile n'était qu'un brisant .... Que faire ?. . . .

"Alerta! alerte!" cria Belœillet; "vite, Bégonia, Tulipe, sortons d'ici, allons rejoindre nos compagnes au plUI tôt."

Au moment où toutes trois allaient escalader le rocher une vague énorme passa tout près d'elles, et cette vague portait quelque chose de monstrueux.

— ihlh\ requin ! un requin," cria Bégonia. ... M Et, voyez donc, ils -ont làparoentain* Sots les apportant

cette colline ; nous mhhiucs perdues ! "

a osa orii de détresse, d'autres oris répondirent Toutes les petites fers, éveillées en lursaut, avaient vu etoompris

le péril. Billes SS mirent en frais de grimper la colline,

mais Y entreprise n'était pas facile : les vogues frappaient les rochers et les rendaient glissants et très difficiles à escalader. Cependant, les fées y parvinrent, après avoir risqué vingt fois leur vie, et du haut de la petite colline, elles purent voir passer des centaines de monstres, d'affreux requins, qui semblaient s'être donné rendez-vous autour de ce monticule .... Les petites fées, épouvantées les yeux agrandis d'horreur comprirent alors pourquoi cette île si belle semblait abandonnée des humains. Qu'il leur tardait de revoir le jour. Avec qu'elle hâte elles quitteraient cette île maudite ! . . .

Inutile de le dire, elles envièrent plus d'une fois, durant cette nuit, leurs compagnes plus sages, qui dormaient paisiblement là-bas, sur la terre ferme.

Une Surprise.

Aussitôt qu'il fit jour, les fées quittèrent la colline et se rendirent à l'endroit où elles avaient laissé Y embarcation. Une grande et terrible surprise les y attendait : l'embarcation avait disparu. . . . l'ouragan de la nuit avait brisé les amarres et emporté la barque. L'embarcation disparue, c'était pour les pauvres fées le rapatriement indéfiniment remis ; c'était une autre, et peut-être plusieurs autres nuits à passer sur cette ile dangereuse. A cette pensée, toutes ces folles aventureuses pâlirent. Ah ! comme elles regrettaient la sotte ambition qui les avait conduites en ce lieu. Découragées, elles allaient retourner sur leurs pas, lorsqu'une voix plaintive et lointaine soupira faiblement: 11 Au secours! "

Les fées virent alors, dans la baie qui avait servi de refuge à leur embarcation, une baleine, qui se tordait de douleur.

— " Aidez-moi," dit la baleine, u pansez cette plaie faite à mon côté par un affreux requin, par cette plaie, je perds tout mon sang; vite, vite, sauvez-moi."

Belœillet, s'étant approchée de la baleine, vit en effet, qu'elle perdait son sang a flots, par une blessure béante. Vite, on fit un pansement à l'aide de feuilles dont on connaissait les propriétés. La baleine soulagée remercia les petites fées, puis leur demanda : " Comment se fait-il que vous soyez sur cette ile si mal famée ? Ne savez- vous pas qu'elle s'appelle l' ile aux Requins?"

— ''Hélas! nous ne le savions pas, hier," dit l'une des fées .... tl Nous l'avons appris à nos dépens, et nous voudrions bien nous en aller d'ici."

On raconta à la baleine l'accident arrivé à l'embarcation .... La réponse de la baleine ne sembla pas très encourageante :

"Je suis bien fatiguée, je suis épuisée même par la perte de mon sang. . . . Laissez- moi me reposer, je veux dormir."

Les fées se retirèrent. En vain, essayèrent-elles de 96 distraire ; la pensée des horreurs de la précédente nuit ne pouvait les quitter.... "Si on pouvait construire un radeau?... liais qui saurait le diriger ?n La situation semblait sans espoir : fallait-il doue se résignera rester sur cette île aux Requins.

Réunion.

Vers les deux heures de l'après-midi, les f< ren-

dirent de nouveau à la baie ; elles pensaient à la pauvre baleine, qui leur avait pourtant paru un peu rude. allaient voir si elle n'avait pas besoin de leurs secours encore.

La baleine allait mieux, et ne semblait pas souffrir; elle accueuillit même gentiment SSS petites infirmières :

11 Je me sens bien, maintenant ; mes forces sont revenues, et je vous remercie de vos bons soins. Et maintenant, je ne veux pas rester en dette avec vous. Je suis laide et repoussante, mais je n'ai pas mauvais cœur ; vous n'avez pas hésité à me soigner, eh bien ! moi je vais vous servir de bateau.... Et nous serons quittes. " Les petites fées ne s'arrêtèrent pas à penser que les paroles de leur obligée trahissaient plus de fierté que de gratitude ; elles firent ce que leur indiqua l'arrogante baleine, qui les entassa sur son dos et les ramena au campement qu'elles jurèrent de ne jamais quitter.

La surprise des fées fut grande au campement, en voyant de quelle manière voyageaient les petites aventurières; mais après explications, on fit fête à la bonne baleine. On la combla de gentillesses et l'on décida qu'elle habiterait désormais une petite baie, tout près du campement des fées.

Un jour, la baleine disparut. ... On la pleura sincèrement. Mais lorsqu'elle reparut, plus tard, accompagnée de deux baleineaux, on fit à la mère et à ses petits un accueuil empressé. Ensuite on ne se quitta plus. Que de veillées les petites fées passèrent à écouter la baleine leur raconter ses ! étonnantes aventures ! Les petites fées sont heureuses ; mais dix d'entre elles pâlissent encore au souvenir de la terrible nuit qu'elles passèrent sur l'Ile aux Requins,

IGa lm (Emttmummt ne la ÏHerg?

Trois jours auparavant, la Très-Sainte Victime Pour nous racheter tous, sur la croix expirait. . . . Et, depuis, recherchant la solitude intime Du Cénacle, la Vierge incessamment pleurait.

Or, ce jour-là, Saint-Jean et la Vierge Marie Parlèrent, longuement de l'institution Du Pain Eucharistique. En son âme meurtrie Se réveilla l'espoir, la consolation :

Elle pourrait bientôt, quel bonheur indicible, Recevoir son Jésus dans son cœur ulcéré ! . . . Elle ne douta pas, rien n'étant impossible Au Rédempteur du Monde, à son Fils adoré :

Et le disciple Jean ouvrit le Tabernacle Avec un grand respect et sans mot prononcer, Puis voulut faire un pas. ... un invisible obstacle Doucement le retint, il ne put avancer. . . .

Et la Vierge à genoux vit une ombre mystique

Qui des mains de Saint- Jean prenait le Pain-Sacre.

Marie ayant reçu la Manne Eucharistique,

Cette ombre disparut dans un rayon pourpré. . . .

La Vierge tressaillit d'une Joie Ineffable, Car elle reconnut Bon Fils ressuscita Pour consoler le cœur de sa Bière adorable 11 était apparu dans toute sa buiut-

iC'Œmbrp bu (golnotija

Les bergers, avertis par l'Ange, Venant adorer l'Enfant- Dieu, Virent quelque chose d'étrange Et de douloureux dans ses yeux.

Dans son regard tendre et mystique Une ombre, constamment, flotta ; L'ombre infiniment dramatique De la Croix et du Golgotha.

Ses cheveux, aux tons d'ambre fine, Emmêlés artistiquement, Comme une auréole d'épines Nimbaient son front pur et charmant.

Il semble de toute évidence Que pour Jésus, le Roi des rois, A Bethléem déjà commence Le triste chemin de la Croix !

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