SOUS
Le temps s'écoulait. . . Le mois de pension payé par monsieur Labonté Berait bientôt écoul< ... et ensuit François qui ne manquait pas de jugement, et que malheurs avaient rendu prévoyant, commençait
quiéter. Il portait toujours, cousu à son scapulaire, le beau louis d'or que le bon marin lui avait donné : il s'était bien gardé d'en dépenser un seul sou.
Un soir, la maîtresse de pension dit à François :
"C'est demain qu'expire le mois de pension, il te
faudra payer un autre mois d'avance ou, sinon . . . . "
Elle eut un geste expressif désignant la rue.
— u C'est bien, Madame, je payerai répondit François, pensant a son louis d'or.
Dans l'après-midi du lendemain, François sortit, en quête d'argent à gagner. Il ne réussit pas encoie cette fois ; c'est le contraire qui arriva, il en perdit. Lorsqu'il revint à la maison, découragé, et qu'il voulut donner à la maîtresse de pension le louis qu'il avait si précieusement conservé il s'aperçut qu'il lui avait été volé ... ou qu'il l'avait perdu. François expliqua sa mésaventure à la femme, qui, ne paraissant pas le croire, lui répondit durement :
— c< Je ne suis pas millionnaire, mon petit, et je ne puis te garder pour rien ; tu peux chercher à te loger ailleurs ! ' '
Et voilà le pauvre bambin errant dans les rues de San- Francisco, la nuit. N' osant se reposer nulle part, par crainte de la police ; il marcha pendant deux longues heures. A la fin rendu à bout de force, machinalement, il revint sur ses pas et comme il approchait de la maison où il avait demeuré tout un mois, il se heurta contre un homme qui venait en sens inverse. Celui-ci lui dit rudement : " Regarde donc où tu marches, gamin ! "
François eut un cri de joie et il sauta au cou de l'homme à la voix rude.
'• Monsieur Labonté, monsieur Labonté !" cria-t-il.
"Mais c'est le petit mousse!" s'écria le marin.
" Que fais-tu dans la rue à cette heure? "
François expliqua la situation dans laquelle il se trouvait.
"Misérable femme" murmura monsieur Labonté ; jeter un enfant de cet âge dans la rue ainsi ! Eh bien ! il semble que je sois destiné à t' aider, dans tes moments de détresse. Viens avec moi ; tu coucheras à l'hôtel pour ce soir, et demain nous aviserons."
François, sautant de joie, avait déjà oublié ses fatigues. Il était si heureux de revoir son ami.
On se coucha tard, ce soir là, car on fit des projets de retour au Canada. Monsieur Labonté dit à François qu'il trouverait à l'engager à bord de quelque bateau, dans le cours de la semaine ; ainsi rassuré, l'enfant passa une nuit paisible, peuplée de beaux rêves.