MONIQUE
La belle petite Monique.
Quiconque rencontrait M. et Mme Berland, accompagnés de leur bébé Monique, se retournait pour regarder encore la gentille enfant. C'est qu'elle était belle comme le jour. Monique avait cinq ans, et déjà elle était raisonnable et sage, ce qui est encore plus appréciable que la beauté.
M. et Mme Berland demeuraient au Canada, mais au moment où je les présente à mes jeunes lecteurs, ils voyageaient en Ecosse. M. Berland avait toujours rêvé de visiter la France et l'Ecosse : la France, parce qu'il était Canadien-Français, l'Ecosse, à cause de ses sites pittoresques.
Ils étaient à Glasgow depuis trois jours, lorsqu'ils organisèrent, de concert avec des amis rencontrés en route, une excursion. Il fut décidé qu'on laisserait Monique à l'hôtel, aux soins d'une.gouvernante dont on connaissait le dévouement, et quoiqu'il en coûtât à la mère de Monique de se irer de sa petite, même pour une journée, elle partit après avoir fait mille recommandations à la bonne. Celleci promit de ne pas quitter l'enfant un seul moment et de s'employer à la distraire.
Madame Berland embrassa encore une fois Monique et les excursionnistes partirent Madame Berland ne devait
pas oublier jamais la dernière vision qu'elle eu:
tite, œ jour-là. Souvent, durant les jours qui suivirent,
elle se rappela ses beaux yeux humides de larmes et le
raoieux dont elle lui envoya des baisers d'adieu, du bout de ses doigts mignons.
DlSPÀBUl
La jeune servante s'acquitta de - -ion conscien-
cieusement ; elle se consacra à Monique, lui procurant tout
- lêj -
ce qui pouvait l'amuser, et tout aurait été fort bien, si vers les quatre heures de l'après-midi, la petite ne s'était avisée de demander : " Où est maman ? "
Cette plainte souvent répétée, d'une voix ou commençait à trembler des larmes, inquiéta la servante, qui, redoutant de voir l'enfant se mettre à pleurer tout à fait, s'avisa, pour la distraire, de l'emmener faire une promenade dans le parc. L'obscurité commençait à tomber - on était en automne — mais il faisait si beau ....
— " Veux-tu venir te promener?" demanda la bonne.
Promener, mot magique pour les enfants ! . . . Les larmes prêtes à tomber se séchèrent aussitôt.
Il y avait beaucoup de monde dans le parc, et Monique s'amusa du va et vient des gens. La jeune servante et l'enfant parcoururent les allées, puis à la fin, s'assirent sur un banc. La journée avait été fatigante pour la bonne et sans s'en apercevoir, elle s'assoupit.
Combien de temps dormit-elle ? Peut-être seulement quelques minutes, peut-être une heure ; elle ne le
sut jamais Lorsqu'elle s'éveilla, elle fut surprise de
reconnaître l'endroit où elle se trouvait. . . . Mais immédiatement, ses souvenirs s'éclaircirent et elle pensa à l'enfant. . . Monique n'était plus là. Où donc était-elle?. . .
— " Monique ! Monique ! . . . " appela-t-elle. Mais nulle voix ne répondit à la sienne. Prise de fra}^eur, elle se mit à parcourir le parc en tous sens, en appelant la petite. Désespérée, elle s'adressa à la police. Ce fut en vain, personne n'avait vu Monique.
Sur ces entrefaites, M. et Mme Berland revinrent à l'hôtel. Mme Berland fut fort désappointée en apprenant que sa fille était sortie avec la jeune servante. Il était cinq heures et elle n'avait pas reparu. . .
— u A quoi donc pense cette fille V ' se disait Mme Berland ; la petite va prendre froid." Vers les cinq heures et demie, la servante revint à l'hôtel, pale et défaite. En l'entendant rentrer, Mme Berland courut au devant d'elle:
— ' ' Monique ? . . . où est Monique ? . . . "
La servante se jeta à genoux et fondit en larmes. La pauvre fille ne pouvait parler, mais l'homme de police, qui l'avait accompagnée, raconta à la mère éplorée tout ce qu'il savait de cette disparition mystérieuse :
— "Monique! ma fille!!" gémit Mme Berland en s'évanouissant.
On la porta dans sa chambre qu'elle ne quitta plue durant de longues semaines.
Le Génie de la Mine.
De tous les peuples civilisés, les Eco- >nt les plus
superstitieux ; ils croient aux Avertissements, aux Revenants et aux Génies bons et mauvais.
Naturellement, c'est parmi la classe illettrée que la su. perstition règne en maîtresse, et surtout parmi les mineurs. La superstition et le préjugé sont toujours les filles de l'ignorance.
Or, vous le Baves, .-ans doute, Y V. [oit une partie
de ses riel s liouillnres. Pans les environs de
Glasgow, est la u Eastwall mine, " où travaillent péniblement descentaines d'homm< i - pauvres gens descendent
dans lefl entrailles de la terre et risquent leur vie, chaque
jour, pour gagner Le pain de leur famille. Il faut avoir vu
travailleur- de nuit desoendre di ooires profon-
deurs, pour comprendre oe qui en est .... Car il y i les
travailleurs de jour et les travailleurs de nuit. Pour, un
préjugé existait dans la u Eastwall mine ; M c'était que cette
mine était protégée par un --'nie. Hélas ! K génie de la
mine était mort, il y avait trois jours Pauvre petit être
étiolé, qui avait vécu deux ans à huit cents pieds sous terre, sans jamais voir le jour. Le génie étoit mort ; les mineurs, surtout l'équipe de nuit, ne se rendaient à l'ouvrage qu'en hésitant. Ils ne se sentaient plus protégés, maintenant, et ils avaient tout à craindre : le grisou, Y explosion ... et que sais-je encore ....
Mais voilà que le soir où se sont passés les événements racontés dans le précédent chapitre, à l' heure où les travailleurs allaient descendre dans la mine, un mineur arriva à la course en criant : "Attendez, attendez !" . . . Le char s'arrêta aussitôt et le mineur en retard se plaça sur un des degrés. C'est alors seulement, qu'on s'aperçut qu'il tenait quelque chose dans ses bras, quelque chose que recouvrait un plaid écossais : " Q' est-ce que cela ?' ' demandèrent quelques uns de ses compagnons.
— "C'est le génie de lamine, " répondit-il fièrement : "regardez."
Et il enleva le plaid, découvrant le visage d'une enfant de cinq ans, belle comme un ange. L' enfant était évanouie.
— "Hourra! hourra!..." crièrent les mineurs en chœur. Puis, le char descendit dans la mine, emportant le génie qui devait désormais la protéger.
Ce génie au visage d'ange, c'était Monique.
La Vie dans la Mine.
Ce fut dans une chambre bien éclairée à l'électricité que fut déposée Monique. On la confia à une vieille femme, avec force recommandations. Et comme l'enfant, en revenant de son évanouissement, s'était mise à pleurer, à la vue des murs tout noirs, on recouvrit ces murs de journaux, et la petite eut l'air plus rassurée. S'il était possible de faire la part de l'ignorance, on aurait pu être ému à la vue des
soins dont les rudes mineurs entouraient Monique ; c'était à qui lui procurerait un petit plaisir. Celui-ci lui confectionnait des jouets, celui-là lui apportait des gâteaux, un autre des chocolats ou des fruits ; enfin, on gâtait la petite, qui, malgré cela, dépérissait à vue d'oeil. Frivée de l'air pur et du soleil, telle une fleur, Monique se mourait. . . . Ces pauvres gens auraient donné leur vie pour la voir sourire ; elle ne souriait jamais. Elle voulait sa mère ; il lui fallait de l'air, de la lumière : cela seul lui rendrait la santé.
— "La petite se meurt, " hazarda un mineur, un jour, celui qui l'avait enlevée.
— "Mine de malheur I" s'écrièrent plusieurs de ses compagnons, en levant le poing dans un geste de colère !
Un matin, Monique ne put quitter son lit. Le désespoir régna dans la mine. On ne savait qu'inventer. . . .
— "Veux-tu ceci?... veux-tu cela?" demandaient les mineurs tour-à-tour.
— "Je veux maman !" répondait l'enfant, avec tris, tesse, et la voix de la pauvrette était ti afïaiblie et plaintive que ces rudes hommes, émus, pleuraient
Quelques jours plus tard, le silence se lit clans la "Eastwall mine'1) Monique, le génie de la mine se mourait : on savait qu'elle ne verrait pas le coucher du soleil. . . .
Quelques Visiteurs à "Eastwall Mini
— " Il faut à Mme Borland des distractions ; Bans cela je De réponds de rien. ,n C'était un médecin de Glasg qui parlait ainsi. Madame Borland ne voulait pas • oonaolée de la perte de sa fille ; M. Borland, déooun
avait fait venir un médecin.
Au premier mot de distraction et d'excursion que M. Berland prononça devant sa femme, celle-ci se récria : "Non, jamais ! . . ." Mais, bientôt, elle se dit qu'elle était épouse autant que mère, et qu'elle n'avait pas le droit de se laisser mourir.
— "Pourquoi n'allons-nous pas visiter les mines de charbon?", proposa quelqu'un; "On dit que c'est fort intéressant."
— "Comment ! descendre au centre de la terre? " fit Mme Berland, "je n'oserais jamais."
Mais, finalement, elle consentit à accompagner son mari et quelques amis dans cette excursion. Vers les onze heures du matin, le lendemain, on partit pour la ' ' Eastwall Mine, " où l'on arriva un quart d'heure plus tard. On descendit du tramway et l'on se rendit à la mine. Dans le bureau de l'inspecteur, les visiteurs durent déposer les allumettes qu'ils avaient en poche ; c'est l'usage. Les ex. cursionnistes ne doivent pas emporter d'allumettes dans les mines, de peur que quelqu'un s'avisât de fumer. Vous devinez F effet, dans cet atmosphère chargé de gaz . . . Quelle catastrophe, si quelqu' imprudent allait frotter une allu. mette dans ce lieu ! . . L'inspecteur remit aux visiteurs des casques de mineurs et des lanternes à crochets. Ces lanternes dont la mèche n' est pas plus grosse que le petit doigt, projette dans la mine, une lumière suffisante pour se guider. Ainsi équipés, on prit place dans le char, accompagné de F inspecteur. Ce char est fait en forme d' escalier sans rampe ni entourage d'aucune sorte. Chacun s'assit sur l'un de3 degrés et le char descend lentement dans les entrailles de la terre. Bientôt, le jour disparait et presqu' aussitôt les visiteurs éprouvent une espèce de suffocation, des bour. donnements dans les oreilles, des picotements au bout des
doigts, sans compter les battements de cœur Mais ces
petits inconvénients sont de courte durée, quoique la des-
cente semble ne jamais vouloir finir ; on est à sept ou huit cents pieds sous terre, quand le char s'arrête. On met enfin pied à terre et l'on se trouve en face d'un vrai labyrinthe : des routes se croisent en tous sens. . . . Comme on s' égarerait vite dans ces noires dédales.
— Quel triste lieu !" s'écria Mme Berland.
Tout-à-coup, une faible plainte parvint jusqu'à ses oreilles.
— "Qu'est-ce donc?" demanda-t-elle, et sans s'en apercevoir, elle pâlit : " Cette voix!" murmure-t-elle .
Et l'inspecteur expliqua ;
— ' ' C'est le génie de la mine qui se meurt .... Hélas ! pauvre petite ; elle ne verra pas la fin du jour ! . ."
— "Ne pouvons-nous pas la voir?" demande Mme Berland, comme saisie d'un pressentiment, " mon mari est médecin ; peut-être pourra-t-il sauver cette enfant."
— "Par ici, mesdames et messieurs," répondit l'inspecteur. Et l'on pénétra dans une chambre vivement éclairée, où se mourait la pauvre Monique ! . . . .
Rktroivée.
En entrant, on ne vit que la vieille femme pfépi à la garde du génie de la mine. Une sorte d'écran —cadeau d'un mineur- cachait le lit sur lequel agonisait l'enfant. La femme eut un geste d'étonnement : des étrangère dans cette chambre!... cela ne s'était jamais vu. L'inspecteur expliqua :
"Ce moneieui est médecin, laissea-lui voir la petit
Monsieur Berland paBM derrière l'écran, et aussitôt uu cri terrible lui échappa : "Ciel, o'eet Monique! "
JJJ -
Madame Berland accourut. . . . Oui, c'était Monique, mais dans quel état, grand Dieu !.. La mère se jeta à genoux et appela sa chérie. Au son de cette voix, Monique ouvrit les yeux :
"Maman ! " murmura- t-elle, " papa ! " . . et un sourire d'extase éclaira son visage. Ce n'était pas le temps des explications, M. Berland, d'un air déterminé et menaçant, prit sa fille dans ses bras et se dirigea vers le char suivi de Mme Berland et de tous leurs amis. Enfin, on atteignit la sortie. A petites doses, on fit respirer l'air pur à Monique, car elle en avait été privée si longtemps qu'il fallait prendre des précautions. On se rendit à l'hôtel, où arriva, presqu'en même temps, un médecin mandé en toute hâte.
L'enfant ne mourut pas; lentement elle revint à la santé.
C'est une Monique heureuse et plus belle que jamais que M. et Mme Berland ramenèrent au Canada.
On a jugé inutile de poursuivre les mineurs : rien ne les guérirait de leur superstition. Avant de quitter Glasgow, Mme Berland retourna à la mine et elle remit à l'inspecteur une image de la Madone, magnifiquement encadrée '»
' ' Voici la vraie protectrice de la mine, ' ' dit-elle ; "accrochez cette image dans la chambre du génie, elle vous portera bonheur.
Chacun veut entendre Monique parler de son séjour dans la mine. Dans son langage enfantin, le récit de cette aventure est pittoresque et touchant.
£? îîoile be la Bterge
Le cœur brûlant d'amour, L'âme purifiée, Madeleine quittait la salle du festin.
La bonté de Jésus l'avait fortifiée, Avait changé sa vie, et fixé son destin ;
Les cheveux dénoués, sans voile, Madeleine, Toute à ses souvenirs, marchait hâtivement ; Mais une voix lui jette un mot qui blesse et peine, Et la femme rougit de son accoutrement :
Une route pierreuse, étroite, abandonnée, Offrait à Madeleine un abri protecteur ; La pauvrette y courut et n'étant plus gênée Par nul autre témoin, gémit en sa douleur ;
Mais comme elle pleurait, se voilant la figure, Une femme apparut sur l'aride sentier.
Elle était toute belle et plus qu'un blanc lys pure. . . Elle aperçut les pleurs, et prise de pitié,
Elle ôta son long voile, et sa main maternelle En deux le Répara. Avec un doux regard Plein de compassion, la Vierge — c'était ell<
A celle qui pleurait en offrit une part.
fHgnantia
Quand le bon Dieu créa la terre, Il se mit à considérer Son œuvre, et, la trouvant austère, Il voulut de fleurs la parer ;
En un instant, fleurs et fleurettes Couvrent la terre par millions, Puis à chacune des pauvrettes Dieu daigne alors donner un nom :
Mais une voix douce s'écrie, D'un ton grandement alarmé :
11 N'oubliez pas, je vous en prie, N'oubliez pas de me nommer ! "
La fleur qui parle est si petite, Elle est de la couleur du ciel ....
Sa naïve plainte suscite Un sourire de l'Etemel.
Il dit : "J'ai nommé l'anémone, Le lys, la rose et le lilas. . . .
A ton tour, maintenant, mignonne, Ton nom, c'est : " Ne m'oubliez pas "