‹ Contes et nouvelles de La FontaineChapitre 110 sur 144 · IV. LE REMÈDE · texte numérisé non relu

IV. LE REMÈDE

Si l'on se plaît à l'image du vrai,

Combien doit-on rechercher le vrai même !

J'en fais souvent dans mes contes l'essai.

Et vois toujours que sa force est extrême ,

Et qu'il attire à soi tous les esprits.

Non qu'il ne faille, en de pareils écrits,

Feindre les noms ; le reste de l'affaire

Se peut conter, sans en rien déguiser :

Mais , quant aux noms, il faut au moins les taire ;

Et c'est ainsi que je vais en user.

Près du Mans donc, pays de sapience *, Gens pesant l'air 2, fine fleur de Normand, Une pucelle eut naguère un amant Frais, délicat, et beau par excellence, Jeune surtout; à peine son menton S'étoit vêtu de son premier coton.

La fille étoit un parti d'importance ; Charmes et dot, aucun point n'y manquoit ; Tant et si bien, que chacun s'appliquoit A la gagner : tout le Mans y couroit.

1 On désignait ainsi proverbialement la Normandie , mais cette expression ne s'applique pas mal au pays du Maine, dont les habitants étaient aussi fins et rusés que les Normands.

2 C'est-à-dire : très-subtils.

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