UN DRAME DANS L'AIR
L'Alerte
— u L'avez- vous vu?. . . l'avez- vous vu?. . . . Il planait au-dessus d'ici il n'y a qu'un instant î . . . . "
— " Je l'ai vu, hier ; il ebt énorme . . . . "
— "Ils sont deux; je les ai aperçus v quatre
heures, ce matin."
— "Moi, je tiens mon fusil prêt et chargé; si l'un d'eux s'aventure trop près d'ici, bang, bang !"
— ''De quoi s'agit-il donc?" demanda un étranger,
"d'un aéroplane, Bang doute?"
— "Non, monsieur, répond l'un des interpella un couple d'aigles, dont nous non- rions bien I"
En effet, depuis quelques jours, deux aigles jetaient la terreur dans le paisible village de Y. Ces 'nies plannaient à une hauteur vertigineuse ; cependant, ils descendaient à terre aussi, car on avait à déplorer la perU plusieurs poules et de poulets, et môme de dindons, dont
la disparition coïncidait avec l'apparition d(
habitants de l'air. Les histoires les plus fantastiques couraient dans le village, au point que les mères de familles affolées, déft odaienl à leurs enfants d<- sortir. Maienfant-, à qui on avait essayé de faire comprendre le danger, n'y voyaient rien de bien grave et redoutaient bien plus le Bonhomme Sept-Heures, qu'un couple d'à
L'alerte dura bien deux semaines, pui les
aigles ne se montraient plus qu'à d s, la
surveillance des mères, bc relâcha quelque peu. Madame
du Moulin, surtout, ne fut pas tâchée, quand l'alerte fut
calmée ; elle avait une nombreuse famille, et une Burveil-
ance constante n'était pas pour elle une sinécure. Cependant, les deux plus jeunes de la famille, Françoise et Marguerite, avaient l'ordre de ne pas sortir du jardin, Madame du Moulin avait l'air de croire que les oiseaux de proie n'oseraient pas s'aventurer dans le jardin.
Françoise et Marguerite étaient de fort belles petites : Françoise avait quatre ans, Marguerite deux ans. La brune Françoise avec ses grands yeux pleins d'intelligence et ses longs cheveux bouclés était à croquer :
— "Comment te nommes-tu?" lui demandai- je un jour!"
— "F'ançoise", me répondit-elle, gravement.
— "François?..." fis-je en prenant un air surpris, "tu es donc un petit garçon?"
— ''F'ançoise, F'ançoise!" cria-t-eile, en frappant le plancher de son pied mignon.
Marguerite avait les cheveux châtains, les yeux bleus, le teint blanc et pâle ; elle faisait pensera une belle poupée.
Un soir de juillet, donc, Françoise et Marguerite se conformant aux ordres maternels, jouaient dans le jardin. Elles avaient des marguerites à profusion et elles s'amusaient à les lier ensemble pour en former des couronnes et des colliers. La maman, assise non loin .d'elles, était occupée à quelqu'ouvrage de couture. Sur l'herbe, tout près des enfants, la petite chatte blanche, Boule de Neige, assise gravement, jouait avec les marguerites qu'elle trouvait à sa portée. Quelquefois, la patte veloutée enlevait une fleur de la main de Françoise ou de Marguerite, ce qui provoquait un éclat de rire joyeux. Ces^éclats de rire troublaient seuls le silence de la campagne.
— "Tiens," se dit tout-à-coup, madame Dumoulin, "j'ai encore oublié mes ciseaux." Elle entra dans la
maison, à la recherche de cet objet indispensable ; mais, à peine eût-elle franchi le seuil, que deux cris perçants retentirent :
— u Maman ! maman !" . . . Puis, ces cris cessèrent aussitôt, comme étouffés tout-à-coup. Madame Dumoulin revint en toute hâte sur ses pas: "Qu'y a-t-il, mes chéries?" demanda-t-elle.
Nulle réponse ne lui parvint ; même las petites étaient disparues, et, levant instinctivement la tête, la pauvre mère vit, s'enfuyant à tire d'aile, un couple d'aigles énori: et ces aigles tenaient dans leurs serres les corps inconscients de Françoise et de Marguerite.
Madame Dumoulin s'évanouit en nommant une dernière fois ses enfant
Quand on retrouva la pauvre femme, elle avait la tète enfouie dans une masse de marguerites, celles que enfants avaient tressées avant de disparaître.
La vie dans l'Air.
Ainsi que leur pauvre maman, Françoise et Marguerite avaient perdu connaissance. Les aigles, tenant les i»» : bien serrées dans Leurs terribles Berres, parcoururent des centaines de milles. . . . Allaient-ils voler ainsi éternellement, ou du moine jusqu'à épuisement ... . Non, w
vous là-baB, eette liante montagne où se détache un pi
forme de cheminée et d'une hauteur de mille pieds au
moins, c'est là qu'est l'aire d Et ce fut au
sommet de cette cheminée que furent d pi tites.
Françoise et Marguerite revenant de leur évanouiment, s'endormirent. Lorsqu'elle ilh'rent il faisait
grand jour ; et c'est alors seulement 411' < lient où les
aigles les avaient déposées. Pauvres petites ! . . . Elles pleurèrent longtemps Puis Françoise examina l'endroit où elles se trouvaient et comprit qu'il était impossible d'essayer même de quitter ce rocher à pic et glissant comme un miroir. Il fallait se résigner !
Eiles trouvèrent quelques plantes qu'elles mâchèrent pour appaiser leur faim, et elles burent d'une eau limpide suintant des rochers. Quelle fut longue et pénible cette première journée sur ce rocher ! . . . Comme le soleil descendait à l'horizon, les aigles revinrent. Les petites, prises de frayeur, se tassèrent Tune contre l'autre. Vaine frayeur ! . . . Les aigles semblaient contents de les revoir, et cette fois, ils apportaient de quoi les nourrir.
Tous les matins, les oiseaux partaient pour ne revenir que le soir.
Et, le croirez-vous que Françoise et Marguerite trouvaient les heures longues en leur absence?. . . Cela était, cependant, car les oiseaux prenaient bien soin d'elles et toutes les nuits, leurs corps duvetés servaient d'oreiller aux petites.
Un matin, le père aigle partit seul. La mère aigle resta sur son nid et, au bout de quelques semaines, quand elle se leva enfin, il y avait dans le nid, les deux plus beaux aiglons qu'on puisse imaginer. Françoise et Marguerite étaient folles de joie ; ces aiglons seraient leurs compagnons désormais .... Si elles n'avaient eu à l'esprit le souvenir constant de leur papa, de leur maman, de leurs frères et sœurs laissés là-bas, nos petites auraient été heureuses.
Une Grande Joie
Françoise et Marguerite, les aigles et les aiglons faisaient déjà bon ménage. Les aiglons commençaient à connaître leurs petites amies, ils se perchaient sur leurs
épaules et mangeaient dans leurs mains. Lee distractions étant rares sur le rocher, celle-ci en valait bien une autre.
La mère aigle avait recommencé ses excursions ; les enfants étaient bien seules toute la journée ; elles étaient devenues raisonnables, les pauvres petites, extrêmement raisonnables : cependant elles maigrissaient à vue d'oeil et leur gaîté naturelle disparaissait de jour en jour. Toute? deux parlaient souvent de ceux à qui elles avaient été enlevées si brusquement. u Pauvre papa ! pauvre maman ! " disait Françoise, en essuyant ses larmes.
— u Pauvre tout le monde ! " balbutiait Marguerite.
— "Pauvres petits frères, pauvres petites sœurs !
Et Boule de Neige ?"
Personne n'était oublié dans le chagrin des petites en détresse.
Les aigles semblaient s'apercevoir de la tristesse grandissante des enfants : on eût dit que cette tristesse de leurs protégées les attristait aussi .
Un matin donc, ils partirent, comme d'habitude, mais non sans avoir eu une longue conversation ensemble, conversation que les enfants ne purent pas comprendre. Cette journée sembla interminable ; il pleuvait et, sans abri sur ce rocher, les petites, gâtées chez elles, souffraient dans tain habita humides. Combien elles désiraient le retour dei oiseaux ! Qu'il ferait bon de se himor auprèfl d'eux pour se réchauffer un peu ! . . . . Heureusement, la pluie cessa, dans le cours de l'après-midi, puis avec le soleil chaud et radieux, la gaîté- revint aux petites, Kilos se mirent à" examiner l'horizon : bientôt on verrait apparaître les oiseaux de proie. . . . Oui, Us voilà .... Ils sont loin encore, mais ce sont eux. ... Ils approchent. ... on peut voir que l'un d'eux tient quelque chose dans ses serres. . . . un être vivant qui s'agite.
Le père aigle arrive le premier et, écartant ses setres, il laisse tomber sa proie, qui roule auprès des enfants. Un cri de surprise et de joie retentit : " Boule de Neige ! C'est Boule de Neige !"
C'était Boule de Neige, en effet. Les aigles l'avait enlevé, afin de procurer une joie aux enfants. Ils ne furent pas désappointés, car Françoise et Marguerite étaient littéralement folles de joie : elles caressaient Boule de Neige qui faisait le gros dos, en se frôlant contre elles ; puis ensuite, elles entouraient de leurs bras le cou de l'aigle, qui montrait son contentement en battant de l'aile.
A partir de ce jour, Françoise et Marguerite retrouvèrent un peu leur gaîté. Puisqu'elles étaient destinées à habiter cette aire, la vie y serait endurable, après tout : les aigles les comblaient de bontés, les aiglons les aimaient, puis, Boule de Neige ! . . . On pouvait lui parler à elle, elle comprenait si bien ....
Si le papa et la maman qui pleuraient là- bas, eussent
été doués de seconde vue peut-être auraient-ils été moins
malheureux.
Délivrance Si la belle saison avait toujours duré, peut-être Fran. çoise et Marguerite — elles étaient si jeunes — se sei aient-elles contentées, et pour toujours, de ce genre de vie ; mais " l'automne aux tristes jours" arriva enfin, et la vie dans l'aire devint insupportable. Elles gelaient, les pauvres petites, sur ce rocher désert. Elles ne savaient que faire pour se réchauffer un peu.
"J'ai froid," pleurait Marguerite.... et Françoise, un bébé, elle aussi, Françoise ne savait qu'imaginer pour réchauffer sa petite sœur . . . . Elles se serraient l'une contre l'autre, Boule de Neige se couchait sur leurs genoux, et les aiglons, perchés sur leurs épaules semblaient vouloir
aussi les protéger. Mais môme les corps duvetés des aiglons semblaient moins moelleux et moins chauds depuis qu'il faisait ce froid glacial. Françoise comprit qu'elles allaient mourir. . . . Comment n'avait-elle pas songé à cela?. . . Pauvre petite Marguerite, elle mourrait la première ; elle était si mignonne, elle ne pourrait pas supporter longtemps cette température.
Un matin, aussitôt après le départ des aigles, il tomba une neige fine, qui transperça les petites jusqu'aux os. Marguerite pleurait et Françoise avalait ses larmes ....
li Je sais ce que je vais faire," pensa Françoise. Puis se mettant à genoux, elle fit un grand signe de croix et dit:" Petit Jésus, venez chercher Marguerite et Françoise. . . . Boule de Neige aussi."
Sa prière terminée, elle s'assit auprès de sa sœurrette et attendit. Le petit Jésus, sa maman le lui avait dit, écoutait toujours la prière des enfants.
Marguerite dormait profondément — elle était probablement engourdie par le froid — quand Françoise l'éveilla.
— " Regarde donc, là-bas, n'est-ce pas l'aigle qui revient déjà? "
— u Non, c'est bien plus gros que l'aigle," répondit Marguerite en secouant la tête. "
— "Je sais ce que c'est; c'est un aéroplane," cria Françoise ; " Oh ! s'il pouvait nous voir ! . . . "
Les petites se mirent à crier, à appeler de toutes leurs forces, niais sans doute, on ne les entendit pas. Pourtant, on les vit, car bientôt, la maohini -ta le rOCJK r.
Vous devine/. BJ le BatLVetage se lit vite. . . . On embarqua Françoise et Marguerite : B raie de Neige sauta à
bord sans invitation ni cérémonie. L'aéroplane M remit
en marche.... Mais les aiglom B6 voyant abandoni.
arrivèrent à tire d'ailes et vinrent se percher sur les épaulée des petites filles. En vain, l'aviateur voulut-il les chasser : les aiglons s'obstinèrent à ne pas s'en aller.
Comme il avait bien autre chose à faire, il ne s'occupa plus d'eux.
L'aéroplane arriva enfin au village de Y ; une foule nombreuse accourut lorsqu'on le vit atterrir. Parmi la foule se trouvait M. Dumoulin. Il faillit mourir de joie en revoyant ses enfants. Malgré les précautions qu'on prit pour annoncer la bonne nouvelle à madame Dumoulin, son bonheur fut si grand, qu'elle en fut bien malade. Heureusement, le bonheur ne fait pas mourir.
Françoise et Marguerite sont les héroïnes du village, depuis cette extraordinaire aventure.
Boule de Neige semble contente d'avoir retrouvé sa place auprès du feu et sa part de lait chaud.
Les aiglons sont devenus tout-à-fait de la famille. Ils sont si gentils que tout le monde les aime.
Quelquefois, Françoise pleure en cachette ; c'est qu'elle pense aux aigles qui ont été si bons pour elle. Françoise n'aime pas à se représenter la peine des aigles, à leur retour, en trouvant leur nid vide. Comme la pauvre mère a du chercher ses petits !
On parlera longtemps, dans le village, de cette extraordinaire aventure ; elle en vaut bien la peine.
ÏGe veut a? l'lutfant-Bitti
L' Enfant-Dieu pleure dans son rêve, Il se plaint tout bas, il gérait ; Et la Vierge-Mère se lève, Etreignant son fils endormi
-t, dans son rêve, le Maître Que vient de livrer sans remords, Judas, infâme, avare, traître, Pour quelques viles pièces d'or ;
Il voit la route du Calvaire, Il y marche péniblement, Le peuple est là qui vocifère,
La foule augmente à chaque instant
Soudain, les doux yeux où réside Tant de douleur s'ouvrent bien grands, Car devant son regard candide Passent deux tableaux différents :
L'un c'est la Vierge sans souillui Blanche de la blancheur du lys, Belle et plue que cette Heur pure C'est un tableau vraiment exquis !
Puis, Jésus voit la Repentie
îant des parfums et des pleurs
divins. . . . Convertie, prend part a ses douleurs.
Quittant ces visions Lointain
Jésn Me doucement :
11 M. n ■' .lit-il.. . . puia : " Madeleine"
Et bc m ndort on Bouriant