‹ Contes et légendesChapitre 28 sur 30 · DÉSESPOIR · texte numérisé non relu

DÉSESPOIR

Charles revint à la maison en fredonnant Tout

allait si bien à L'école ; il allait changer de classe : quelle

lionne nouvelle à donner à ses paienl

— ''.]' aman n'a pas été tachée de \

n i i François seul, pensait-il, elle aura ; raisons.

Madame Riron était occupée aux demi uifs

du souper, Lorsque Charles entra.

— "Vous voilà, enfin; pourquoi êtes v d retard

11 B |Ue François ne vous • ;

de mon retard

— "Comment ! est-ce que ton petit frère n'est pas avec toi? "

— "Il a quitté l'école depuis au délàjd'une heure, ma-

man ' '

Madame Ri von courut au téléphone, demandant à toutes ses amies si elles n'avaient pas vu François. . . L'enfant avait quitté l'école à quatre heures et il était près de six heures, mais il n'avait pas reparu, et personne ne l'avait vu. Monsieur Rivon parcourut toute la ville ; partout, il s'informa .... On mit la chose entre les mains de la police, et toute la nuit on continua les recherches. François demeura introuvable. Monsieur et madame Rivon étaient presque fous de désespoir

Et pendant ce temps, un vaisseau toutes voiles dehors, voguait vers l'Océan Pacifique, emportant l'enfant chéri de monsieur et madame Rivon.

Mousse

Le San-Francisco était déjà loin de T. , lorsqu'on rendit à François sa liberté ... .Sa liberté ! . . . . .peut-on appeler cela sa liberté ? . . . .

Il entra en fonctions immédiatement. Triste métier que celui de mousse et, pour cet enfant gâté dans sa famille, c'était plus terrible encore. Ce bateau était un charbonnier ; mais il y avait à bord un passager, ancien marin, rude de voix et d'aspect, mais bon de cœur autant que de nom. Il s'appelait Labonté, et son regard suivait avec intérêt les manœuvres de François dans les cordages et les mats. Un jour, il avait demandé au capitaine : " Depuis quand emploie-t-on des bébés pour remplir les fonctions de mousse?"

— "Je connais mon affaire, ' ' avait répondu ce dernier, avec mauvaise humeur ; ce mousse en vaut bien un autre, à mon avis."

— "Un mousse au visage d'ange," avait murmuré le sager. Mais, depuis ce temps une expression de sympathie non dissimulée se voyait dans see yeux, lorsqu'il regardait le pauvre enfant.

Un jour, le mousse passait auprès du voyageur, celuici l'appela :

11 Mousse!"

—Que désirez-vous, monsieur? "demanda François."

— "Ramasse ma couverture de voyage et donne-la moi."

L'enfant fit ce qu'on lui demandait, et comme cet homme avait l'air malade, François drapa la couverture autour du passager. Celui-ci regarda longuement le petit, et une lueur de pitié erra dans ses yeux, habituellement froids et durs. A partir de ce moment, François eut beaucoup d'occasions de rendre service au voyageai ; même on eut dit (pie celui-ci s'arrangeait pour accaparer quelque peu le pauvre mousse . . . Cependant, jamais la voix de monsieur Labonté ne s'adoucit en parlant à François ; c'était toujours rudement qu'il l'appelait :

" Mousse!"

Or, François n'aimait pas qu'on l'appelât ainsi : le voisin, à T. avait un petit chien qui s'appelait " M

et ça l'humiliait, niant, de répond] nom.

Ll BOH S \m IBTTAHf,

La traversée fut longue et pénible. Le U8an-Franétait un voilier et il mit plusieurs mois ) parcourir

la distance entre T. et San- Francisco. Mais, tout a une fin en ce monde, et un soir, vers les neuf heures, le vaisseau entra dans le port de San-Francisco.

Monsieur Labonté débarqua V un . des premiers, comme il traversait le quai en toute hâte, il aperçut un enfant, assis par terre, et qui pleurait. Monsieur Labonté s'arrêta: " Qu'y a-t-il, donc, mon petit?" et il ajouta, surpris ; "Tiens, c'est le mousse au visage d'ange ! Que fais-tu là?"

" Monsieur, monsieur ! " s'écria François, " on n'a

plus besoin de moi à bord, et on m'a dit de m'en aller. . . Que vais- je devenir! "

" Hommes sans cœur," murmura M. Labonté avec

indignation, "jeter cet enfant sur le pavé, d'une ville

Comme celle-ci !.. Je ne puis pas l'abandonner ainsi

Pourtant ce n'est guère de mes affaires ; pourquoi m'occuperai-je de ce petit qui m'est presque inconnu? "

Mais une vision sembla passer devant les yeux de M. Labonté. Il revit le passé et le fils qu'il avait perdu, son

Paul ! . . . H avait neuf ans lorsqu'il mourut Le cœur

du père s'était brisé à cette mort, et voilà pourquoi, ce soir en regardant François, qui avait l'âge qu'aurait eu son fils, monsieur Labonté sentit une immense pitié descendre en son âme :

"Assez pleurer, mon garçon, " fit-il de sa voix rude, " je ne t'abandonnerai pas. Viens avec moi."

On prit le tramway et l'on descendit dans une rue qui paraissait plutôt' pauvre. L' homme et 1 ' enfant s' arrêtèrent devant une maison très haute ; ils grimpèrent quatre escaliers, imparfaitement éclairées, puis monsieur Labonté frappa à la porte d' un appartement. Une femme vint ouvrir. Monsieur Labonté et cette femme causèrent quelque temps en anglais, langue que François ne comprenait pas, puis le brave homme revint vers l'enfant :

—"Ta vas rester ici," dit-il. " Cette femme aura soin de toi. J'ai payé un mois de pension pour toi ; d'ici un mois, tu trouveras bien de l'ouvrage dans la ville. Cette femme est bonne, elle te traitera bien, j'en BUifl certain. Moi je pars cette nuit même."

— "Vous partez, Monsieur ?" dit François, en fondant en larmes.

— "Il le faut, mon garçon ! Peut-être reviendrai- je

dans quelque temps; cela dépend de bien des choc Adieu, au revoir peut-être."

Et le brave homme partit, mais non sans avoir gli dans la main de l' ex-mousse un beau louis d'or.

À San-Francisco.

pension payée pour un mois, installé dans une chambre bien petite mais propre, nourri assez bien, François trouvait la vie passable à San-Francisco.

Avant un mois, il aurait trouvé de l'ouvrage ; en llttendant il cherchait l' occasion de s'ei aine

mousse à bord de quelque vaisseau en partance pour le Canada, car, vous le pensez bien, François ne rêvait que de retourner sous le toit paternel. C'était plue difficile qu'il l'avait Rupposé de trouvera b'< pj il était trop jeune :

les capitaines à qui il offrait lui riaient au nez.

Il était difficile aussi de trouver de L* emploi dans la ville ;

il ne connaissait pas San- Francisco, et il avait dû rei plusieurs commissions qui lui aurait rapporté quelques

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