LA CAPTIVE
Depuis qu'un étranger avait passé quelques jours dang sa grotte, au fond de la mer, la sirène Ondinette n'était plus la même ; de gaie, elle était devenue morose ; pourquoi ? . . . .
Cet étranger, c'était un vieillard, victime d'un nauffrage. Le trois-mâts, à bord duquel il voyageait, ayant donné contre une banquise, tous les passagers avaient péri. Ce vieillard fut sauvé par la sirène Ondinette, mais il ne vécut que quelques jours. . . Durant cet espace de ter: cependant, que de choses extraordinaires il avait racontées à la petite sirène .... Il lui avait dit qu'il y avait un monde où le soleil brillait avec éclat ; il y avait dans ce monde de vastes prairies, vertes comme l'émeraude, l'été, et couleur d'or pale, l'automne. Il y avait aussi des jardins remplis de fleurs de toutes nuances, roses, rouges, jaunes. . . On appelait ces vertes prairies la campagne. . . Il y avait des villes où les bâtiments étaient tellement hauts que leurs dômes se perdaient dans les nuages. . . . Que de choses encore ce vieillard avaient racontées à Ondinette. Elle ne se serait jamais imaginé que de telles merveilles
t aient.
Sans doute, vous comprenez la raison de la trist< et du changement de la sirène ; elle voulait voir toutechoses merveilleuses. Elle les verrait, et avant longtemps elle Payait décidé.
L'occasion se présenta bientôt, et Ondinette voulut
en profiter. Il lui en coûtait, Bans doute, de partir ainsi en déserteuse, el sans dire adieu à B6S amies, mais elle ne
it absente que quelques heure.--, et son absence ne serait pas remarquée.
Nageant en toute bâte, la sirène eut vite parcouru une
-ne distança, et comme elle avait quitl
oura de L'après-midi, Le soleil déclinait à L'horl
lorsqu'elle atterrit Enfin, enfin, Ondinette était heureuse elle allait voir ces choses admirables dont l'étranger lui avait parlé 1
Voici, en effet, ces prairies si vertes, ces arbres magnifiques, ces fleurs variées si jolies ; cela, sans doute, c'est la campagne. . . . Les villes avec des dômes si hauts qu'ils touchent aux nuages, ça doit être plus loin, se disait la petite aventureuse. Quelle paix, quelle tranquillité !
Ce calme heureux qui ravissait Ondinette fat bientôt troublé par un bruit de roues sur la route. De temps à autre, une exclamation se faisait entendre : une voix enrouée criait : "Hue, donc Cocotte " et une voiture approchait, c'était une voiture de saltimbanques, couverte d'une bâche de toile blanche et servant de demeure à toute une famille de nomades. On causait à haute voix dans la voiture :
' ' Entends-tu, femme, tu feras ces exercices sur le fil de fer, comme je te le commande ", disait une voix rauque et enrouée; "Il faadra aussi trouver quelque chose de nouveau pour nos représentations, car l'avaleur de sabres et la dompteuse de serpents ne semblent plu? intéresser le public.
— "Je ferai tout ce que tu commanderas ", répondait une voix timide.
— "Je crois bien, tonnerre," reprit la voix rude; " j'entends être obéi. D'ailleurs le pain va manquer bien, tôt, à ce train. A la dernière foire, nous n'avions que très peu de spectateurs."
" Ne pourrait-on pas inventer quelque chose de nouveau, qui attirerait la foule?" hazarda la femme, "cherchons, veux-tu?"
— " Cherche toi-même et laisse-moi la paix. Nos représentations sont usées, et avant-longtemps il ne nous restera qu'à mourir de faim."
Ondinette, ravie du specti i nouveau pour elle, ouvait détacher ses yeux du paysage Le vieillard
ne l'avait pas trompée ; tout cela était bien beau, bien
beau. Que de choses elle aurait à raconter à urs, au
retour, demain. Les sirènes auraient peine à la croire,
ans doute, elles se sentiraient elles aussi, aiguillom
du désir de voir tout cela Ondinette se demandait si
on s'était aperçu de son absence Non, sans doute ; son
absence serait si courte ; demain, elle retournerait auprès de ses ami
Les pensées d1 Ondinette furent interrompues d'une brusque façon : une large seine aux mailles résistantes, vint l'envelopper toute, tandis que la voix rude s'écriait : " La voilà l'attraction que nous voulions ; c'est une sirène, une vraie. ' '
Ondinette comprit qu'on venait de la faire prisonnière. . . . En vain e.-saya-t-elle de se dégager des mailles qui la tenaient captive. . . . C'en était fait, on l'avait prise comme un vil poisson. . . . Qu'allait-elle devenir?
Elle le sut bientôt. On apporta une grande caisse 60 verre, cette caisse fut remplie d'eau .... et dans cette eau, Ondinette, malgré ses résistances, fut jetée, Et la voiture reprit sa rout
[Il
Dès le Lendemain, Ondinette comprit ce qu'on atten*
dait d'elle . . Une foule immense se | :' au tour d'une
tente, au milieu de laquelle on avait installé la
verre ";; elle était enfermée. L'homme à la voix rauque
d< bitait un boniment qu'il rép< tait et r< pétait, i'
ment était ac roulenu nta d'un tambour, sur
lequel La ft mme du Baltimbanque tapait a luuk une sourde,