‹ Contes et légendesChapitre 20 sur 30 · EN JOUANT AU DÉSERT · texte numérisé non relu

EN JOUANT AU DÉSERT

Les enfants jouaient au désert. . . .Vous voulez .-avoir le nom de ces enfants ?.. .C'est juste. "Combien y en

avait-il?" "Où étaient-ils? ".. .Tenez, je répondfl à

toutes vos questions. Voici les noms et même les Ages des petits : Hélène, Annette, Jacques. Hélène était L'aînée elle avait sept ans. Annette en avait six, et Jacques, deux. Il n'étaient pas des patriarches, comme vous le voyez î . . . Tous Jtrois jouaient sur le bord d'un lac, le plus grand lac de la Province de Québec. Ils jouaient, non sur la grève. mais dans une chaloupe, qui paraissait solidement amarrée. Ils jouaient au désert, jeu intéressant. Si le jeu n'avait été si intéressant, les événements qui suivent n'auraient jamais eu lieu .... Mais n'anticipons pas.

Hélène allait au couvent, depuis près de six mois et on lui avait raconté qu'il y avait sur le globe terrestre des déserts. On lui avait parlé surtout du désert du Sahara, Il est en Afrique, ce désert, mes enfants. Je n'y suis jamais allé, et vous n'irez peut-être jamais non plus ; mais vous savez déjà, j'en suis certaine, qu'un désert est une grande étendue de sable, sans verdure, sans arbres, sans végétation, sans ruisseaux. Par-ci, par-là, il y a ce qu'on appelle des oasis, mesquines étendues de verdure, ombragées de quelques arbres. Dans ces oa.-is. il y a des puits avec de l'eau, et les voyageurs dans le désert, ont souvent trouvé le salut dans ces nu

Au désert, il y a aussi le simoun. Le simoun est un

vent brûlant, qui BOOlève défi DUaged «1»' DOOasièrC

à-dire de Bable. !-♦' simoun cause d'affreOJ r;; dee

oarayanea entières ont été englouties som les sabli -

Or pour jouer ail désert, on avait jet» dan.- If fond de la chaloupe einq ou six prllrtérs de sabir. Une poiffl * d'herbe figurait une OSjis, tout au bord de la chaloupe,

Deux petits chameaux, en bois, provenant d'une arche de Noé, deux chevaux et deux ânes, aussi en bois, étaient censés traverser le désert. On leur avait attaché un fil autour du cou et, ça marchait. . . .ça marchait assez mal, parce que le sable posé sur le fond rabotteux de la chaloupe, entravait les pattes des petits animaux de bois. Qu'importe, c'était très drôle et on s'amusait. Oh ! comme on s'amusait ! . . . .

Le petit Jacques tenait à la main une boîte en carton, contenant quelques poignées de frable : c'était la boîte à simoun, et à un moment déterminé, il devait jeter le contenu de la boîte sur les chameaux, qui se trouveraient enterrés. . . .vivants. Comme c'était amusant, ce jeu ; on jouerait encore, on jouerait tous les jours :

En ce moment, un chameau, très fatigué, sans doute, car il tombait souvent, se dirigeait vers l'oasis, c'est-à-dire vers la poignée d'herbe. Tous trois regardaient avec un intérêt palpitant. Hélène tirait sur le fil et le chameau allait atteindre l'oasis, quand Annette, que le jeu intéressait peut-être moins que les autres, fit entendre un " Oh ! " d'étonnement.

Chameaux, chevaux et ânes furent aussitôt abandonnés, car ayant levé la tête à l'exclamation de sa petite sœur, Hélène s'aperçut que la chaloupe était démarrée et qu'elle voguait en plein lac. Les enfants comprirent le danger. L'embarcation avait gagné le chenal et se trouvait, conséquement sur le chemin des gros bateaux. Si par malheur, ils en rencontraient un, c'en était fini d'eux.

Il était huit heures du soir, on était au mois d'août, et l'obscurité venait vite. Déjà, là-bas, tout là-bas, de l'autre côté du lac, on apercevait quelques lumières. Il ventait fort, et la moindre brise soulève d'énormes vagues sur ce lac. La chaloupe, vieille et depuis plusieurs années abandonnée, ne pourrait résister longtemps. Elle faisait eau en plusieurs endroits, et Hélène comprit tout de suite qu'ils

étaient perdus. Elle pensait à* ?on père, ïl ?a mère, qui allaient mourir de chagrin.

Le danger qu'elle avait redouté apparut bientôt inévitable : un gros bateau se destinait à" l'horizon, la petite voyait clairement ses feux tricolores, mais elle ne dit rien afin de ne pas effrayer Annette et Jacques. Quant à* ce dernier, il trouvait cela fort drôle cette promenade imprévue et riait avec la joyeuse inconscience du jeune . Pour Hélène, c'était bien différent ; elle se rendait compte de la situation et voyait avec épouvante approcher le bateau. " Crions, " dit-elle enfin. Et, de toutes ses foi elle appela au secours. Mais personne ne l'entendit .... et la chaloupe prise déjà dans les remous, taisait des bonds terrifiants. Bientôt, elle chavira et les enfants furent précipités à l'eau. Les anciens navigateurs canadiens prétendaient qu'en certains endroits le Lac Saint-Pierre n'a

de fond. Le bateau passa, et les flots se refermèrent sur les trois victimes

Sans doute, vous croyez que mon histoire est finie. Vous vous trompez ; tout ce qui précède n'est qu'un l prologue : Hélène, Annette et Jacques .tirent entrai-

au fond d'un abîme, puis, lorsqu'ils furent parvenus au plus profond du lac, ils fuient Baisis et déposés dans une grotte, où les soins les plus pressés leur furent donnés. Le lendemain, en sYveillant, ils virent qu'ils étaient tous trois couchés dans une belle chaloupe toute neuve, et que cette chaloupe, chose étrange, <'tait amarrée en face du chalet de leur père c'est-à-dire, où était, hier, la vielle chaloupe abandon i.

Leurs parents les avaient cherchés toute la nuit, en

- larmes. LeUI Balut est resté un mystère. V Hélène me l'a révélé, l'autre jour, et je vais vous le dire :

*• Qui donc s eu soin de vous, durant oette nuit terribl< Hélène a posé son doigt sur sa bourbe et m'a dit d'un ton

mystérieux : " O fut une belle sirèm

!Ca îjpgpttfo bit îBamipr

Qu'ilétaitbeau. l'Enfant, aux veux bleus de pervanche,

Couché parmi les lys et tenant tendrement

Dans sa petite main une colombe blanche,

Qui roucoulait tout bas son grand contentement

L'Enfant, c'était Jésus, Fils chéri de Marie,

Parmi les lys ainsi, toujours il se plaisait,

Et rien n'interrompait sa douce rêverie ;

Dans le calme et la paix, plus d'un jour se passait.

Un soir que l'Enfant-Dieu, selon son habitude, Couché parmi les lys, rêvait divinement, Arrive tout à coup, troublant sa solitude, Un jeune mendiant aux pauvres vêtements. Jésus leva sur lui son doux regard candide Et cueillant une fleur, il l'offrit au pauvret. Celui-ci refusa ; mais son geste cupide Indiqua la colombe au pur et blanc duvet. . . .

Jésus de Nazareth hésite une seconde N'osant lui confier son trésor précieux — On dit qu'il secoua même sa tête blonde, En signé de refus ferme et silencieux —

Mais, bientôt, cependant, des larmes repentantes

Inondèrent ses yeux. . . . Doucement, sans parler, Dans les mains de l'intrus, sales et rebutant»-. Il déposa l'oiseau d'un blanc immaculé.

Aussitôt, l'étranger, comme pris de délire,

Par la tête saisit L'être ailé si mignon .... Et le divin Enfant, ^'arrêtant de sourire,

Tente de ressaisi]- son p< tit compagnon ....

Le cruel mendiant pOUSM JésUS «pli tombe

Paie il tire aussitôt un Instrument tranchant,

Dont il coupe le CDU de la blanche Colombe, Tandis qu'il fait entendre un gTOfl rire ineehant.

Lorsqu'il eut consommé son acte de folie,

Le mendiant s'enfuit, pris de honte, et laissant

Le corps de la colombe et sa tête jolie

Aux pieds de F Enfant- Dieu, tout cou verts de leur sang.

Se penchant, Jésus prit la tête inanimée

Et le corps qu'il sentit palpiter sous sa main.

Lui-même tressaillit, quand la colombe aimée

En l'implorant, sembla le regarder soudain.

On entendit bientôt un lent battement d'ailes, Qu'accompagnait tout bas un doux roucoulement, Le blanc duvet soudain se piqua d'étincelles Que le soleil couchant dorait discrètement. Dans la main de Jésus la colombe repose ; Mais autour de son cou d'un blanc éblouissant, On vit se dessiner, douce métamorphose, Un collier éclatant du plus pur ronge-sang.

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