‹ Contes et légendesChapitre 25 sur 30 · LE LOUP-BLANC · texte numérisé non relu

LE LOUP-BLANC

Au sommet d'une verte colline, douze petites bergère étaient réunies. C'était là que, chaque soir, elles se rencontraient. On discutait les événements du jour, puis on se séparait et chacune regagnait son foyer. Elles étaient bien gentilles les petites bergères, dont l'aînée n'avait pafl encore quinze ans. Ce soir là, au lieu de la gaîté habituelle, une tristesse profonde se lisait sur tous les visages, au rendez- vous journalier. Cette tristesse était accompagnée d'un autre sentiment : celui de la crainte. Prêtons l'oreille aux propos qui s'échangent, et nous comprendrons la cause de cette crainte.

"Impossible d'en douter," disait Yvonne, la bergère qui avait, comme on dit au village, la parole en bouche ; 11 le petit a disparu, et on n'en a plus retrouvé de trace. La Mathurin s'arrache les cheveux de désespoir ; elle se reproche d'avoir risqué la vie de son enfant en l'obligeant de traverser la forêt après le soleil couché .... Le petit a sûrement rencontré le Loup-Blanc. ''

— H Alors, reprit Marie," il y a danger réel pour nous et pour nos brebis?"

— u Certes, oui, et Dieu nous préserve de le rencontrer jamais, ce Loup-Blanc, qui jette la terreur partout où il passe!... Heureusement) nous voila toutes à L'appel

encore une fois, ce soir, et. . . ."

— " Mais," s'écria Gertrude, "je ne vois pas Marie- Alice; où donc est-elle?"

— "C'est vrai, Marie-Aliee manque. Appeions-l;\ de toutes nos forces ! "

— " Cohée ! Cohée ! . . . Collée ! . . . " appelèrent les bergères en clueur ; niais l'éoho seul leur répondit,

— "Nous allons attendre ici jusqu'à l' Angélus," dit Yvonne; " suremeut Marie- Alice ne saurait tarder plus longtemps."

— " Mais le Loup-Blanc?. ... Le Loup-Blanc?. . . . si Marie- Alice le rencontre. ..." Et toutes pâlirent.

— " Si vous voulez," reprit Yvonne, pour passer le temps, et pour oublier notre frayeur, je vais vous raconter la légende du Loup-Blanc. Pour ma part, depuis que je la sais, cette petite légende, le terrible Loup-Blanc m'effraye un peu moins.

— ', Oui ! oui, la légende," s'écrièrent elles ensemble.

— "Eh ! bien, la voici:"

11 On nous assure et l'on professe Que le si terrible Loup-Blanc Fut autrefois une princesse, Même une princesse de sang ! . . .

Mais une vilaine sorcière Vit passer la charmante enfant, Et, dans un geste de colère, En fit un terrible Loup-Blanc ; On dit aussi — c'est la légende — Que, craignant le courroux des rois, Elle dit que sur leur demande, L'Altesse reprendrait ses droits :

Or, nous avons cette promesse Que l'épouvantable Loup-Blanc Doit redevenir Son Altesse, Un jour que j'ignore vraiment."

1 ( Et voilà, ' ' conclut Yvonne " Mais Marie- Alice

ne revient toujours pas ; qu' allons-nous faire?. . ."

— "Il faut partir," dit Marie, qui tremblait de peur. La nuit vient vite en septembre, et j'ai peur, peur ! "

— 4 c Partons, partons' ' reprirent les autres en chœur ; 1 ' nous ne pouvons pas rester plus longtemps .... Pauvre Marie- Alice ! . , ,"

— "Dieu protège Marie-Alice, la bergère," dit pieusement Yvonne.

— " Dieu protège notre chère compagne," répondirent les autres toutes ensemble, en inclinant respectueusement la tête.

Puis, bien tristement, elles regagnèrent chacune sa demeure.

Qu'était devenue Marie-Alice, la bergère?. . .

Au moment où ses compagnes déploraient son sort, Marie- Alice dormait profondément, en pleine forêt. La journée avait été d'une chaleur accablante ; mais, vers les cinq heures du soir, une brise fraîche s'était élevée. Marie- Alice, épuisée de fatigue, appesantie par la chaleur, s'était assise sur l'herbe et, la tête appuyée contre un rocher, imprudemment, très imprudemment, elle s'était endormie.

— Pauvre petite ; elle n'avait que neuf ans, et ne pesai t pas toujours ses actions. — Et, tandis qu'elle dormait, une vingtaine de mignonnes fées, vinrent danser en rond autour d'elle. Ces petites fées tout en dansant, chantaient, et leurs chants ne contenaient que les souhaits Les plus choisis pour la bergère endormie.

Si les fées n'avaient pas été si occupées I danser, ou

bien si Marie-Alice n'avait pas été plongée dans le sommeil,

elles auraient pu voir à Thorison poindre un objet tout

noir. Cet objet, cette cho semblait à une affreuse ohauve-souris. Ce ne fut que Lorsqu'elle arriva tout près

des petite- que 0elle8-d virent qu'il s'i I d'une

vieille Borcière, à cheval sur un balai.

— " 11« ! . . . Hé ! . . . vous danse/., et vous ne m'invitez pas."

Marie-Alice.- ( Veilla en lUlMUt

— ïôo —

— u Et toi, Marie- Alice la bergère, je te liais parce que tu es belle et aimée de tous. Les souhaits et les dons des fées ne te serviront de rien ; je suis la Sorcière Ripopette, et je te le prédis, Marie-Alice la bergère, le Loup-Blanc rode autour d'ici ; tu le rencontreras bientôt, et il te mangera."

Et, ayant dit ces méchantes paroles, la vilaine sorcière enfourcha son balai crasseux et s'enfuit dans la nuit.

— ' ' Ecoute, dit l' une des fées, qui s'appelait Belœillet, nous ne pouvons rester ici; mais je te fais cadeau de ma baguette : Puisse-t-elle te servir."

Puis, la bonne fée disparut, laissant Marie- Alice en face d'un danger presqu' imminent.

L'enfant pourtant, ne manquait pas de courage. Elle essaya de s'orienter et, ayant trouvé le bon chemin, elle se dirigea vers la verte colline, rendez-vous habituel des ber gères. La petite allait d'un pas pressé, se servant de sa houlette en guise de cane et portant, passé à son bras, un panier en osier, contenant les restes de son repas du midi.

Ah ! voilà enfin la verte colline ; dans un instant Marie- Alice l'aura atteinte. L'espérance fait qu'elle redouble le pas quel bonheur de revoir ses petites compagnes, qui ont du être si inquiètes d'elle.

Tout-à-coup, une bête énorme et toute blanche se dresse devant elle. C'est le terrible Loup-Blanc:... Marie- Alice se sent perdue ....

— "Hé ! . . . hé !.. . ricane le loup, en montrant ses longues dents jaunes, hé !.. . hé ! . . .c'est la jolie bergère

Marie- Alice Hé ! ... hé !.. . quel bon souper je vais

faire ....

— "0, monsieur le Loup, je vous en prie, ne me mangez pa3 .... je ne suis pas méchante .... Monsieur le Loup, laissez-moi passer!. . ."

— "Hé!... Hé!... le petit de la Mathurin n'était pas un méchant petit garçon, non plus, et jYn ai fait mon dîner. Allons, hop, là; pas de résistance.... Mais d'abord, voyons ce qu'il y a dans ce panier. ..."

— u C'est le reste de mon dîner, monsieur le Loup, je

vais vous le donner."

— " Je vais manger le contenu de ce panier.... ensuite,

je te croquerai ! . . . Quel bon dessert, hein ! . . . la

jolie petite bergère . . . . "

Le loup saisit le panier et se mit à en dévorer le contenu.... Marie-Alice voyant le Loup occupé, s'enfuit à toutes jambes vers la forêt :

— " Je suis sauvée," se dit l'enfant ; " je n'ai jamais vu la mort de si près.'1

Et toujours courant, elle parcourut une longue distance. Hors d'haleine, elle s'arrêta, enfin, pour se rej m - r un peu.

— "Je dois être bien loin de la colline," g i dit-elle, cette Lumière <ju<' je vois là-bas, ça doit être notre ham< au ; je vais me rendre de ce côU

Il y avait trois petits sentiers ; Ma rie- Alice ch< celui de droite— choix fatal — et, Bans s'en t\ >ir, re-

broussa ohemin, Etant bien fatiguée, Marie-Alice marchait lea yeux mi-clos. Elle se heurta contre un obstacle, et

ouvrant les yeux, elle s'aprr-.ut que c'était . . , , le Loup-

Blano,

— "Hé !. . . Hé!. . . tu m'as joué un vilain tour, hein ! la bergère ; mais tu aurais besoin de quelques leçons, pour lutter de finesse avec le Loup-Blanc. A présent, ma petite, ta dernière heure est arrivée "

— " 0, monsieur le Loup, — rien ne saurait-il vous attendrir?. .."

^" Ah ! . . . ah !.. . ah !.. . attendrir le Loup-Blanc naïve bergère, va ... . ah !.. . ah ! . . . ' '

— "Laissez-moi, au moins, dire une prière avant de

mourir . . . . "

— "C'est tout ce que je t'accorde, et fais vite .... j'ai faim "

Marie- Alice se jeta à genoux et pria avec ferveur .... Mourir si jeune, pensait elle. Mais le loup ne lui laissa pas le temps de s'apitoyer sur son sort :

— u Allons, c'est assez comme ça, et il posa son énorme patte sur l'épaule de l'enfant qui ferma les yeux pour ne pas voir l'énorme gueule qui s'apprêtait à la dévorer. Soudain, elle se souvint du cadeau de la petite fée Belœillet.

Vite, elle saisit la baguette, et elle en appliqua, sur le museau du loup, un coup si bien conditionné, que le sang jaillit. Aussitôt, le Loup Blanc s'embla s'évaporer, et à sa place, apparut une jolie petite princesse.

— i { Salut, belle bergère, ' ' dit la princesse ; ' ' comment te nommes-tu?"

"Marie- Alice," répondit celle-ci.

— "Moi, je suis la princesse Louvine ; soyons amies, veux-tu?. . ."

Et depuis ce jour là, la princesse et la bergère sont liées d'une étroite amitié. La princesse aime toutes les bergères, mais Marie-Alice a toujours la première place j Louvine ne se doute pas qu'elle a failli la dévorer. Et Marie- Alice est bien trop délicate pour le lui dire jamais.

£e pilote

Le peuple juif vouait une haine bizarre A tous les vrais amis du divin Rédempteur ; Donc à Marthe, à Marie, à leur frère Lazare Ce peuple voulant tendre un piège destructeur, Les forces de monter dans une vieille barque, Sans rames, sans agrès, et dont le méchant bois, Pourri presqu'en entier, à chaque vague craque. . . . Avec un bruit étrange et sinistre à la fois.

Puis, l'embarcation est au large lancée. . . .

Et des flots furieux devenant le jouet,

Plongeant, roulant, tanguant sur la mer courroucée,

Elle accomplit, pourtant, un dur et long trajet.

Enfin, on aperçoit une terre lointaine ;

Mais comment pourra-t-on en atteindre le port?. . .

Parmi les noirs récifs, cette barque incertaine

Fera bientôt naufrage, et ce sera la mort ! . . . .

Les deux femmes pleuraient en ce moment critique, Et devant leur douleur, Lazare s- t.

Vit, près du gouvernail, une forme mystique Qui conduisait la barque à côté d'un brifiant : La face du pilote était toute couverte D'un voile dont les plis la cachait en entier, Mais la main qui guidait, se trouvait découvert C'était celle du doux Jésus crucifié !

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