‹ Contes et nouvelles de La FontaineChapitre 106 sur 144 · LE FLEUVE SCAMANDRE · texte numérisé non relu

LE FLEUVE SCAMANDRE

Contente? Amour le sait. Un mois se passe, et deux, Sans que pas un du bourg s'aperçût de leurs jeux. 0 mortels! est-il dit qu'à force d'être heureux, Vous ne le soyez plus ? Le banni , sans rien dire , Ne va plus visiter cet autre si souvent.

Une noce enfin arrivant, Tous, pour la voir passer, sous l'orme se vont rendre. La belle aperçoit l'homme, et crie en ce moment :

* Ah ! voilà le fleuve Scamandre ! »

On s'étonne, on la presse ; elle dit bonnement Que son hymen se va conclure au firmament. On en rit ; car que faire ? Aucuns , à coups de pierre , Poursuivirent le dieu, qui s'enfuit à grand' erre 1 ; D'autres rirent, sans plus. Je crois qu'en ce temps-ci L'on feroit au Scamandre un très-méchant parti.

En ce temps-là, semblables crimes S'excusoient aisément : tous temps, toutes maximes. L'épouse du Scamandre en fut quitte, à la fin,

Pour quelques traits de raillerie :

Même un de ses amants l'en trouva plus jolie. C'est un goût : il s'offrit à lui donner la main. Les dieux ne gâtent rien : puis, quand ils seroient cause Qu'une fille en valût un peu moins, dotez-la,

Vous trouverez qui la prendra :

L'argent répare toute chose.

1 Grand traiu , promptement.

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