‹ Contes et légendesChapitre 27 sur 30 · DÉSOBÉISSANCE · texte numérisé non relu

DÉSOBÉISSANCE

Monsieur et madame Rivon étaient très heureux, dans leur jolie maison, située dans l'une des principales rues delà ville de T....

Ils avaient trois beaux et intéressants enfants, dont l'aîné, Henri, suivait les cours d'un collège lointain. Les deux derniers, Charles et François, allaient a l'école de la localité, Charles depuis une couple d'années, Français depuis quelques mois seulement. Vous devinez que la mère en avait fait des recommandations à l'aîné à propos du petit François, qui n'avait que huit ans : Charles ne devait pas quitter son petit frère ; il devait l'emmener à l'école et le ramener par la main. Charles était obéissant, et les instructions de sa mère furent suivies à la lettre f croyez- le.

Un jour— jour néfaste — Charles fut obligé de rester en classe plus tard que d'habitude, à cause d'une récapitulation qu'il avait à faire en vue d'un examen. Il alla trouver François et lui dit :

— " Pour une fois, tu peux bien t'en aller seul à la maison ; tu n'es plus un bébé, et c'est si pri Mais, ne t'amuse pas en route, car maman serait inquiète. "

L'enfant promit Oh ! ces promesses d'enfants, sincères, pourtant, mais si vite oubliées !

A peine François avait-il fait quelques pas dans la rue (pic trois «h- ses petits amis l' interpellèrent : M Vims-tu avec nous, François?'1

—"On aller?"

— "Burlesquais, Nous y avons été, hier, et|avant-hiar. Il y a là on Bteamer qui vient de EJan-Francisoo, et les marins sont drôles, drôles. •• «Us nous ont donne des fruits et des gâteaux* "

François hésita avant de répondre ; il hésitait à suivre les jeunes tentateurs; mais, enfin il céda et partit.... Hélas ! les enfants qui désohéissent à leurs parents sont souvent punis sur le champ, et François en fit la triste expérience.

A Bord du San-Francisco

Une déception attendait, ce jour là, les enfants ; ils ne reçurent pas une réception aussi chaleureuse que la veille, à bord du San-Francisco. Bien au contraire, un rude marin leur dit : " Vous voilà encore, vous autres ! "

C'est que ça allait mal à bord, un mousse avait jYigé à propos de déserter, le matin même, et voilà qu'on allait lever l'ancre dans une heure. Vrai, le service était déjà assez dur comme cela : un mousse de moins, c'était un peu décourageant.

Les quatre enfants, sans trop s'occuper de la mine renfrongnée des marins, se mirent à visiter le vaisseau. François aperçut un escalier et descendit. Il était venu pour voir, et il voulait voir partout. Quand il fut parvenu au pied de l'escalier, il aperçut deux hommes — le capitaine et le second — qui causaient ensemble. Ils parlaien t un patois que l'enfant ne comprit pas : s'il avait compris, les terri, blés événements qui suivent ne seraient pas survenus.

» — < ' Oui, " disait le capitaine, continuant une conversation déjà commencée, u et il va falloir lever l'ancre dans une heure"

— u Mousse de malheur ! ' ' exclama le second, ' ' impossible de le remplacer maintenant.

— ' ' Mais, tiens, ce petit ? ' ' demanda le capitaine, en désignant François du geste.

— " Ce bambin?"

— " Mieux que rien,'" répondit le capitaine brusquement.

En môme temps, sa large main s'abattit sur l'épaule de François. Celui-ci voulut crier, mais la main du second s'abattit sur sa bouche, et l'enfant se sentit bientôt enveloppé dans une sorte de sac en toile goudronnée, puis le sac fut solidement ficelé.

Les petits compagnons de Franç< Mit,

se préparèrent à partir.

On appela : " François ! . . . . Fran .... et ne

recevant aucune réponse, les enfants supposèrent qu'il était

retourné chez lui sans rien dire et s'en allèrent à leur tour.

Une demi-heure plus tard, le San-Francisco leva l'ancre, ayant dans son fond de cale, le petit Françoip, prisonnier dans un sac de toile goudronnée. Pauvre petit, il pleura tant que, à la fin. épuisé de fatigue, il perdit connaissance.

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